Lettre inédile à Lintelo, 26 décembre 1709, folio
PIERItK Li: GRAND i"l>
servir un homme, ni des hommes; s'il s'agit de poursuivre des fins supérieures, telles que les Sciences et les Arts, la Vertu et la Piété, ce sera réaliser le Royaume de Dieu sur la terre. Malheureusement, « le royaume du ciel est toujours la dernière chose à laquelle on pense, à rebours de ce qui se devrait » '.
La création de la Vertu, en soi-même et en autrui, n'accroitra point seulement, comme nous le croyons, la pureté des Ames : Un Pierre le Grand comprend instinctivement que les qualités spirituelles assurent aussi des forces proprement matérielles. Au lieu de préparer matériellement une nation qui, plus tard, si elle le peut, cherchera la vérité, il s'imprègne, dès l'abord, de toute la vérité et de toute la science connues, confiant que l'esprit seul donne à la matière son action pleine. Si, dès lors, un homme privé tel que Leibniz, qui, d'après l'opinion commune, ne devrait point se soucier de cette œuvre nationale, introduit selon ses forces, dans ce remaniement énorme, quelque chose de ce qu'il croit la vérité, il fait vraiment acte de piété.
On ne fait œuvre de piété que si Ton rend les hommes plus parfaits et la grandeur de Dieu plus connue '. Si donc le rôle du réformateur religieux est d'exprimer dans les créatures les perfections divines *, Leibniz ne songe pas seulement, quand il construit une Russie nouvelle, à ordonner une nation selon la puissance. 11 se figure le pays de Pierre le Grand comme une terre qu'on doit élire et modeler selon la loi divine. On ne retardera nullement ainsi les forces matérielles :
1. Lettre inédite à Morell, 4/14 mai 1098. Fragm. donnné par Guerrier, p. 3G.