‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 85 sur 305 · Id. Ibid · texte numérisé non relu

Id. Ibid

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point du concile; et j'observerai la même retenue. L'affaire est de la dernière importance et peut causer un grand bien et un o-rand mal pour Tavenir, selon qu'elle est ménagée'. » Probablement, d'ailleurs, Leibniz ne comptait guère sur les résultats immédiats du concile et attendait surtout de ce mouvement oriental un effort historique.

11 aurait voulu, sans doute, qu'une histoire générale de l'Eglise se préparât. Or les documents occidentaux ne permettraient jamais de reconstituer l'évolution de l'Eglise grecque. Dans son projet d'organisation des études, il demande que les ecclésiastiques soient capables d'interpréter les textes fondamentaux en grec et en hébreu, l'histoire de l'Eglise, ainsi que les écrits des Docteurs de l'Eglise-. De quels Docteurs s'agit-il, sinon des Orientaux? Leibniz voudrait que l'on explorât les monastères russes ; sans nul doute, pense-t-il, on trouverait des « codices » de Pères grecs non édités. Et ce n'est pas un simple vœu ; il s'adresse officiellement au Métropolite de la Russie, Stéphane lavorsky^. En 1713, il écrit à Pierre le Grand lui-même que l'on devrait étudier l'ancienne Eglise grecque, les Pères, les conciles, « surtout les synodes œcuméniques, qui en même temps valent pour les Russes et sont acceptés par l'Europe entière, jusqu'au second concile de Nicée exclusivement qui fut rejeté parCharlemagne ' ». Ce souci d'érudition en matière religieuse ne doit pas surprendre : en la religion Leibniz

1. Guerrier, éd. cit., p. lo6. Lettre à Urbich, 14 décembre 1710.

2. F. de Careil, éd. cit., t. VII, p. 5S0. (Dernier mémoire.)

3. Guerrier, éd. cit., p. 277-79. Lettre à Stéphane lavorsky, (1712).

4. F. de Careil, t. VII, p. 558. Lettre h Pierre le Grand, 26 octobre 1713 : « Zumahl aile œcumenisclie Synodi so bci den Russen gelten, auch in ganz Europa angenommen, bisz auff concilium Nicœjiani secundum exclusive, welches von Carolo Maf/no.... verworffen worden. w

130 l'expansion vers l'orient

autant qu'une pratique voit une science. Et c'est pourquoi, dans son programme d'enseignement élémentaire pour les enfants russes, il ne mêle pas la religion à l'école de vertu, mais l'introduit dans l'école d'art '.

Toutes ces réformes ne sont réalisables que si Pierre le Grand donne des ordres formels. Dès 1697, Leibniz déclarait que ses enquêtes linguistiques elles-mêmes ne pourraient être méthodiquement conduites qu'avec l'appui du Tsar'. Or, de 1700 à 1708 environ, tandis que Leibniz écrit de plus en plus aux divers conseillers du Tsar, celui-ci se trouve avant tout en face d'un problème militaire : Gomment laisser Gharles XII errer dans les affaires de Pologne, afin qu'il prépare luimême sa ruine ? La bataille de Poltawa ne terminera qu'une première guerre. Et l'entrevue de Leibniz et de Pierre le Grand en 1711 sera contemporaine de la malheureuse guerre contre les Turcs, dont le traité final forcera d'abandonner la glorieuse conquête d'autrefois : Azof'\

Ce rapprochement entre un grave traité et des entretiens dont nous ne pourrons jamais sans doute préciser l'importance n'est peut-être pas artificiel. Qui sait si Pierre le Grand n'était pas à cette époque plus préparé que jamais à des desseins pacifiques? De même, si l'on considère les faits attentivement, on ne s'étonnera pas que les pro^jets de Leibniz apparaissent quelquefois d'une application incertaine, puisque de 1711 à 1715 Pierre entreprend une nouvelle guerre contre la Suède. D'autre part, la situation de Leibniz était sans doute, à ce moment, extrêmement délicate : l'Allemagne du Xord, jus-

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