Pensées de 1715. DuTens, t. V, p
9. « Nous manquons partout de la Geographie Moyenne ou Medii ævi, qui seroit assez necessaire pour l'intelligence des titres ». Lettre à d’Hosier s. d. (fin 1692-début 1693). Ms. X XIII 181, n° 57.
10. Les diplômes «serviroient un jour à faire Geographiam medii ævt…. qui seroit souvent fort utile même par rapport aux interêts et droits des princes ». Lettre à Baudrand citée pl. haut, p. 437 n. 1. Cf. pl. haut, p. 436, n. 2.
ses veux, la géographie ecclésiastique était suffisamment établie pour les frontières des évêchés, parce que « les diplomes les marquent parfois exactement, faisant le tour du pays Jusqu'à ce qu'ils reviennent au même point (1)»; il n'en était pas de même de la géographie politique etadministrative. On connaissait suffisamment en Saxe leterritoire des diocèses, mais non celui des comtés ou des pagi que devait étudier d’après les diplômes un savant qui fût des pays (2) : même 1l eût fallu rechercher pour la Saxe, non seulement ces divisions anciennes, mais encore les divisions féodales telles que marches, palaimats et duchés (3). Leibniz a souvent insisté sur le parti qu'on pourrait tirer des diplômes pour lPétude de toutes ces divisions (4). Il ne connaissait pas moins Fimportance, pour la géographie historique, des écrivains du moyen âge, en particulier du géographe de Ravenne (5), dont 1l profitait hui-môme (6), et de Gervais de Tilbury qu'il avait édité el qui, à son avis, pouvait ser-
4. Même lettre à Baudrand. Cf. lettre à Pinson s. d. (1697). FELLER, p. 115-7 (DurENs, t IV, part. 2, p. 272-3). :
2.« Diocæsium fines apud nos, ni fallor, satis definiti habentur non æque Comitatum et pagorum.Et turbat, quod Comitatus modo latiores, modo strictiores pagi, etsi origine, credo coæquerentur. Ex Diplomatibus sic satim passim accedi posset ueritati, sed desiraret hoc studium uirum agri nostri penitiore cognitione instructum simulque in hac antiquitate diligentem. » Lettre citée pl. haut, p. 894,n. 4. — Ainsi Leibniz croyait aux grands et aux petits pagi (cf. SS. BB., t. II, p. 156 note), conception qui était celle d’Hadrien Valois pour la France et qui est aujourd’hui abandonnée.
3. «Certe pagorum, comitatum, marchianatum, palatinatum, ac ducatum ipsorum in hac Saxonia limites et ut ita dicam Geographia quædam medir ævi magnopere desideratur. » Lettre à Paullini, 14 janvier 1691. Foucner pe Cargiz, t. VIE, p. 176. Cf. lettre à J.-G. Liebknecht, 9 septembre 1716. Korru., t. 1, p. 235 (Durens, t. II, part. 2, p. 96).
4. Cod. dipl., préf., $ vi. Kcorr, t. VI, p. 465 (Durens, t. IV, part. 3, p. 292); « Certè plurimos pagos, vel tractus antiqui nominis exhibent Diplomata, quorum nulla apud autores mentio fuit.» Préface d’Adlzreiter. Durens, t. IV, part. 2, p. 72; « Usus insignis posset esse diplomatum ad Geographiam veterem cum nova colligendum ». S$. BB., passage cité pl. haut, note 2. CE pl. haut, p. 438, n. 10.
5. « Anonymi Ravennatis Geographia facit ad illustrandum situm antiquorum locorum. Res magni laboris esset, sed utilissima in historia medii ævi, si quis ex scriptoribus coævis et diplomatibus mappasGeographicas conficeret.» Fezzier, p. 420-1.
6. P. ex. dans le De Origine Francorum. V. pl. haut, p. 294, n. 12.
vir aussi bien à ia géographie de l’antiquité qu’à celle du moyen âge (1). - Leibniz devait, d’ailleurs, prêcher d'exemple (2). Il s’occupa toujours de préciser la géographie politique de l'Empire d'Occident, en particulier de l'Allemagne. IL s’efforça de fixer avecle plus grand soin les territoires attribués à chaque prince dans les partages (3), d'identifier les localités qui y sont citées (4), de publier des diplômes servant à la géographie politique, surtout de l’Allemagne et en particulier de la Saxe (5), de préciser la situation et l’étendue des pagi allemands et surtout saxons (6), les limites des diocèses des mêmes régions (7), c’est-à-dire de mettre luimême en œuvre les matériaux qu'il avait à sa disposition. Et 11 n’a pas agi ainsi pour les seuls pays germaniques, mais encore pour ceux qui se trouvaient en dehors des limites de l’Allemagne (8) et même de l’Empire ou de l'Eu-
F 1. « Entre autres il pourra servir un jour ad cognoscendam Geographiam Medii ævi qui n’a pas encore esté éclaircie comme il le faut, et la plupart des Geographes et auteurs de dictionnaires historiques la passent, quoique elle soittres necessaire pour l'Histoire. Lettre à Lelong citée pl. haut, p. 420, n.1. « Nomina propria, esti non raro corrupta... mature noluimus, quodres altioris indaginis esset. Itaque hanc discussionem üis relinquendum putavimus, qui hæc ex profecto tractare volent; quæ imprimis Geographiæ veteri et mediæ illustrandæ prodesse possunt. » SS. BB., t. II, n° xzvir, préf., p. 52.
2. Aussi Cellarius (corr., fol. 7) lui demandait-il des renseignements sur l'Allemagne au moyen âge. Lettre du 12° mars 1706.
3. Ex. ceux de Charlemagne et de Carloman. Ann. Imp. 768, $ 2-4,t. I, p. 9-10.
4. Ex. pour celui de Meersen. Zd. 870, $ 12-18, t. I. p. 690-4. De même pour la plupart des diplômes : ex. 786, $ 10-12, p, 122-4.
5.58. BB., t. IT, n° xvinr, p. 155-6 (v. pl. haut, p. 439, n. 2): diplôme d’Italie qui « chorographiam loci continet ». Ann. Imp. 964,$ 29, t. III, p. 150-1 ; deux diplômes donnés à l’archevêché de Magdebourg, cités «ob multa loca in eis nominata ». Id. 973, $ 27-28, p. 313-5; diplôme donné à Gandersheim cité « quia locorum situs illustrat, libenter enim geographiæ materiem suppeditavimus ». Id.,$ 32-33, p. 317-8. — Dans les SS. BB., t. IL, n° xx, préf., p, 22, il remarque que le diplôme faux de l'évêché de Verden peut être utile à indiquer Îes limites du diocèse.
6.55. BB., t. I, n° xxvi, préf., fol. d v°; Ann. Imp. 772, $ 5, t. 1°1p: 82-387 865,518, p. 643; 940,5 2, t. II, p. 490; 978,8 26 et 32, t. III, p. 312 et 317. Il avait cru faire la même chose pour les prétendus pagi cités par la loi salique. V. pl. haut, p. 295, n. 1, ;
7. Diocèses de Brême, d’Hildesheim et de Hambourg. Ann. Imp. 787,$ 22, 815,$ 7, 834,$ 33, t. I, p. 134, 299 et 446.
8. Ex. les cinq diocèses de Bretagne. /d. 849,$ 5, t. I, p. 546.
rope civilisée d'alors (1) : en un mot, il n’a pas moins voulu déterminer les territoires (2) que les époques dont il écrivait l’histoire.
Et cependant, comme science auxiliaire de l’histoire, la géographie paraît le céder chez lui à la généalogie, qui le cêde elle-même à peine à la chronologie (3). Nous savons quelle était au xvrre siècle, aux yeux de Leibniz, l’importance d’une histoire généalogique, importance qui rejaillissait sur l’histoire entière (4), et que le philosophe ne paraît pas avoir exagérée (5). Il faisait, d’ailleurs, de la généalogie le complément naturel de la chronologie, considérée comme Possature de l’histoire; pour lui, elle correspondait dans le corps humain aux nerfs qui établissent les relations entre des parties; son importance venait du rôle considérable joué par la succession dans le droit d’alors, c’est-à-dire de sa valeur politique (6). Enfin la généalogie était, à son avis,
1. Ex. pour les Slaves. Zd. 884,$ 29-30, t. I, p. 445 et 960,5 4, t. III, p. 45; pour la Scandinavie, 884,5 27, t. I, p. Lun.
2. Il écrivait à Bernstorff, le 20 décembre 1715, à propos de Muratori : «Je voudrois… qu’il nous fit tracer une carte. des cantons et districts de la Lombardie, de la Ligurie, de la Toscane, du pays venitien, etc. qui ont appartenu … à la maison d’Este, et qu’on y exprimat les lieux particuliers marqués dans les diplomes avec leur situation. Cela donneroit un grand eclaircissement à mes deductions genealogiques. » Z. d. h. V. f. N. 1890, p. 165.
3. V. pl. haut, p. 423, n. 7 dont la suite est : «parce qu’elles font connoistre les changemens des Estats qui ont passé d’une famille à l’autre, et fondent souvent les droits et les pretentions des princes ». Cf. lettre à Chappuzeau citée pl. haut, p. 421, n. 4. « Vous avez raison de dire que les Genealogies sont encor moins seures que la Geographie et que la Chronologie.Cependant comme cette recherche des Genealogies est fort importante pour l'Histoire et particulierement pour connoiïstre les pretentions et les acquisitions des Seigneuries, il est bon d’en donner ce qui est le plus certain et le plus important même, à l’égard des petites souverainetés et des familles eteintes. » L'Atlas universalis “devait comprendre les tables généalogiques des familles des princes de l’Europe, avec certains détails illustrant l’ancienne histoire. CouTuRAT, Opusc., p. 223.