‹ Leibniz et lorganisation religieuse de la terreChapitre 97 sur 305 · Rambaud, Hisloire de la Russie, ouv. cité, p · texte numérisé non relu

Rambaud, Hisloire de la Russie, ouv. cité, p

rpenl en rextension de son Empire jusque sur le Bosphore ; Leibniz, en dépit de quelques lueurs d'espoir, sacrifiait d'anciens désirs à une politique nouvelle. 11 voulait que Pierre le Grand fût avant tout un organisateur pacifique, qui, après avoir anéanti son rival nordique, irait toujours plus loin vers l'Est et créerait un Empire vraiment asiaticoeuropéen.

En un sens donc Leibniz s'opposait à Pierre le Grand et, par une intuition plus géniale, prévoyait une évolution dont nous sommes encore contemporains. 11 serait tout à fait superficiel de forcer les idées de Leibniz jusqu'à les adapter aux réalités d'aujourd'hui. Pourtant, si l'on n'exige pas des détails analytiques, on s'aperçoit que Leibniz a exprimé la politique russe qui sembla, jusqu'en ces derniers temps, définitive. Et l'Ukase du 12 août 1903 \ qui transformait en vice-royauté russe le gouvernement général de l'Amour et la presqu'île de Liao-Toung, marquait cette « connexion », tant cherchée par Leibniz, de la Russie et de la Chine.

Le traité de Portsmouth (23 août-5 septembre 1905), qui conclut la guerre russo-japonaise, paraît avoir anéanti cet espoir d'une civilisation russe s'ouvrant sur le Pacifique. Mais les conséquences du traité môme sont incertaines; et rien ne permet d'affirmer que toujours l'expansion russe se limitera à ses frontières actuelles. Quoi qu'il en soit, la double ambition d'expansion russe vers la Chine et la Perse subsiste. Les rapports commerciaux entre la Chine et la Russie ne sont pas atteints par la guerre et ne pourront que s'accommoder d'une Russie hbérale. Quant aux projets d'expansion

1. Cf. Le Temps du 21 août 1903. Bulletin de VEtranger : La Russie en Extrême-Orient.

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russe en Perse, les plus récenlcs informations semblent indiquer que de ce côté s'ouvrira sans doute une nouvelle route pour la Russie. *

Ainsi les projets de Leibniz se peuvent harmoniser avec rt'volution générale de la Russie depuis deux siècles. Mais Leibniz n'a-t-il pas encore prévu une deuxième route à travers l'Egypte, la mer Rouge, l'Inde et le Japon ? Route maritime, s'ajoutant à la route terrestre à travers les masses continentales de la Russie et de la Sibérie. La Chine, ici et là, est le centre de l'effort. Mais comment ne point découvrir, dans cette autre voie, quelque chose d'analogue à l'expansion maritime, telle que l'a comprise et voulue l'Angleterre ?

Sans doute on dira que les textes de Leibniz eux-mêmes ne nous offrent que des indications vagues ou d'emphatiques espoirs. 11 faut avoir le courage de percer cette médiocrité formelle et de trouver la source même. On se demande alors si Leibniz ne fut pas, autant qu'un métaphysicien, un visionnaire politique, qui voulut se représenter nettement la terre et le multiple effort de ses races, distinguer comment cet effort pourrait être soustrait au hasard et transfiguré. Avant tout, il médita sur l'Asie et l'Europe. Plus ou moins consciemment, il tenta de ressaisir la civilisation dite « aryenne, » de retrouver les migrations ethniques, grâce à tous les vestiges, linguistiques oy' archéologiques. Il entrevit aussi l'Afrique ; ses mystérieuses idées sur l'Abyssinie le démontrent \ Et l'Amérique à son tour l'eût attiré-, si, en môme temps que Pierre le Grand, un souverain de l'Occident se fût trouvé, qui armât de sa force le Bien général.

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