‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 264 sur 305 · kl., t. VU. pp. 37-i · texte numérisé non relu

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LA (JLOlliE DE DIF.U 461

■et poliliqucs, prient donc vénlablcmenl et adorent. — N'estce pas ici l'essence la plus intime de la pensée leibnizienne ? Qu'a-t-il voulu, toute sa vie, sinon l'union absolue des princes, •des recherches et des œuvres, des prêtres, des savants et des politiques ; — et n'est-ce pas là, en définitive, la traduction humaine de « l'amour, » de la « gloire » et du « Bien » ? Tous les travaux de Leibniz destinés à Louis XIV, aux Jésuites, à Pierre le Grand ; ses plans d'union des Eglises, ne ^ont-ils pas les essais divers de cette fusion, peut-être un jour réalisable, de la prière et de l'ardeur scientifique, de l'œuvre politique et de l'œuvre pie, du mérite laïque et du mérite éternel? Ne peignent-ils pas la métamorphose ultime de la justice iiumaine en l'amour divin à la fois juste et charitable ?

Ambitieux d'étreindre la réalité intégrale, Leibniz pressent -que la nature et le surnaturel se continuent l'un en l'autre, ou ne s'opposent que pour nos débiles pensées. Il conçoit une philosophie qui s'étendrait jusqu'aux Mystères.

Dès l'origine, afin de reconstruire en sa pensée le monde, il avait rêvé de s'insinuer et de se fondre en lui. Dédaigneux •des S3^stèmes extérieurs et abstraits, il av&it voulu remplacer les descriptions ou les schémas par des points de vue « vrais ■el intérieurs^ ». Vérité et intériorité s'identifiaient pour lui. Sans cesse il s'efforçait d'atteindre les choses elles-mêmes et de les expliquer par elles-mêmes. Dans la mathématique, par ses esquisses de Calcul géométrique^ il préparait une

1. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit.. t. I". p. 67; 4° Lettre au duc J. Frédéric: ■« Ich habe in negotio religionis et philosophise verœ atque interioris wichlige demonstrationen gethan. »

nouvelle analyse, qui ne se contraindrail plus à exprimer des relations de situation par des relations de grandeur, mais qui se voudrait géométrique jusqu'à l'ultime *.

Absolument, il faudrait ainsi saisir les Mystères, pour en extraire la vérité unique. Mais Leibniz, soit timidité, soit scrupule logique, crut qu'un tel point de vue lui était refusé. Persuadé que les Mystères ne peuvent être démontrés en leur vérité, il les voulut démontrer en leur possibilité-. Ou doit chercher seulement, pense-t-il, à arracher aux objections un Mystère ' , mais non à le prouver ou à le comprendre. Il le faut, d'abord, classer parmi les réalités positives que Dieu aurait pu sans contradiction ne pas élire. Il serait absurde de soutenir, par exemple, que la passion et la naissance sont essentielles à la divinité \ Aucune preuve a priori n'est concevable, « car tout ce qui se peut prouver a priori, ou par la raison pure, se peut comprendre" ». On ne requiert pourtant aucune faculté spéciale; et les rapports de la raison et de la foi sont analogues aux rapports de la raison et de l'expérience. La foi ellemême est, en un sens, réductible®, et elle ne devient légitime que si elle est ramenée à une expérience critiquée. Foi et raison, expérience et raison, ici et là on trouvera des faits qu'il importe d'unifier.

Mais, comme les faits sur lesquels se fonde la foi sont « con-

1. Cf. Couturat, Logique de Leibniz, op. cit., pp. 405 et suiv. — et. d'une façon générale, tout le chapitre sur le Calcul r/éométrigue, qui est de premier intérêt.

2. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. I", p. 61, 3« lettre au duc Jean-Frédéric : « In Theologia Revelata iibernehme ich zu demonstriren, nicht zwar veritatem (denn die fleust a revelatione) sondern possibilitatem mysteriorum. »

3. Id., t. VI, p. 52. Théodicée, Discours préliminaire, par. 5.

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