‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 249 sur 305 · Cf. 1^" partie, ch. ni · texte numérisé non relu

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verselle » qu'il édifiait sur la loi d'amour ne fut jamais objectivée. Elle vécut en lui ; il l'inséra idéalement en des Eglises grossièrement séparées, qu'il combina sans relâche, retenant d'elles toutes ce qui mériterait de vivre en l'Eglise nouvelle. Comment une pareille œuvre eût-elle pu être réalisable, au XVII* siècle ? Le sera-t-elle davantage en aucun temps? La question même a-t-elle un sens? Celte œuvre fut réalisée. Elle fut vraie pour celui qui la conçut. Et l'effort de Leibniz ne sera pas plus perdu pour ceux qui le méditeront et le recréeront en eux-mêmes que n'apparaît stérile à l'homme qui la réincarne en soi toute la pensée de ceux qui écrivirent comme si l'univers était convertible en esprit.

Toute vie séparée est réductible à la mort. Tout effort isolé ne produit qu'un résultat matériel, incapable de se dépasser soi-même. Que signifieraient toutes les luttes pour dilater nos forces et pour unifier nos croyances, si finalement l'univers

1. Sources. — Les sources seront successivement indiquées. Mais, comme une étude sur la « gloire de Dieu » soulève la question même du leibnizianisme essentiel, et comme celte interprétation est aujourd'hui contradictoirement formulée, il importe de citer les ouvrages grâce auxquels le « problème Leibniz » s'est successivement posé : Cf. d'abord les trois études célèbres de : Ed. Zeller, Geschichte der deulschen Philosophie seit Leibniz, Munchen, 2» édit., 1873; Kuno Fischer, Geschichte der neuei'n Philosophie, t. III, Leibniz, déjà citée, Heidelberg, 4» édit., 1902 ; Emile Boutroux, Notice sur la vie et la p/iilosophie de Leibnitz (Introduction à une édition de la « Monadologie », 133 pages in-12), Paris, 1881 ; Introduction à l'étude des Nouveaux Essais ; Formation et développement de la doctrine de Leibnitz sur la connaissance. (En tète d'une édition de l'Avant- Propos et du premier livre des Nouveaux Essais, pp. 31-98), Paris, 1886 ; deux introductions qui sont deux des plus belles expositions que l'on puisse lire du leibnizianisme.

Aucun de ces ouvrages ne séparait en Leibniz l'effort métaphysique et l'effort religieux. Or. en ces dernières années, le problème a été violemment modifié. Une thèse logique fut soutenue avec force dans les livres remarquables de B. Russell, A critical exposition of tke philosophy of Leibniz, Cambridge, 1900, et Louis Gouturat, La Logique de Leibniz d'après des documents inédits, Paris, 1901, ouv. cit.. Cf. enfin. Cassirer, Leibniz's Systemin seinen wissenschaftiichen Grundlagen, Marburg, 190ÎÎ, op. cit, ouvrage qui contient une étude approfondie delà substance dans la philosophie de Leibniz.

L'interprétation du leibnizianisme n'est donc pas du domaine des choses mortes. La question se pose aujourd'hui d'une manière décisive, et, quand l'édition définitive sera entreprise, les réponses pourront se préciser de plus en plus. Dès maintenant, peu de problèmes sont plus vivants, et d'une importance plus générale. Il était donc nécessaire d'indiquer ici dans quels livres de premier ordre on en pourra recueillir les diverses solutions.

ne s'ordonnait grâce à elles? Que nous soyons liés réellement à cet univers et que notre plus infime action se puisse configurer à lui; telle est peut-être en Leibniz la croyance la plus profonde. Si vraiment nous aimons Dieu, cet amour vivra en nous comme une force infiniment convertible. Toute prière qui demeurerait enserrée dans notre rêve intérieur témoignerait que nous ignorâmes cette puissance de renouvellement. L'expansion et l'union religieuses ne prouvent pas seulement Tamour de Dieu; elles l'extériorisent et Tintériorisent tout ensemble. Si l'essence de l'amour réside vraiment en une fusion progressive avec l'objet aimé, toute expansion, toute union, toute compénétration manifesteront cet amour. Connaître adéquatement, aimer jusqu'à se perdre; à la limite c'est même chose.

Tout ce que « l'exposition » disjoint arbitrairement pour le conformer ensuite à un ordre de succession doit maintenant s'unifier par l'intuition : Conquête de l'Egypte, Missions vers l'Orient, Organisation des Etats, Union des sectes rivales ; si un homme tel que Leibniz crut en ces œuvres et y voulut faire croire d'autres hommes, c'est parce que l'amour de Dieu vécut en lui comme il ne vit en nul autre, et surgit de sources métaphysiques insoupçonnées. « Fulgurations » dont quelque chose peut-être est pour nous encore saisissable.

Le vrai amour de Dieu ne se développe pas en nous ainsi qu'un sentiment privilégié, dont rien d'humain ne peut donner l'imitation. Un homme aime un autre homme : s'il s'efforce de réaliser toujours plus pleinement l'inclination de son être vers l'être d'autrui, jusqu'à trouver son bonheur dans le bon-

heur de cet être, il sort de soi, il s'exlériorise, il fait vraiment don de sa personnalité en la l'ccouvtanl dans la substance de ïèlve aimé. II le veut heureux, quand il ne lui en arriverait rien que le plaisir de le voir heureux'. Deux ôtres peuvent ainsi Tun dans l'autre s'ag-randir le cœur; et « rien plus que l'homme n'est utile à Thomme- ».

.Nous ne sommes donc pas unis les uns aux autres par des liens purement extérieurs. Xous faisons partie d'autrui : sa joie est la nùtre^. De cette joie, il est vrai, nous extrayons notre « bien ». El sans ce « bien », nous ne pourrions vivre. Car le bonheur d'autrui devient le fond de notre être. L'homme ne saurait aller plus loin.

Mon bonheur ainsi ne provient plus de mon être égoïste : •il m'est renvoyé, accru de tout le bonheur d'autrui. Comment supprimerais-je ce bonheur lui-môme ? Je puis supprimer en •moi l'intérêt ; je ne supprimerai pas le bien. Le bien est une tin, non un moyen. Je puis détruire tous les « moyens » ; -comment détruirais-je les « hns' »?

Les Quiétistes n'ont donc pas entrevu le « pur amour ». L'être qui aime Dieu, affirment-ils avec Fénelon, ne lui demande rien; et il cherche dans la récompense l'ordre et non l'intérêt. L'âme, vibrant du « pur amour », continue d'aimer Dieu, même si elle ne le doit jamais posséder. Je sup-

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