‹ Leibniz HistorienChapitre 492 sur 854 · Cf. WeGeLe, p. 650 et citations de la note · texte numérisé non relu

Cf. WeGeLe, p. 650 et citations de la note

6. V. surtout les exemples donnés dans la lettre à Bierling citée pl. haut, p. 473 n. 4. et note précédente.

7. En parlant des écrits au sujet de Comacchio (v: pl. haut, p.234, n. 2),

doute l'avoir terrassé, en élevant, dans ses Annales ÎImperti, un monument éternel à la vérité historique (1).

À ce doute sceptique, Leibniz eût voulu substituer le doute critique ou méthodique. Tout jeune, il avait reconnu que tout ce que croit le vulgaire n’est pas certain (2); plus tard, il recommandait de ne se rendre qu’à l’évidence et, dans le cas contraire, de douter jusqu'à ce qu’on soit arrivé à la vérité (3). Il s’achemina peu à peu vers le doute métho-

il dit : « wie man daselbst gegen uns zu sceptistren suche ». Lettre à Bülow, 7 avril 1716. DŒBNER, P- 163. Dans les Flores, $ 4, p. 30, il écrit : « Contra Maresius et Spanhemius ad Scepticismum Historicum confugiunt, omniaque, si possint, turbant, vt Papissa in tenebris salua lateat » et, $67, p. 358 : « Sed tota Chronologia Paparum huius temporis breuiter ex contemporaneis constituenda est, dispulsis tenebris, in quas se recipiunt qui Scepticismum amant in historia vt commenta tueantur. » Cf. l'attitude de Pfeffinger (corr., fol. 21-2), lettre du 22 janvier 1699, qui ne s'occupe de la Papesse Jeanne que pour raconter ce qu’on en dit, sans prendre parti. A propos d’un nouvel ouvrage du P. Germon de veteribus Hæreticis Ecclesiasticorum Codicum corruptis, Leibniz, Songeant sans doute aux théories du P. Hardouin, écrivait à Ja Croze, le 17 Juint4713 2 Tai penr que ce travail ne tende encor à faire douter, et à pousser La critique sceptique. » Korru.,:t. I, p. 427 (Durens, t. V, P. 505). À propos de la Tolerance des Protestans par le prêtre Papin, il écrit: « Argumenta, quibus utitur, sunt merè Pyrrrhonica, et valent ad omnia reddenda incerta in rebus humanis : et pari jure neque in Historia, neque in scientiis quicquam certi Consequi possemus, ubi dissentiunt auctores. » Lettre à Eler, 10 mai 1716. KorTu., t. III, p. 272-3 (Durens, t. V, p. 403). Certains contemporains de Leïbniz n’ont pas moins combattu le pyrrhonisme historique, p. ex. le Clere, à propos de Thomas Rymer, Bibliothèque choisie, t. XVI (Fœdera, 3° éder, 1745, t. X, p. 1-2), tandis que Beausobre, disciple de Bayle, croyait avoir triomphé de la question de la Papesse. Biblioth. germanique, t. X, p. 27, cité par d'AnrTieny, Nouo. Mém., t. 1, p. 425.

1. L'ouvrage devait porter au frontispice : « Figura veritatis triumphantis, Pyrrhonismo Historico sublato. » Ann. Imp., t. 1, Tab. 1. Souligné par Leibniz.

2. «Tum primum cœpi agnoscere, neque omnia certa esse, quas” vulgo feruntur et sæpe nimia vehementia de rebus contendi, quæ tanti non erunt. Ergo nondum septemdecennis accuratam quarundam controversarum discussionem moliebar. » KLopp, t. I, p. xL (Prrrz, t. IV, p. 171; FoucxHer D£ Careiz, Nouv. lettres, p. 386).

3. Quand «on a dessein d’avancer les connaissances et de cultiver son esprit pour le rendre propre à juger solidement des sentiments des autres et à trouver promptement la vérité de soi-même... La première chose que je recommanderois…., ce seroit le fameux précépte d’Epicharme : de ne pas croire témérairement ce que le vulgaire des hommes ou des auteurs avance, mais de se demander toujours à soi-même des preuves de ce qu’on soutient.Cela se doit faire sans aucune affectation de singularité ou de nouveauté, que je tiens dangereuse non seulement en pratique mais encore en théorie, car j'ai trouvé après de longues recherches qu’ordinairement les opinions les plus anciennes et les plus reçues sont les meilleures, pourvu qu’on les inter-

dique, transportant cette attitude dans les sciences (4) et même dans la vie (2). Ge doute avait été déjà conçu par Descartes. Cela n’empêche pas Leibniz de l’attaquer chez son rival, comme la plupart des principes de la philosophie cartésienne (3); il ignorait sans doute que, comme bien des théories du grand philosophe, celle-ci a pu avoir une origine scolastique, ce qui en eût relevé la valeur à ses yeux (4). I1 faut cependant reconnaître que Leibniz n’a pas tout à

prète équitablement. /! ne faut donc pas S’étudier à douter, mais il faut faire des recherches dans l'esprit de s’instruire et de se confirmer immuablement dans les bons sentiments.» Préceptes pour avancer les Sciences. Fragment tiré des manuscrits conservés à la Bibliothèque de Hanovre (sans autre indication par) Gaston LauREnT: Les Grands Ecrivains scientifiques. Paris, Colin, 1906, p. 96-97. Ce passage rappelle beaucoup la première règle de Descartes et les précautions de celui-ci sur la portée de son doute. Disc. sur la méthode, 2 part, $ 3. Cf. pl. bas, p. HS AS.

4. «Leibniz mit scharfen Blick erkannt hatte, dass das Prinzip der kritischer Forschung nicht nur auf natur wissenschaften Gebiete, sondern in allen Wissenchaften auzuwenden sei. » HARNACK, tp: 209 CiMIes vers de Voltaire, sur le portrait de Leibniz :

JL instruisit les rois, il éclaira les sages Plus sage qu'eux, # sut douter.

2. À propos d’une accusation lancée contre un noble hanovrien, il écrivait à la duchesse de Zollern, en novembre 1705 : «Quand tout le monde le croyait, absolument coupable, j’ai esté seul qui ai osé dire que j’en doutois, et qu’il ne fallait pas le condamner sans l'entendre. » FEDER, p. 477.

3. V. le passage cité par FOUCHER DE Careiz, Nouv. lettres, p. 12 et par BonrmanNn, Handschriften, p. 52-53. Leibniz critique les quatre règles de Descartes comme trop vagues. CoururAT, p. 95-96. Dès 1667, il prétendait les remplacer par les deux suivantes : n’admettre aucun mot qu’on ne l’explique et aucune proposition qui ne soit prouvée. Nova Meth., pars. 1, $ 25 (Durens, t. IV, part. 3, p. 174). Foucner pe CAREIL, Mémoire, p. 84. Cela n'empêche pas Leibniz de rééditer la première règle de Descartes dans le fragment De la sagesse : « il ne faut jamais reconnoïstre pour vray que ce qui est si manifeste qu'on ne puisse trouver un seul sujet de doute. C’est pourquoy ilsera bon au commencement de ces recherches de s’imaginer d’estreintéressé à soutenir le contraire à fin de voir si cet eguillon ne pourroitpasnous conseiller à trouver quelque chose de solide à redire, car 1 faut eviter les prejugez et n’attribuer aux choses que ce qu’elles renferment.» GExr., Phi., t. VIL, p. 81. Cf. pl. haut, p. 477, n. 3— Leibniz était certainement jaloux de Descartes, qu’il n’a cessé d’attaquer dans les sources et les limites de ses connaissances, la méthode et les conséquences implicites ou explicites de sa doctrine. V. surtout Nourrisson, p. 80-85; FoucHer DE CAREIL, Mémoire, t. I, p. 142-63; Coururar, p.201-3 et Baruzr, p. 60-68. Aussi BOUILLIER a eu raison de dire, dans sa seconde édition, t. IT, p. 405, que Leibniz était beaucoup plus adversaire que disciple de Descartes.

4. D'après les vers d’Héric d'Auxerre. MOoLiNIER, fascic. V, introd., p. zxnr, n° 91. Leibniz se met lui-même, dans le passage cité plus haut, p. 477, n. 3, sous la protection d’Epicharme, poète et philosophe pythagoricien.

fait tort et que ce qu’il reproche à Descartes, c’est l’exagération du doute et son emploi dans les matières qui ne devraient point le comporter, comme dans la déduction et les sciences exactes (1).

Descartes avait eu, du moins, le mérite d'appliquer le doute critique à la philosophie et à la connaissance scientifique; Leibniz devait le premier, à l'aurore du xvirie siècle, en faire l'application à l’histoire (2). A propos du P. Hardouin, il déclare en optimiste non seulement exeusable, mais utile de changer le doute sceptique en un doute plus audacieux, ou plutôt en un semblant de doute, qui pourrait pousser les savants et les esprits judicieux à faire de l’histoire une science (3). C’est bien là la formule du doute méthodique et provisoire, destiné à nous mener à la vérité et qui, depuis Descartes, est la règle de toute science (4). Le philosophe français n’avait pu l'appliquer à l’histoire, qu'il ne considérait pas comme une science (5). Le:bniz, voulant fonder une science historique, devait être amené à cette « défiance méthodique (6) ». De son propre

1. CGoururar, Logique, p.95 qui dit, d’après Leibniz, que «ia mémoire est impliquée dans tout état de conscience » : c’est la théorie actuelle de Bergson. À la suite du passage cité pl. haut, p.477, n. 3, Leibniz ajoute que Descartes « qui à tant recommandé l’art de douter a si peu mis en usage ce qu'il contient de bon, dans les occasions où il aurait été le plus utile. » On peut retourner l’objection contre Leibniz. V. pl. loin, chap. v.

2. D'une façon consciente : Bayle l’avait appliqué plus ou moins inconsciemment au Dictionnaire historique et critique. DELVOLVÉ, p. 227 et 229. Cf. pl. haut, p. 474, n. 5.

3. Passage du De nummis Gratiani, 1701, cité par WEGELe, p. 649, n. 2. Cf. « Cæterum vtilis ea litigatio fuit ad profectum eruditionis, vt cura vetustatis nouis affectibus irritaretur

'Ayaln d'épice de Boorouct.

Ita enim studio incitati homines nihil in pluteis inexcussum reliquere. » Flores, $ 4, p. 301.

4. Ch. SrIGNoBos, Revue critique du 18 février 1907, p. 127. Cf. GoBLor, Essai sur la classification des sciences, p. 234-5.

5. V. pl. haut, p. 356, n. 6. Cela n'empêche pas l’esprit cartésien de pénétrer l’érudition française et plus d’un cartésien de s’occuper d'histoire, surtout dans l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ch. BARTHOLMESS, Hist. philosophique, t. I, p. xix. Le plus connu de ces historiens Cartésiens est Cordemoy. V. pl. haut, p. 21, n. 2.

6. LancLoïs et SsienoBos, p. 131. — Sur cette nécessité du doute en histoire, v. surtout Fustel de Coulanges, d’après qui «l’historien doit être

aveu, ce sont précisément les doutes l’assaillant dans ses recherches sur l’histoire de Brunswick qui l’ont obligé à conduire ses recherches avec prudence et méthode et lui ont permis de se renseigner pour arriver à la certitude (1). C’est en cherchant « dans quelles conditions ce doute cesse pour faire part à la certitude scientifique (2) » que l’on pratique la critique historique. Or, celle-ci « emploie principalement la méthode comparative (3) ». Leibniz ne lignore pas (4). Il a montré comment, pour l'antiquité, la comparaison des historiens amène le doute ou la certitude selon qu'ils se contredisent ou concordent entre eux (5); comment, pour le moyen âge, les cartulaires ser-

un douteur » et qui écrivait: « Il faut faire comme Descartes. La méthode historique ressemble au moins en un point à la méthode philosophique. Nous ne devons croire que ce qui est démontré.» Cité par C. JuLLIAN, Extrait des historiens français du XIX® siècle. Paris, Hachette, 1898, p. 661. V. surtout Reo. de synth. hist., 1901, t. IT, p. 255-6.

1. V. pl haut, p. 315, n. 1. Cf. début du Bericht über die Erfolge der Reise (1690). PerTz, t. IV, p. 255 et Z. d. h. V. f. N. 1885,p. 43 : « plusieurs scavans hommes de nostre temps en Allemagne et en France... ont commencé à revoquer en doute la connexion des maisons de Bronsvic et d’Este. ils m'ont exhorté d'examiner le fonds de la chose et de l’établir solidement ».

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