‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 25 sur 305 · Rommel. éd. cit., t. I. p · texte numérisé non relu

Rommel. éd. cit., t. I. p

00 l'expansion vers l'orient

travers le monde. Peut-être la passion future de Leibniz pour les missions fut-elle en partie excitée par le rêve de voir en même temps sa doctrine transportée jusqu'aux limites de la terre.

Un tel rêve n'est pas issu du seul orgueil d'un créateur. Leibniz est hanté de cette conviction qu'un homme peut, étant soutenu, atteindre la vérité. Cette foi en la domination possible de la vérité est partiellement elle-même d'orip^ine cartésienne; mais elle s'identifie pour Leibniz avec l'anticartésianisme.

On a l'habitude en France de ranger Leibniz parmi les Cartésiens. Sans doute plusieurs parties de son système ne s'expliquent que par une influence cartésienne. Mais Leibniz n'est pourtant pas un continuateur de Descartes. Faire de Leibniz un Cartésien, c'est obéir à une conception unilinéaire de l'histoire ; c'est soutenir encore la thèse cousinienne de la philosophie moderne dérivéis tout entière de Descartes.

Or, dans de nombreux écrits de combat, Leibniz analyse Descartes avec une vigueur et même un irrespect qui le montrent véritable ennemi du Cartésianisme. On dira que ces écrits ne sont que des œuvres de circonstance, où Leibniz cédait à la passion. Mais de quel droit scinder ainsi chez un penseur l'ouvrage composé et l'écrit qui jaillit? De l'œuvre de Leibniz une telle méthode supprimerait la plus grande partie. En tout cas, un fait apparaît irréfutable : Leibniz a rêvé de remplacer ï influence de Descartes par la sienne. Et il justifie son ambition par des critiques, qui le révèlent le plus convaincu des anticartésiens.

Il reconnaît d'ailleurs la grandeur de Descartes : «J'estime M. Descartes », dit-il, « presque autant qu'on peut estimer un homme ; et quoiqu'il y ait parmi ses sentiments quelques-uns

qui me paraissent faux et niùmc dangereux, je ne laisse pas de dire que nous devons presque autant à Galilée et à lui, en matière de philosophie, qu'à toute l'antiquité^ ». Mais la méthode de Descartes lui paraît fort imparfaite. Les « règles » cartésiennes nous signalent un idéal, mais ne nous aj)prennent aucun moven. « Il ne sert de rien dédire qu'une connaissance claire et distincte est une marque de la vérité, quand on ne donne point des marques d'une connaissance distincte... 11 ne sert de rien aussi de dire que pour diminuer la difficulté il faut la diviser en parties, car les difficultés sont de certaines jonctures ou articles, et quand on ne les sait point on fait mal l'écuyer tranchant, et on les déchire au lieu de les diviser-... » Descartes lui-même prétendait que « l'excellence de sa Méthode, qui ne paraît que probablement dans la physique, est démontrée dans sa géométrie. Mais j'avoue que c'est dans sa géométrie même que j'en ai reconnu principalement l'imperfection^ ». Et la géométrie de Leibniz surpasse « celle de Viète et de Descartes, autant et plus sans comparaison que ces Messieurs n'ont surpassé les anciens' ».

Esprit trop abstrait et trop spéculatif, Descartes n'a rien trouvé « qui serve dans la pratique des arts". » Sa physique est trop « imaginaire^ ». Il ignorait la chimie, « sans laquelle il est impossible d'avancer la physique d'usage' ». Il négligeait les expériences. « Ce qu'il dit des sels, des miné-

1. Gerhardt, Phil. Sc/ir., édit. cit., t. IV. p. 283. (Janvier 1680.)

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