Inédits, Parallèle, par. 10, f
3. Inédits. Parallèle, par. 10, f'^S: «Au lieu que les autres lois enjoignent bien des choses qui répugnent à la nature, et ne servent point à cultiver notre entendement et notre volonté ; par exemple, qu'un homme s'abstjenne d'une certaine espèce de nourriture, pendant qu'il lui est permis de se servir d'autres, pour satisfaire à son appétit ; qu'il s'abstienne même certains jours de toute sorte de nourriture ; qu'il fasse le vœu d'un célibat perpétuel: et qu'il se batte et châtie souvent son corps, en se donnant la discipline, et quantités d'autres austérités : comment peut-on concevoir raisonnablement que ces choses plaisent à Dieu, et servent à l'expiation des péchés commis'? Personne [ne] prétendra au moins qu'elles servent à illuminer l'esprit, et tout le monde demeurera d'accord qu'elles sont contraires à la nature. » — En un autre fragment inédit, Leibniz a rétabli la légitimité de l'ascétisme par ces lignes profondes : « ... Pour les maux, il est bon quelquefois d'en souffrir volontairement par manier.' de fatigue. C'est pourquoi je trouve que les mortifications mêmes des religieux seraient une bonne invention, si elles étaient employées avec esprit. Cette souffrance volontaire a deux usages : l'un est qu'elle nous endurcit jusqu'à nous rendre les maux qui jjourraient survenir malgré nous moins sensibles... L'autre usage des souffrances volontaires, esl
pondance entre nos puissances et nos satisfactions ; sinon, dit Leibniz, « nos penchants auraient été créés en vain*. » Comment savoir, dès lors, si Ton fait mal? Sans doute on peut éviter les punitions extérieures, mais on ne saurait éviter la punition actuelle que le péché porte avec soi. Profonde doctrine d'immanence morale jadis formulée par le Bouddhisme : « Un mensonge volontaire... apporte avec lui la destruction^. »
De cette Loi de la nature les paganismes sont les diverses déformations. Or, au lieu de s'embarrasser d'une foule de règles, on se devrait pénétrer de ce précepte essentiel, à la fois confucien et chrétien : « Faire aux autres ce qu'on voudrait qu'on vous fît ^. » Ainsi, « au lieu d'étudier quelques institutions embarrassées de droit et de lire des volumes sur les cas de conscience, on est assuré de ne pas manquer à son devoir quand on fait à d'autres ce qu'on voudrait qu'on nous
qu'elles nous donnent du plaisir, car elles nous font sentir notre force à résister aux maux... Cet usage des souffrances volontaires se peut encore transférer sur celles qui nous viennent malgré nous. Car rien ne nous empêche de les employer à notre bien comme si on les avait choisies. » (Inédits, Philosophie, vol. VIII, f" b3.)