Lettre de Bernstorff du 10 décembre 1715. In., p
4. Votre Excellence « peut être seure que le premier tome de mes Annales est achevé, et qu’on peut en commencer l'impression dès à cette heure. Cependant je suis bien aise d'achever auparavant le tome second, ce qui sera fait sans faute l’année qui vient, si Dieu me laisse assez de santé. Et le soin de l'impression du premier tome nous donnerait beaucoup de distraction et retarderait le travail qu’on pousse maintenant avec chaleur. Oütre qu’en y travaillant on decouvre souvent quelques paralipomenes qui donneront occasion de perfectionner ce qu’on a deja dit. Et aujourdhuy même j'ay fait une decouverte tres curieuse touchant la genealogie de la moyenne maison de Brunsvic; l’ancienne est celle des Empereurs Ottons, la moyenne est celle des Ecberts et Brunons, la troisieme est celle qui subsiste. On pourrait mettre les nouvelles observations dans les additions, mais il est plus convenable qu’elles soyent dans le corps de l’ouvrage. » Lettre à Bernstorft, 20 décembre 1715. Z. d. h. V. f. N. 1890, p. 163-4, trad. par Perrz, t. I, p. xx. Cf. lettre à Caroline, s. d. (fin décembre 1715-début de 1716). Kio, t. XI, p. 64.
que ces recherches avaient été pour lui une affaire de conscience et la rédaction de l’ouvrage, une application du sens critique, mais qu'il était arrivé à se contenter lui-même et à faire œuvre scientifique (1). La vérité de ses affirmations nous est garantie par l’activité incessante de Leibniz au sujet de son histoire, par son, changement de plan, l'élargissement successif de celui-ei et la difficulté croissante de son exécution, l’obligeant à en restreindre la durée, et par le détail de l'ouvrage même. Leibniz n’a cessé de travailler à ses Annales afin de les mettre au point, y renvoyant fréquemment aux Scriptores Brunsvicenses pour l’histoire des Carolingiens (2), en grande partie écrite avant leur publication, ajoutant des allusions à des faits postérieurs à la première rédaction (3) ou se servant de
4. À Vienne « j’ay employé utilement le temps pour l’histoire en profitant
encore quasi pour la dernière fois des manuscrits de l'Empereur... ce qui m'est venu tres à propos pour la conclusion de mon ouvrage... Si j’avois eu envie de contenter le Roy en apparence et de preferer cet agrement à son service; je n’avois qu’à mettre sous presse le premier tome tout achevé. Je trompois aisement le public, mais Je ne trompois point ma conscience. Le progres même du travail m'auroit obligé de changer plusieurs choses et de telles retractations ne recommandent pas un ouvrage; et en les dissimulant je me serois exposé au moins à la censure de la postérité : car il faut savoir qu’une grande partie de cet ouvrage est fondé non sur des textes exprès, mais sur des conséquences, à cause de l'extrême pauvreté pour ainsi dire et sterilité des auteurs de ce temps là. Aunst il faut souvent bâtir sur des conjectures, qui sont quelquefois détruites par de nouvelles découvertes, comme il m'est arrivé plus d’une fois et dans des points importans. Il est sûr que j’aurois pu donner tout l’ouvrage il y a dix ans et davantage, mais j’ay eu tant de nouvelles lumieres tant des manuscrits que de livres nouveaux comme des Mabillons, des Pagi et même de ma propre collection imprimée, que maintenant il faudroit refondre tout mon ouvrage, et en changer pour le moins un quart... Les doutes où j'ay esté tres souvent sur des points de consequence m'ont fait aller bride en main et souhaïter de nouvelles lumieres. Mais depuis quelques années je Suis en état de me satisfaire et le public. » Lettre au même, 28 janvier 1716. Daœsnér, p. 151. Cf. lettre au même, 11 février 1716. In., p. 158. » 9. Aü tome I, p. ex: en 785,$ 10,t. I, p. 117; 808,$5,p. 260; 815,$ 8, p. 300: 8149, $ 9, p. 323; 845, $ 4, p. 524; 872,S$ 19, p. 717. Au tome IT, p. ëx. en 780, $ 14, t. 1, p. 94; 866, $ 23, p. 656; 880, $ 5, & IT, p. 48; 894, $ 15, p. 148: 897,9 12 p.166; 900,$ 15, p. 185; 908, $ 10, p.207,et 906, $ 13, p. 218. Au tome III p. ex. en 785, $ 9, t. I, p. 117; 892,$ 20, &. IT, p. 139. Cf. plus haut, p. 268, n. 6.
3. À l’année 783 la mort de la reine Sophie-Charlotte survenue en 1705 (v. plus haut, p. 212, n. JE à 803,$ 8, t. I, p. 263, il cite l’année 1707 comme préserite ét à 842,$ 16, p. 505 comme passée: À 945, $ 5, t. II, p. 275, l’année 1714; à 972, $ 24, t. III, p. 301, l’année 1716; 3
documents reçus presque à la veille de sa mort (1). C’est donc le souci d’une information complète, la nécessité d’élucider tous les problèmes se présentant à son esprit, le besoin de faire une œuvre originale digne de fui et servant à sa gloire, qui ont empêché Leibniz de donner à la postérité le grand ouvrage sur lequel il comptait auprès d’elle, tout en lui permettant de le poursuivre plus loin qu'il n’eût fait, s’il eût voulu à tout prix en faire paraître une partie. Cela prouve à la fois sa rare conscience, son orand sens historique (2) et montre qu’en histoire, où il. avait mis tant de temps à se contenter (3), il était en quelque sorte atteint de la « maladie de la perfection (4). » Cependant, au printemps de 1716, Leibniz espérait que son travail serait «achevé dans peu de mois (5) » et pourrait être « imprimé avant la fin de l’année (6) » après avoir été revu (7); quelques jours avant sa mort, 1l comptait encore y travailler une partie de l’année suivante (8), sans doute à achever la seconde partie, à composer les discours préli-
4. En 972,$ 2-3, t. III, p. 292 ss. il cite le diplôme original d’Otton II concernant le douaire qu’il avait donné à sa femme Théophano, écrit sur parchemin en lettres d’or et tiré des archives de Gandersheim, qui lui avait été envoyé le 2 octobre 1716, par H.-K. Schrader (corr., fol. 1). BODEMANN, p. 266, n° 833.