Discours cité plus haut, p. 852, n
6. Mémoire du 1€r juillet 1692. Z. d. h. V. f. N. 1885, p. 21.
7. « Le but principal de l'Histoire, aussi bien que de la poesie, doit être d’enseigner la prudence et la vertu par des exemples, et puis de montrer le vice d’une maniere qui en donne de l’aversion, et qui porte ou serve à-leviter. Théodicée, part. 11, $ 148. Genr., Phil, €. VI, p. 198.
8. « Historiæ ipsius præter delectationem utilitas nulla est, quam ut religionis Christianæ veritatis demonstretur, quod aliter quàm per histérias fieri non potest. » Leibnitiana, $ xx. FeLzer, p. 148 (Durens, t. VI, p. 297),
elle est pour lui si importante qu’elle parait presque effacer toutes les autres, et il l’a développée surabondamment. A l'en croire même, ce serait le plus grand de tous les usages de l’érudition (1).Il a répété fréquemment cette idée sous une forme moins absolue, mais il n’a cessé de parler de l'utilité del’histoire pour prouverla véritéde lareligion chrétienne(2).
C’est naturellement l’histoire ancienne qui a surtout cette utilité (3); elle est indispensable à la preuve du cehristianisme (4). Parmi les usages de l’histoire, Leibniz met, en effet, « l'établissement de la Critique historique, et surtout de l’histoire sacrée, qui contient les fondemens de la revelation (5).»
4. « Maxima omnium Eruditionis utilitas in eo constitit, ut veræ religioni serviat. » Mai 1681. Genr., Phil, t. VIT, p. 170.
2. Lettres à Th. Burnet, 22 novembre 1695. Geur., Phl., t. III, p. 166 (Durens, t. VI, p. 227),s. d. (juillet 1701). KLopr, t. VIII, p. 277 et autres citées par Coururar, p. 159, n. 5. « Usus Historiæ ad agnoscendum providentiam in mutatione Imperiorum et conservatione Ecclesiae.….. Sed nobis satis est. ut agnosceretur ex Historia demonstrari posse ac debere Christianæ religionis veritatem. » Geur., Phil, t. VII, p. 141 et 145. « Quis enim non videt… sine Historiæ profanæ et linguarum notitia nec sacras literas historiasque pro dignitate tractari nec fidem cité defendi. » Lettres. d. n. a. citée plus haut, p. 16, n.1.
3. « Le plus grand usage de la Connoissance des Antiquités et des langues mortes, est celuy qu’on en tire pour la Theologie, tant à l'égard de la verité de la Religion Chrestienne et de l’autorité des Livres sacrés que pour expliquer ces mêmes livres et lever mille difficultés, et pour connoistre enfin la doctrine et la practique de l'Eglise de Dieu et des loix ou des canons de la jurisprudence divine. » Mémoire de 1694, $ 18. KLopp, t. X, p. 12-13 (FoucHER DE CAREIL, Lettres, p. 282).
&. « L'Histoire de l'Antiquité est d’une necessité absolue pour la preuve de la verité de la religion... C’est là peut estre le meilleur usage de la plus fine et de la plus profonde critique que de rendre un temoignage sincere à ces grandes verités par des anciens auteurs exactement verifiés et si les
. Mahometans et payens et même les libertins ne se rendent point à la raison, on peut dire que c’est principalement faute de ne pas sçavoir l’histoire- ancienne. » Nouvelles ouvertures (V. plus haut, p. 344, n. 10), p. 226. CF. la lettre à Huet de 1679 citée plus loin, même chap. V. la lettre du 1e octobre 1697 à Morell (corr., fol. 27) citée par BaruzI, p. 505, où on lit ensuite : « Dans la preface de mes Acessiones historicæ, j’ay touché en passant cet usage de lHistoire et des Monumens. » C’est une allusion à : « Porrô Græcos et Latinos veteres et Orientales etiam Historicos (si cognoscendi omnia dulcedinem et exemplorum utilitatem seponas) maximè sacris originibus, et Religioni, divinis Christianorum libris comprehensæ, Legibusque inservire censeo ; tum ut scripturis genuinitas auctoritasque sua asseratur, tum ut interpretatio vera cognito temporum genio, collatisque antiquorum sententiis eruatur ». Acc. hist., préf. Durens, t. IV, part. 2, p. 53-54.
5. Nouv. Ess., 1. [V, ch. xvi, $ 21. Gexr., Phil, t. NV, p. 452.
C'est surtout dans sa correspondance avec Hüet, au sujet de la Demonstratio evangelica de ce dernier (1679) (1), que Leibniz à développé un sujet qui lui tenait au cœur, la divinité du Christ lui paraissant le point le plus utile à établir après la démonstration de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. On devait, pour cela, prouver d’abord l'authenticité de la Bible, puis montrer qu’elle marque d’un bout à l’autre que Jésus a été envoyé de Dieu; mais on ne pouvait effectuer ces opérations sans avoir étudié l’histoire universelle entière, d’après tous les matériaux dont elle dispose (2). Leibniz revient sur ce sujet l’année suivante dans une lettre au même érudit, en déclarant que c’est la critique historique seule qui permet d'établir l'authenticité de la Bible et que l’absence de critique constitue le plus grand obstacle à la propagation du christianisme en Orient (3).
1. Sur cet ouvrage qui expose des idées du même genre, v. BARTHOLOMESS, Huet, p. 5-6.
2. « Quid enim denique religione præstantius est, et quid mortales animos afficit magis? Dulcissimum profectô est, et mirificè solatur incommoda vitæ immortalitatem asseri-nobis, non quamlibet, sed qualem optare possumus, id est, qualem docuit Christus. Quem ostendere promissum tot oraculis fuisse Messiam, generis humani restauratorem, maxima conelusionum est, post duas illas capitales de Deo et mente. Certè non video, quam possimus utilitatem exspectare majorem ab historia et eruditione. Amplis dico, mihi studium antiquitatis omne hunc propemodum unicum habere videtur usum, ut vetera felicitatis, atque, ut ita dicam, nobilitatis nostræ, quam ad Chistum regenerati referre debemus, documenta a dubitationibus et corruptelis vindicemus. Ostendendum est primüm, libros sacros, quos habemus, genuinos esse, et ad nos pervenisse incorruptes quoad $summam rerum. Quod nemo satis potest nisi criticæ artis mysteria iatellexerit, et manuscriptorum fidem explorare possit, et linguarum proprietates, et genium illorum sæeulorum, et seriem temporum novit. Deinde ostendendum est, auctorem tantarum rerum, ad quem libri sacri referuntur, cælo missum fuisse. Id vero oracula testantur, quæ mulüs post sæculis nasciturum cecinere, et mira facta eorum, quos sua Christus auctoritate armavit, et sanctitas doctrinæ incomparabilis, et martvrum Constantia, et denique triumphus crucis. Hæc verd omnia ita, ut nar rantur, gesta fuisse, demonstrari non potest, nisi tota historia universal, sacra et profana, accuratissimè constituta. Historiæ autem universalis demonstra-. tio eget collectis, et manuscriptis, et numismatis, et inscriptionibus aliisque cimeliis eruditorum. His enim fit historiæ fides. » Lettre de 1678, citée plus haut, p.33, 0. 2, (traduit par Emery, t. I, p. 165-6).
3. «Unus historiæ pariter ac criticæ artis usus necessarius est ad stabiliendam religionis veritatem. Nam illud pro certo habeo, arte critica amissa, humana fidei divinæ instrumenta simul interitura esse, neque quidquam solidi superfore, quo Sinensi alicui, aut Judæo, aut Muhemedano, nostra religio demonstrari possit. Fac enim, fabulosas Theodorici Veronensis histo-
Vers la même époque, il développait ces idées au point de vue historique (1); il y revenait encore un peu plus tard (2). Dès lors, cette idée n’a cessé de le poursuivre (3); il a même dépassé l'antiquité classique et hébraïque en visant à consolider la religion chrétienne par l’histoire de la Chine (4); mais dans la dernière partie de sa vie il s’est surtout préoccupé d'établir la vérité du protestantisme par l’histoire du moyen âge (5).
On pourrait s’étonner d’une semblable doctrine, sr lon ne savait que Leibniz avait l'habitude de tout rapporter à la religion, qui est pour lui le plus haut but de la science (6).
rias, quibus infantes a nutricibus in Germania ad somnum sollicitantur, à Cassiodori, coætanei scriptoris, et hujus regis negotiorum administri, narrationibus non posse discerni; fac, venire tempus, quo dubitetur, an non, ut Turcis visum est, Alexander magnus Salomonis exercitum duxerit; fac pro Livio et Tacitosuperesse elegantes quosdam, sed nugaces, libellos, quales hodie scribuntur de magnorum virorum amoribus; denique fac, redire tempora illa tantüm mythologiis cognita, qualia ante Herodotum apud Græcos fuere : sublata erit certitudo de rebus, tantumque aberit, ut ostendi possit, Scripturæ sacræ libros divinos esse, ut ne quidem genuinos esse constare possit.-Neque majus propagandæ Christianæ religionis in oriente impedimentum esse judico, quàäm quod populi ill, historiæ universalis ignari, demonstrationes illas, qualibus nunc religionem Christianam extra controversiam collocasti, capere non possunt, nisi se dent in disciplinam, litterisque nostris imbuantur. » Lettre à Huet, 4679. Durens, t. V, p. 459 (trad. par Euerv, t. I, p. 169-70). Cf. plus haut, p. 368, n. 4.
4. Mémoire de 1678 environ. Geur., Phil., t. VII, p. 138-43. Cf. plus loin, chap. vi.
2. Mai 1681. Zd., p. 70 (dont fait partie la phrase citée plus haut, p. 368, n. 1).
3. V. plus haut, p. 368, toutes les citations de 1681 à 1701.
4. «Test vray que le principal employ des missionnaires est de travailler à la consolidation de la religion, mais c’est en cela que la recherche de la langue, des hieroglyphes, de la critique des anciens livres de l’ancienne histoire de la Chine et meme des sciences Chinoises et de leur origine se trouvera tres importante, en confirmant l’histoire de la Sainte Ecriture, en rendant nostre Theologie plus recevable aux Chinois et en les faisant rentrer dans l'esprit de leurs ancestres, que je crois plus approchant de celuy des anciens Hebreux ét autres non encor corrompus par l’idolatrie, comme l’exemple de Job nous fait connoistre. » Lettre du 18 août 1705 au P. Verjus, procureur des missions dans le Levant. BopEmANN, p. 360-1. Cf. plus loin, chap. a.