‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 86 sur 305 · F. de Careil, éd. cit., t. VII, pp. o7b-ôT · texte numérisé non relu

F. de Careil, éd. cit., t. VII, pp. o7b-ôT

2. Id., t. VII, p. 442. Projet de lettr? à Le Fort le jeuneil697).

3. Traité du Pnitii (1711). Cf. Rambaud, Histoire de la Russie, ouv. cité, p. 40.3.

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que-là dominée par la Suède, sentait venir non sans angoisse l'induence russe. En 1711, Pierre déclarait aux Allemands qu'il comptait les protéger contrôla puissance suédoise ^ Or. le roi de Prusse Frédéric 1" était fort inquiet de cette politique. De 1711 à 1714, il négociait avec Pierre pour garantir à la Prusse au moins la Poméranie. De son côté, Georges P"" de Hanovre, qui en 1709, et sous l'action de Leibniz-, s'était allié avec Pierre, de plus en plus voulait se détacher de l'alliance, à la fois comme roi d'Angleterre et comme électeur de Havovre.

Ainsi, quand on regarde les choses de près, on se demande si Leibniz n'adoptait pas une politique parfois exactement contraire à celle des deux Cours qu'il avait mission de servir.

11 est vrai qu'un projet diplomatique assez étrange l'occupait à la même époque : plusieurs lettres de l'année 1713 montrent Leibniz travaillant à une alliance de la Pologne, du Danemark, de l'Empire, de la Russie et même de la Prtisse encore hésitante \ Au lieu de ruiner avant tout la Suède, il voudrait vaincre d'abord la France, « laquelle étant mise à

la raison, la Suède n' échappera pas* ». Schleinicz parlait

avec enthousiasme de ce projet, agissait auprès du comte de Nostiz, ministre de Pologne, auprès de Holstein, ministre danois, et de Matveof, ministre de Russie à Vienne '\ De plus, dans les notes qu'il rédigea lors de son premier entretien avec

1. Histoire générale du IV* siècle à nos jours, ouv. cit., t. VI, p. 814.

2. Cf. F. de Careil, éd. cit., t. VII, p. 510 : Lettre à Pierre le Grand, 16 janvier 1716, et Guerrier, éd. cit., pp. 128 sqq. et pp. 136 sqq.

3. Guerrier, éd. cit., p. 300. Sur les difficultés de gagner la Prusse à. un projet anti-suédois, cf. en particulier Id., pp. 307-308.

i. Id., p. 304.

5. Id., |). 300. Lettre de Schleinicz à Leibniz. Sur les difficultés du projet, cf. Id., pp. 305-307.

le Tsar à Torgaii, en 1711, Leibniz parle, sans d'ailleurs nommer la France ou la Suède, d'un rapprochement nécessaire entre la Pologne, le Danemark et la Prusse \

On ne saurait d'ailleurs ressaisir tous les plans diplomatiques de Leibniz : quelques-uns sont exprimés ; une foule d'autres furent seulement médités, parlés peut-être ; çà et là pourtant, ils émergent. Ainsi, en 1707, nous voyons Leibniz souhaiter que le roi de Suède tourne ses armes contre la

1. F. de Gareil, éd. cit., t. VII, p. 497. Un projet dalliance germano-austrorusse est longuement esquissé dans de très curieu.x fragments inédits. Cf. Russland, f»^ 37-42 ; « Logeant à Vienne chez le docteur Garelii, médecin de l'Empereur qui a été dernièrement ici et à Wolffenbûttel... j'appris que M. d'iJrbich... avait dessein de faire un tour en Saxe. Comme la saison était devenue rude, je profitai de cette occasion pour aller promptement de Vienne à Leipzig. En chemin nous parlâmes de toutes sortes de matières, et, entre autres discours, il se plaignit que la Cour d'Hannover était si amie de la Suède, quelle paraissait ennemie du Czar. Je répondis que Monseigneur lÉlecteur... observait les règles de la neutralité envers le Czar. Là-dessus, il s'avisa enfin de me dire en confidence : que le Czar pensait à rendre le prince son fils habile dans l'art de régner et de commander, et avait eu pour cela la pensée de l'envoyer aux Hauts Alliés à la tête d'un corps d'armée : que ce désir de Sa Majesté Czarienne s'était redoublé depuis qu'elle avait appris que Son Altesse Électorale commandait l'armée de l'Empire ; jugeant qu'on ne pouvait point envoyer le Czarevitch à une meilleure école : outre que cela convenait avec le dessein de faire prendre à ce prince une alliance dans la maison de Brunswick... [Réponse : Qu'une telle offre demande de la réflexion et qu'il fallait considérer si la chose était bien praticable, et si elle se pouvait faire sans aucun engagement que le roi de Suède pût prendre pour une violation de la neutralité où l'Empire se trouve.] « Je (Leibniz) lui demandai pourquoi on ne faisait point cette proposition à la Cour de Vienne, qui doit avoir le soin principal des affaires de l'Empire. Il me dit que Sa Majesté Czarienne ayant principalement en vue le bien du prince son fils, le mérite personnel de Son Altesse Électorale venait plus en considération que toute autre chose : et qu'ainsi il faudrait savoir par avance, si Monseigneur 1 Électeur ne serait point fâché de voir ce jeune prince auprès de lui à l'armée ; pour conclusion, il me dit positivement, que j'en pouvais faire l'ouverture à Monseigneur l'Électeur à mon retour et me donna même un papier servant à m'autoriser au besoin.

« Nous nous séparâmes à Leipzig où je lui fis connaître que je tâcherais de prendre mon temps pour parler de ce qu'il me confiait... : puisqu'il me paraissait que Monseisrneur l'Électeur ne pourrait point trouver mauvais qu'un aussi grand monarque que le Czar témoignât de la confiance et de la considération pour lui. Mais comme ce plénipotentiaire était allé depuis jusqu'en Italie trouver le roi de Danemark à Venise sans que j'eusse rien appris de lui pendant trois mois..., ce silence, joint à l'incer-

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France, et le Tsar contre la Perse'. Déjà Leibniz se souciait (le la Perse lors de son plan de conquête égyptienne ; dès sa jeunesse, aussi, il avait remarqué l'Abyssinie, et la considérait en 1()"2 comme une alliée possible pour Louis XIV -. Or, en 1G97, dans un mémoire pour Le Fort ', il se déclare frappé de la triple action de Fempereur de Chine Cam-Hi-Amalogdo- Chan, du Tsar « souverain seigneur des Russes et presque de tout le Xord » et du roi des Abyssins, Jasok Adjam Saugbed.

litude des affaires du Nord me fit lialancer. Outre qu'il y avait de l'apparence que la paix avec la France se ferait bientôt, en quelcas l'affaire cessait delle-niènie. Enfin M. d'Urbich étant de retour h Vienne... voulut, savoir ce ([ue j'avais fait...; mais j'ai reçu depuis peu des lettres qui témoignent qu'il n'en est point satisfait. Ainsi, comme... il semble... que la campagne se fera encore contre la France... sachant d'ailleurs par les papiers que j'ai vus que ce plénipotentiaire a beaucoup de crédit auprès de son maître, j'ai cru que, pour éviter tout reprochg, je devais informer Monseigneur l'Électeur de la substance de l'affaire, sauf à Son Altesse Électorale d'en juger. Car ses lumières et connaissances sur les affaires diktat étant plus grandes que les miennes, il ne m'appartient pas de lui donner conseil là-dessus.

« Je souhaite seulement qu'en cas que Son Altesse Électorale ne trouve point à propos de faire réfle.xion sur cette ouverture, elle demeure ensevelie dans le silence. »

[1» Brouillon avec pas mal de ratures ; -f- une copie de Leibniz, très soignée et sans ratures,-}- une autre copie avec quelques ratures. La copie est faite ici d'après les f" 39-40, lesquels contiennent la copie définitive.] Outre ce texte, si curieux, cf. encore Russland, f" 119. Lettre inédite sans adresse : « Sachant combien les intérêts du Czar sont liés avec ceux de l'Empereur aussi bien qu'avec ceu.x de Monseigneur l'Électeur, je ne perds point d'occasion pour insinuer ici, non seulement chez les ministres, mais encore chez Sa Majesté Impériale même où j'ai quelque accès, combien il est important de cultiver et de perfectionner la bonne intelligence entre les deux grands monarques. Et M. de Matveof m'en a... témoigné d'en être bien aise. Les intrigues nouvelles du parti français et suédois aux cours de Dresde et de Berlin nous obligent plus que jamais d'y être attentifs... Les affaires sont maintenant dans la plus grande crise où elles aient jamais été. Et comme je dois être ce printemps à Hannover... je pourrais rapporter quelque chose de particulier sur les intentions de l'Empereur où Son Altesse Électorale a de l'intérêt, et donner de la chaleur à quelques négociations... »

1. Guerrier, éd. cit., p. 67. Lettre à Urbich. 11 octobre 1707.

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