V. plus haut, p. 201-3 et plus loin, chap. v
6. Prcurer, t I, p. 90-92; cf. Baruzi, passim. — L'idée de Dieu était le centre des conceptions juridiques de Leibniz. FoUCHER pe Care, Nouv. lettres, p. xL. LANDSBERG, p. 24, a pu dire que son droit estune sorte de théologie; cf. HaRTMann,p. 66-67. C’est pourquoi il attaqua si vivement la morale et le droit de Pufendorf, d’un caractère tout laïque, tandis qu’il les fondait lui-même sur l'existence de Dieu et sur limmortalité de l’âme. Lettre à Basnage de Beauvals. d. (avant 1706).
Ces idées étaient, d’ailleurs, d'accord avec la théorie de la conformité de la raison et de la foi qu’il a exposée au début de la Théodicée (1). Leibniz croyait, avec les scolastiques (2) et plusieurs de ses contemporains (3), qu’il n’y avait pas contradiction entre la révélation et les données de la raison, deux ordres de vérités ne pouvant se contredire. Il distinguait ce qui est au-dessus de la raison, comme les mystères, de ce qui est contre la raison et, par suite, impossible (4). Il admettait, par définition, la certitude de la foi (5) : s’il
FEDER, p. 96; à Kortholt, 18 août 1707. Korrn, t. I, p. 279 (Durens t. V, p. 305) et surtout à Molanus, 22 avril 1706. In., t. II, p. 145-60 (Dürexs, t. IV, part. 3, p. 275-82), trad. en français par BarBeyRAC, au t.II de l’édition des Devoirs de l’homme et du citoyen de PureNDorr. « Je n’ai pas étudié les sciences mathématiques pour elles-mêmes, mais afin d’en faire un jour un bon usage pour me donner du credit, en avançant la pieté », écrivait-il en 1679 à Jean-Frédéric. KLopr, t. IV, p. 443. Sur la nécessité de cultiver par piété les sciences naturelles, v. les lettres du 12 juillet 1699 à Sophie. In., t. VIII, p. 134, et du 23 septembre 1712 à Schleiniz, citée ci-dessus, p. 218, n. 5. La lumière de la foi etsa propagation par les sciences est la fin générale à laquelle il subordonne la société de Berlin. Lettre à Frédéric 1°, s. d. (janvier 1703). HARNACGK;t. IT, p. 151, et KLopp, t. X, p. 373 (Foucaer DE Careiz, t. VII, p. 287-8); cf. « Die teutschliebende genossenschaft hätte zu ihrem zweck die ehre Gottes und gemein nuzen des werthen vaterlandes teutschen natur. » Foucuer, t. VII, p. 383. — La philosophie religieuse de Leibniz est bien résumée par LamPpreGHT, p. 97-99. Elle est exposée surtout dans la Théodirée, l'ouvrage le plus populaire de Leïbniz, dont on trouve déjà le germe, sinon dans le discours contre les Athées de 1671, du moins dans le « Dialogue entre Théophile et Polidore » s. d. éd. par Baruzt, Reo..de métaph. et de morale, janvier 1905, p. 28-30, avec d’autres opuscules d’un caractère tout mystique. Dès le 23 janvier 1700, Leibniz avait projeté d’écrire son livre : lettre à D.-E. Jablonski. GEnr., Phil, &. VI, p. 3, note (Sur les circonstances où il le prépara v. plus haut, p. 219, n. 1). Une telle continuité et la place que tient l’idée de Dieu dans l’œuvre de Leibniz suffisent à réfuter ceux qui, comme la duchesse d'Orléans (lettre à Harling du 1er août 1720, citée par A. DrPriNe, Rev. historique, t. LIX, p. 297-8 note) ou le théologien Pfaff (A A.EE. du 28 mars 1728, p. 125-6, cité par Des Marzeaux, 2e édition, 1740, t. I, Avertissement) croient que Leibniz à voulu dans la Théodicée, mystifier ses contemporains,
1. Discours de la conformité de La foi avec la raison. Geur., Phil, t. VI, p. 49- 101. Cf. lettre à Sophie, avril 1709. KLopp, t. IX, p. 300-3.
2. A. W. Dreckorr, Leibnitz’s Stellung zur Offenbarung, 1888, p. 9.
3. En France, Huet dans les Questiones Alnetæ (v. GRHR., Briefw., p. 647 et 651 et surtout BarroLmess, Huet, p. 267 et 31-39); en Allemagne, van :Helmont (RiTTER, t. II, p. 1785s.).
4. Disc. de la conformité, $ 23-24. On entend par mystères « les verités qui passent notre comprehension..je ne voy point,pourquoy la Theologie ne puisse avoir de telles verités, puisqu'il y en à en philosophie ». Lettre à Chauvin, s. d. (avril mai 1696). Sreiw, p. 339.
5. Pour lui l'évidence ne pouvait être le fondement de la persuasion que
ne pouvait toujours en expliquer les articles, il levait, du moins, les objections que l’on faisait contre le dogme (1). On lui a reproché d’avoir admis a priori cette conformité de la foi avec la raison, sans jamais la démontrer (2), ce que devait tenter son disciple Wolf (3); maison a oublié,semblet-il, que la révélation était pour Leibniz moins une question de philosophie et de théologie qu’un point de fait et d’histoire (4); 1l croyait précisément que la vérité de la religion ne peut se démontrer que par des arguments historiques. Pour lui, « la revelation seule nous peut apprendre le commencement de l’univers (5) » et la révélation se fonde sur lhistoire de l'antiquité (6). Elle est ainsi prouvée en droit et en fait; toute assertion qui ne la contredit pas et qui s’accorde avec la raison et l’observation est forcément exacte : telles étaient, par exemple, pour Leibniz, les principales idées du Protogée (7).
dans les choses contingentes, non en matière de foi. Notes sur le livre de Toland (8 août 1701). Durens, t. V, p. 144.
1. «Dans les Mysteres je distingue trois points : 1. les expliquer pour en lever l’obscurité, 2. les prouver par des raisons naturelles, 3. les soutenir contre les objections. Nous ne pouvons point satisfaire tousjours au premier point et encore moins au second. Au lieu que je crois que nous pouvons tousjours satisfaire au troisiesme, et qu’il n’y a point d’objections insolubles contre la verité. Autrement le contraire seroit demonstré. » Lettre à Coste, 19 février 1706. Ceur., Phi, t. III, p. 148. Cf. lettres au landgrave Ernest, mars et 11/20 novembre 1684. Rome, t. II, p. 28 et 53. Leibniz essayait aussi d'établir la possibilité de la transsubstantiation (In., p.54, et GUHRAUER, t. I,p.77-78) et de l’incarnation (BARUZI, art. cité, p. 8).
2. BoekH, Leibniz in seinem Verhültniss zur positiven Theologie (discours du 6 juillet 1843), Aleine Schriften, t. IT, p. 313 et 319, lui reproche de ne montrer que leur non-contradiction et de ne prouver que la possibilité, non la réalité ou la-vérité de la révélation.
3. BARTHLOMESS, Histoire critique des doctrines religieuses, t. I, p. 125.
k «La revelation est un point de fait ». Remarques. de 1702 sur les Mémoires de Trévoux de 1701. Ms. XV, Vol. I, 6, fol. 5-6. Cf. LamPREcuT, p- 96.
5. Lettre à Rémond sur la philosophie chinoise, $ xxiv. Durens, t. IV, p183.