LA CONCEPTION DE L'HISTOIRE
Leibniz, parsuitede ses goûtset deses fonctions, s’estoccupé d'histoire pendant toute sa vie; mais c’est avant tout un esprit philosophique : c’est en philosophe qu’il a considéré l’histoire, comme la politique ou la théologie (1). Pour comprendre sa méthode historique, il faut donc savoir quelle était sa conception générale de l’histoire.
Le domaine de l’histoire est pour lui extrêmement étendu. Tout ce qu’on peut connaïtre, dit-il dès sa jeunesse, se divise en théorèmes ou sciences et en observations ou histoires (2). Plus tard, il distingue, d’une manière plus philosophique, les « verités universellement necessaires ou eternelles » des « verités de fait ou particulieres et contingentes, qui peuvent manquer et ne sont point d’une necessité absolue... Au lieu que les verités necessaires ne pourroient manquer (3). » Celles-ci sont le domaine
1. À propos de ses mémoires politiques, LÉvy-Brüuz écrit, p. 10 :« Le philosophe s’y trahit de temps en temps par le caractère général et un peu vague de ses conceptions.» «Même quand il veut apparaître à ses contemporains, apparaître à soi-même, peut-être, comme un diplomate et un théologien, Leibniz est un pur philosophe. » Compte rendu de l’ouvrage de Baruzr, Rev. de métaphys. et de morale, janvier 1907. Supplément, p. 10.
2. « Quicquid sciri dignum est, distinguo in Theoremata seu rationes, et observationes seu historiam rerum, historiam locorum et temporum. » Pensées sur l'encyclopédie d’Alsted. Korru.,t. III, p. 266 (Durens, t. V, p. 183; CoururaT, p. 570), s. d. (1671 environ). CoururarT, p. 571 note 1,573 et 125 n. 3). — Suivant LamPrecur, t. VII, part. 7, p. 94, chacun de ces groupes de vérités correspond chez Leibniz à l’action d’un philosophe, les premières au rationalisme mathématique de Descartes, les secondes à l’empirisme de Bacon.
3. Lettre à Sophie Charlotte, 7 décembre 1701. Kzorp, t. X, p. 220.
des sciences et des possibilités, tandis que les autres sont le domaine de l'histoire et des réalités (1). Ces vérités, qu'on nomme encore vérités nécessaires ou de raisonnement et vérités contingentes ou de fait (2), s’expriment par deux sortes de propositions correspondantes (3), les unes a priori et les autres a posteriori(4); les premières ont leurs termes identiques, les secondes ne les ont pas (5); en d’autres termes, les unes sont des propositions analytiques, les autres des propositions synthétiques (6).
Chacun de ces deux groupes de vérités est régi par un principe différent, les vérités nécessaires par le principe d'identité ou de contradiction, les vérités contingentes par le principe de raison suflisante (7). Aussi leur explication diffère-t-elle profondément. Les vérités nécessaires s’expliquent facilement, parce qu’elles dérivent de quelques notions simples, auxquelles on peut aisément les ramener par la démonstration, c’est-à-dire par l'analyse de leurs termes; les vérités contmgentes, au contraire, formant une série indéterminée, ne peuvent s'expliquer que les unes par les autres : il faudrait, pour en rendre complètement raison, procéder à une analyse infinie, dont Dieu seul est capable et qui aboutit à lui (8). Aussi la connaissance du
1. «L'existence reelle des Estres qui ne sont point necessaires, est un point de fait ou d’histoire, mais la connaissance des possibilités et des necessités… fait les sciences demonstratives. » Nouv. Ess., 1. III, ch. v, $ 2-3. GEHR., Ph RTE ED 28 CIC AE ANA ROIMIES . Monadolog., $ 33: Geur., Phil, t. VI, p. 612.
Nouv ess NIV Ch EI 6 dE pe EL 6:
. Théodicée. Disc. préliminaire, $ 2. Id., t. VI; p. 50. ICRA MR ES ER
. Suivant l'expression de Kant.
7. Monadolog., $ 31-32. Grur., Phil., t. VI, p. 612, avec l’énonciation des deux principes. Leibniz paraît avoir formulé pour la première fois le principe de raison en mai 1677: «Ante omnia pro certo sumo,omnia fierz per causas uasdam uintelligibiles » Id., t. VIT, p. 265. Souligné par Leibniz. 11 est devenu plus tard le «principe de raison suffisante » sur lequel il insiste à la fin de sa vie, et autour duquel il fait porter toute sa discussion avec Clarke (v. entre au res la fin de la réponse à la 5° réplique, $ 125-30. KLopp, t. XI, p. 176-8; Durens, t. II, p 169-70).
8. De scientia universali. Geur., Phil, t. VII, p. 198-9. Cf. Monadolog., $33-39, t. VI, p. 612-3, et CouTURAT, p. 210-11. CE. « contingentia seu quæ ab