‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 251 sur 305 · Deuxième instruction, op. cit., éd. Lévesque, pp · texte numérisé non relu

Deuxième instruction, op. cit., éd. Lévesque, pp

2. Première instruction, op. cit., éd. Guillaume, t. V, p. 66.

choses. » Je puis trouver nuls tous les autres plaisirs, pourvu, que j'aie la joie de me transporter, selon mes forces, au centre de la félicité divine \ Je ne supprime donc pas mon propre bien, comme le voudraient les Quiétistes, puisque ce bien luimême est extrait de mon amour. Je puis aimer Dieu et jouir de mon amour, même si je souffre, même si je suis à jamais dénué de tout autre plaisir. Mais comment pourrais-je supposer que je continuerai d'aimer Dieu, même si je suis à jamais privé de lui'-? « Si quelqu'un faisait cette supposition comme véritable, il serait dans l'erreur, et il ferait voir qu'il ne connaît pas assez la bonté de Dieu, et par conséquent qu'il ne l'aime pas encore assez ^. »

Si l'amour humain ou divin réalise ce miracle que le bien d'un être soit extrait du bien d'un autre être, il se transforme en une puissance d'universalité. J'arrive à Dieu en portant à l'absolu un effort déjà ébranlé en moi par tous les mobiles naturels. Puiser l'amour en une jouissance qu'excitent le bonheur et la perfection d'autrui, ou confondre son être propre avec la destinée de l'univers ; — à la limite, c'est même chose.

Enrichissement graduel de la notion d'amour, qui nous fait sympathiser d'abord avec un nombre croissant d'êtres, puis nous insérer dans la destinée même du monde, jusqu'à nous vouer, avec la même foi que pour les œuvres personnelles, à la conquête d'une terre nouvelle, à l'expansion et à

1. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. VII, p. 547. Cf. aussi Inédits, Philosophie, vol. III, 1 d, Billet de Leibniz à Molanus.

2. Leibniz connaissait mal sans doute cette doctrine de Fénelon. — Il a d'ailleurs souvent déclaré que la pensée de Fénelon s'harmoniserait sans difficulté à la vraie théorie de lamour. (Cf. Lettre à Le Thoreî, 13 avril 1699.)

3. Gerhardt, Phil. Schi\,t.\ll, p. 547. Cf. encore Lettre inédite à Morell 29 septembre 1698: « Ceux qui croient qu'une àine qui aime Dieu peut être damnée ont une fausse idée du Ciel et de l'Enfer. »

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