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V. pl. haut, note 1 et pl. bas, p. 511, n

« car l'Histoire y repugne entierement et le stile et toutes les circonstances decouvrent cet artifice grossier (1) ». Plus tard, il répéta souvent la même observation dans sa correspondance, soit avec B.-G. Struve, à propos du fameux diplôme de Lindau, sur la non-authenticité duquel il ne se prononce pas d’une manière expresse (2), soit avec Muratori, au sujet des donations des Empereurs aux Papes ou des bulles de ceux-ci (3). C’est surtout ce qu'il devait faire dans son grand ouvrage historique (4).

Les principes de Leibniz, dans cette partie de la dip'omatique, paraissent empruntés à dom Mabillon (5). Ils consistent dans la convenance avec le style des chancelleries et avec les faits contemporains. Leibn z, juriste consommé, conseiller aulique, qui se plaisait à rechercher et à publ'er les anciennes formules et le récit des cérémonies (6), rejette hardiment tout diplôme contenant des expressions différentes de celles qu'emploient les contemporains (7). De même, son goût de l’histoire et son souei de la chronologie ne lui permettent pas d'admettre ceux qui renferment des faits postérieurs à la date qui y est indiquée, surtout quand ces faits sont des légendes imaginées beaucoup

1. Lettre à Dragoni s. d. (fin 1690). Ms. XXIIL 181, n° 103. Peu auparavant il écrivait à Ciampini s. d. (avant le 21 octobre 1689), à propos du titre de cardinal évêque : « Mihi... videbatur hæc non esse ex usu bullarum nec ullo temerè exemplo posse firmari. » Ms. XI. V. 1, fol. 2.

2. Lettre à Struve (corr., fol. 9 vo), 30 juillet 1712, avec une dissertation très longue (fol. 12-17), où Leibniz semble prendre parti pour une solution moyenne. Cf. Bodemann, p. 322, n° 908. Ce sont sans doute les Epistolæ G. G. B. de Leibniz nec non B. G. Struvü….. super valore famosi diplomatis Ludoviciari Lindaviensis, Lindau, 1712, citées par WeGeLe, p. 661, note ?, mais qui ne sont ni à Hanovre ni à Strasbourg. Conring s'était déjà occupé de ce diplôme : lettre du 13 juillet 1677. Geur., Phi, t. I, p. 180, et Leibniz cite sa critique Ann. Imp. 822,$5,t.1, p. 344. <

3. Ex. contre la donation de Louis le Pieux, lettre du 17 mai 1713. CAM - PORI, p. 186-7.

4. En raison du grand nombre de diplômes qu’il y a donnés. C£. pl. haut, p. 397, n. 8 et v. pl. bas, p. 490, notes 2-3.

SACiApletaut p.399; nue

6. V. pl. haut. p. 158, n. 4 et p. 199, n.5. Cf. lettre a J.-A. Fabricius, 6 décembre 1711. Korru., t. I, p. 262 (Durens, t. V, p. 424). a

7. Ex. à propos d’un diplôme de Lothaire. Lettre à Paullini, 25 janvier 1692. Foucner pe Canreiz, t. VII, p. 191; lettre à Pfeffinger sur un diplôme de 971, 15 juillet 1701. Durens, t. IV, part. 2, p. 238.

plus tard (1). Cependant il n’est pas dans son habitude de croire à des falsifications, dès que les caractères extérieurs des actes ne paraissent par répondre à leur contenu : il sait trop quelle est la nature de la vérité histor.que pour ne pas admettre des circonstances atténuantes. Il soupconne, par exemple, des interpolations dans les actes relatifs aux rapports des Empereurs carolingiens et des Papes, ce qui en explique l’accroissement successif (2); il suppose que les dates fausses de certains diplômes des Ottons ont été, par erreur, empruntées à d’autres (3). En un mot, fidèle à ses principes de critique méthodique et non sceptique, il est, dans sa diplomatique, toutes les fois qu'il le peut, résolument conservateur (4).

Les principes de la critique de provenance étaient connus au xvire siècle, où ils avaient été formulés par William Cave dans ses Scriptores ecclesiastici, ouvrage que Leibniz connaissait bien (5). Celui-ci s'appuie, dans la recherche

1. Ex.le diplôme de fondation de l’église de Halberstadt par Louis le Pieux, 815 : «sed quod suspectum videbitur considerantibus, contra jus, per capitulares constitutiones Caroli M.et Ludovici Pii sancitum,omnem judicibus regiis potestatem in prædis Ecclesiæ adimi,qualia serius Episcopi et Abbates obtinere, et. dudum obtenta credi aut fecere aut voluere, ut Ducum Comitumque potestate omni exemti haberentur : quemadmodum et paulatim sub ipsis Carolingis Eclesiasticorum res a judiciaria potestate eximi cœpisse non negaverim.» Chronica Erclesiæ Halberstadensis. SS. BB., t. II, n° x, préf., p. 15.

2. Ex. pour la donation de Pépin. Ann. Zmp. 769, $ 19 et surtout 77&, $ 7-15, t. I, p. 24 et 44-48. À propos de synode où Hadrien aurait donné à Charlemagne le titre de patrice : « Hæc a posterioribus non recte accepta, et in majus aucta, credere malim, quam omne figmenta veritatis adjuventum defuisse. » Zd. 774, $ 28, p. 51.

3. À propos d’un diplôme daté par une erreur de 981, il déclare ce chiffre impossible et ajoute : «potuere enim alterius diplomatis notæ errore describentis huic subjicii ». 74. 980, $ 9, t. III, p. 398. De même, au sujet d’une charte datée de l’année suivante : « Sed vereor, ne hoc ex alia charta huc sit translatum.» 1d. 982, $ 28, p. 437. En 946,$ 14, t. II, p. 544, il voit dans un diplôme le mélange de deux autres.

4. En 774, $ 23, t. I, p. 54, il croit faux un décret de Léon VII; en 964, $ 12, t IIX, p. 140, il revient en quelque sorte sur sa décision. Cf. WEGELE, p'608 n°2.

5. V. pl. haut, p. 454, n. 9. Elles sont intitulées : « Regulæ criticæ ad discernendum genuina Sanctorum Patrum opera necessaria. » Sectio IV, p. xx1-x1v. C’est à elles sans doute que se rapporte Jean Liron, écrivant à Dom Ruinart s. d. (1698 environ) : « J’ay lu l’histoire de la persécution des Vandales.. Vous prétendez dans la préface :1. qu’elle a esté ecrite par un Evesque d’Afrique,

de la provenance des ouvrages, sur des indices externes et internes. On doit d’abord, à défaut de l'original, rechercher les plus anciens manuscrits (1), afin de voir si l’ouvrage remonte à l’époque à laquelle on l’attribue. Il faut ensuite examiner l’ouvrage, pour juger du temps et de la patrie de l’auteur (2). L’on termine par l'analyse de sa langue, qui dœit répondre exactement à l’époque et au style même de l’auteur(3);s’il s’y trouve quelque expression moderne, l'ouvrage est faux (4); s’il y en a d’à-demi mo-

nommé Victor ; 2. Que ce Victor a esté Evesque d2 Vite. Les règles de la Critique ne me permettent pas de douter des deux premiers points, puisque tous les Manuscrits en rendent témoignage. » Greas, t. III, p. 316.

1. C’est ce qu'il recommande à propos du De tribus impostoribus, attribué à Frédéric IT. «Ut vero haberi possit tale aliquid pro libro hujus argumenti antiquo dudum jactato, deberet hoc docert ex antiquioribus manuscriptis.» Lettre à Kortholt, 21 janvier 1716. De même à la Croze, le 31 mars : « M. de la Monnoye a ajouté aux Menagiana une dissertation sur le titre de tribus. à mon avis, M. de la Monnoye ne sauroit estre bien refuté que par un vieux manuscrit, lequel apparemment ne se trouve nulle part. » Korrx., t. I, p. 346et 444 (Du- FENS, ENV, Pr337.et 518).

2. À propos du De beneficuis que possédait Freher, il écrit à Hert, le 25 février 1707 : « Cæterum ex ipso opere indicia aliqua eruptura puto,unde de tempore et patria Scriptoris judicatur. Utrum scilice{ scriptus sit stante Carotingorum stirpe, et in Franciæ orientalis, an in Galliæ regno.» 4. f. G. d. Ph.,t. X, p. 377.

3. «On me disait à Munchen que la lettre du Pensionnaire Fagel au Jurisconsulte Steward estoit une piece supposée.J’avois de la peine à le croire, car elle est trop bien escrite et a trop le caractere de la verité pour estre contrefaite et l’evenement a confirmé mon opinion. Les gens veritablement habiles ne s'amusent gueres à ces fictions,que le plus souvent on reconnoist, temoin ces pauvres lettres; qu'on a puhliées sous le nom des Peres de la Chaise et Peters, où j’ai reconnu maintenant quelques pensées, copiées de Monsieur Jurieu. v Lettre au landgrave Ernest s. d. (après le 7/17 juin 1688). Rouwmez, t. I, p. 191. « Ex 1psa dictione semierudita, qualis tunc erat hominum per Germanian elegantiæ aliquid affectantium literis caputefferre tentantibus, satis apparet tempus scriptoris. » SS. BB. t. II, n° xrr, préf., p. 13, à propos d’un récit de œuerre de la fin du xve siècle.

4. Ex. à propos du nouveau Pétrone, la lettre à Tentzel (Monatl. Unterr. de février 1693, p. 170-5; Durens, t. V, p. 397-9), dont la critique du mot mystère : «mysterium pro re ignota mortalibus, Christianum esset recens, non Petronianum.» Cette critique est reprise dans la lettre à Baudry de même date, 23 février 1693. FEDER, p. 153-4; de même à propos d’ornamentum matutinum, lettre à Grimarest, 4 juin 1712. Kortu.;t. III, p. 329 (Durens, t. V p. 67). CE « Declamationen titulo Tribuni Mariani Quintiliano attributam non legi. Nobéa, ut opinor, facilè apparebit ex dictione, ut in Vevèo-Petronio, quem Nodotus quidam Belgradi repertum jactabat. » Lettre à Kortholt, 3 juillet 1716. Kortu., t. I, p. 366 (Durens, t. V, p. 340). Cf. D’ARTIGNY, Critique des prétendus fragments de Petrone publiés par M. Nodot. Nouv. Mém., t. I, p. 246-76. C’est évidemment pour les mêmes raisons que Leibniz contestait l'authenticité

dernes, l'ouvrage peut être interpolé (1); si le langage est ancien, l'ouvrage l’est également (2) et si les locutions accusent un pays déterminé, c’est que l’auteur en est originaire (3). L'on trouve enfin quelquefois dans les ouvrages

des indications chronologiques et géographiques qui permettent de les dater et de les situer avec préeision (4). Leibniz a naturellement effectué ces différentes opérations pour les historiens qu’il a publiés : les préfaces de ses recueils en renferment d'excellents exemples. Il s’est efforcé de déterminer l’origine complète de chaque ouvrage, c’est-à-dire le nom et la condition de l’auteur, la date de la rédaction et, à défaut, l’origine générale, à savoir le pays et le siècle, en créant des dénominations pour les auteurs anonymes. C’est ainsi que, dans les Accessiones, il a donné le nom de Chronographus Saxo à un h'storien qui à vécu en Saxe, probablement écrit au monastère Saint-Jean de Magdebourg, et disposé son ouvrage par ordre chronologique (5). Pour les Gesta Treviororum, il les attribue délibé-

des lettres de Phalaris : lettre à Nicaise, 28 mai (v. st.) 1697. GEHR., Phil. t. II, p. 50 (Durens, t. V, p. 548) et lettres à Th.Burnet, 20/30 janvier 1699 et 2/13 février 1700. 7d., t. III, p. 249 (Durens, t. VI, p. 266-7). De même, l'abbé Dubos (lettre à Bayle, 19 novembre 1696) déclarait ne pas croire à l'authenticité du testament politique de Charles V à cause de l'existence du mot recruter, « qui nestoit assurement en vsage lors de la mort du duc de Lorraine. » Gicas, t. I, p. 281.

1. À propos d'ouvrages attribués à Basile Valentin, il écrit à Placcius, le 27 janvier 1690, après avoir remarqué qu'il s’agit d’un pseudonyme : « Ego, ut verum fatear, dubito an scriptor sit tam antiquus, qui ut ipse videri vult libros suos composuerit eo tempore quo lues venerea innotuit. dictio enim Germanica recentius aliquid spirat, dicere mâluimus fuisse scripta Basili a Joh. Tholdio interpolata. Hic enim quorumdam editor habetur. Et sunt quicredunt Tholdium cognatione junctum auctori,çquædam ex ejus schedis in haliographiam suam transtulisse. » 4. f. G.d. Ph., p. 18, p. 219-20.

2. « Freherus avoit un Livre ancien manuscrit du Droit Féodal, où le mot de Feudum ne se trouvoit jamais, mais celui de Beneficium, ce qui est une marque d'une grande antiquité, » Lettre à Th. Burnet, 22 février 1707. GEHR., Phil, t. NI, p. 313-4 (Durens, t. VI, p. 277).

3. V. les germanismes relevés dans le style latin de Thomas de Kempen. SS. BB., t. II, n° xxxix, préf., p. 43 (DuTEns, t. IV, part. 2, p. 47).— Sur l'attribution de l'ouvrage à cet auteur, v. DE BROGLtE, t. Ip MOSS:

4. « Ab anno 4420 demum mentio fit Abbatum in Riddageshausen, ut credibile sit, Chronicon alibi in vicino aliquo loco dudum compositum, cirea hoc tempus in cœænobio Riddeghusano continuari cœpisse. » 58. BB., &. IT, n° xr, p. 13, à propos de la chronique de Riddegeshausen.

5. Access. hist., t. 1, préface (Durens, t. IV, part. 2, p. 55).

rément, après Goldast, à Goscher, moine de Saint-Mathias de Trèves (1). Il a surtout tâché de déterminer l’état-eivil d’Aubry des Trois-Fontaines, auteur de la chronique qui occupe tout le second volume du recueil : il en a fait un moine originaire du diocèse de Châlons ou de Reims, mais ayant vécu dans celui de Liège, duquel il connaît bien les affaires (2). Enfin, c’est à propos de cet historien que Leibniz a tenté de montrer l’origine saxonne de Hugues de Saint-Victor (3), théorie sur laquelle il est revenu plus tard (4).

C’est principalement dans les Scriptores Brunsvicenses que Leibniz a essayé de déterminer exactement le nom des auteurs et le lieu de rédaction des ouvrages. Il note soigneusement, par exemple, dans quelles conditions Odilon, abbé de Cluny, écrivit la vie de l’impératrice Adélaïde (5), Ruotger celle de Brunon, archevêque de Cologne (6), et fait suivre l'édition du Ditmarus restitutus de la vie de l’auteur d’après une chronique des évêques de Mersebourg(7). 11 détermine les dates extrêmes de composition de la chronique peinte de Brunswick dans le courant du xrs1e siècle (8), remarque que le prêtre Eberhard a écrit son poème sur la fondation de Gandersheim en 1216 et l’a traduit du latin en vers allemands (9), établit avec soin que Dietrich Engelhus était originaire d’Eimbeck et que le second mot n’est

4. Id., t. Le&II (Durews, pp. 55-56 et 63). Cf. lettre de Reffuge (corr., fol. 27-28), 8 septembre 1708. Le moine n’en est que le continuateur. MoLINtER, fasc. II, n° 7762, p. 158-9. — Leibniz devait rectifier plus tard. Ms. XIII, 188, où il dit que Golscher a dû trouver l’ouvrage déjà composé et s’est borné à le copier, y a ajouté des renseignements sur son monastère, puis l’a continué de son chef. Eckrarr, Corpus historicum medii ævi, Leipzig, 1723, t. I, n° xx1, préface, a reproduit cette théorie.

2. Access. hist., t. II (Dutens, p. 62); cf. pl. haut, p.167, n. 5 et p.168, n. 2.

3. Id., t. I (Düurews, p. 59-62). Cf. pl. haut, p. 167, n. 9.

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