V. le texte cité, pl. haut, p. 386, n. 1. FA
2. « Vicissim Græcorum Romanorumque res per Archontas consulesque indubitata jam serie est, coæva sunt septentrionalium incognita prorsus, et ne fabulosi quidem temporis nomine digna. Neque enim quæ de antiquis Germanorum et Saxonum aut Scandinorum aut Britonum rebus, aut etiam Turcarum Genealogiis merè finguntur, cum Græcorum deorum fabulis comparari possunt. Constat enim Homerum aut Hesiodum, vetustissimos scriptorum, non excogitasse Saturnum et Jovem, et Herculem et alios deos vel Heroes, sed jam antiquioribus celebratos et ut credibile est ex Regibus factos exornasse ut poetæ Germani Theodoricum Gothorum regem quem vocant Veronensem et Caroli Magni Rolandum et non multo antiquiores hoc Septentrionis Reges ex vero sumptos carminibus celebrarunt; sed quæ de antiquis Germanorum aut vicinorum Regibus habent Pseudo-Berosius et Saxo, et Trithemius et Aventinus, et Albinus non plus Amadisco vel Argenide fidei merentur. Plerisque gentibus fuere qui sumpserunt sibi fingendi licentiam, et posteri jam dubitantibus indignuntur, ut eruditus in Scotia indubitantibus de longe suæ gentis rogum seria antiquis... Sed propius assimilantur Mythicis et Græcorum poeticæ Historiæ sive antiquitate, sive materià nihil concedunt quæ de Tuisconno, Manno, Idurino et Wodano memoraatur ». Suite du passage cité pl. haut, p. 386, n. 1. Cf. celui des Nouv. Ess. cité p. 473, n. 2.
3. V. sur elles en général : Remarques sur l’origine des Fables du Paganisme. D’ARTIGNY, Nouv. Mém., t. 1, p. 82-93.
fondées (1) » et du français Pezron, abbé de la Charmoye, qui voyait dans les dieux des Grecs d'anciens princes celtes (2). I n’admettait pas davantage la thèse de certains érudits chrétiens (3), en particulier de Huet, pour qui la mythologie des païens était entièrement tirée de la Bible, comme si les anciens n’étaient pas capables d'inventer leurs propres fables (4). Leibniz, non seulement n’a jamais admis la thèse de Huet (5), mais peut-être même ne la prenait-1l
1. Lettre à Sparfvenfeldt (corr., fol. 73) s. d. (après le 19 avril 1702). Dans son Atlantica, 1678-1698, Rudbeck avait fait aller Hercule, Ulysse et tous les héros grecs en Scandinavie, et il en tirait tous les dieux. Lettres au même, 7 /14 avril 1699 et à la Croze, 3 août 1716. Korru., t. III, p.362 et t. I, p. 433 (Durews, t.VI, part. 2, p.223 et t.V, p. 508). CÊ. D’ARTIGNY, art. cité, p.88-89; Leibniz écrivait à Greiffencranz (corr., fol.28-29 et 72 vo), le 26 août 1692: «La Scandinavie luy est comme une gibbeciere, dont il fait tout sortir » et, le 24 décembre 1697, sur les « imaginations » de Rudbeck. « C’est terriblement goropiser ». Il y a contradiction entre les prétendues connaissances des Suédois jadis et celles d'aujourd'hui. « Apparemment la science des septentrionaux approchoit un peu de celle des Lappons,si habiles à enfermer les vents dans un sac ». V. une analyse très détaillée de l’Atlantica. Ms. XIIB 713 q (5), n° 207. Leibniz l’estimait cependant assez : « Rudbeckii ego ingenium magni facio doctrinamque sed sententias plurimas probare non possum ». Lettre à Gehr. Meier (corr., fol. 119) s. d. (après le 6 septembre 1694). ;
2. V. Lettre de Pezron à Nicaise, 23 février 1699, envoyée par Nicaise à Leibniz : lettre à Magliabechi, 20/30 octobre 1699. Durens, t. ND 129) Coll. Etym., t. 1, p. 64-65 (Durens, t. VI, part. 2, p. 82) et, pour la critique, Considerations sur cette lettre. Zd., p. 71-73 (Durens, p. 86). Le 13 décembre 1707, Leibniz écrivit à Lelong qu'il y trouvait « des chimères qui valent bien celles de Goropius Becanus et de Rudbeckius ». Ed. p. 64.
3. Gérard Vossius, Bochart, le Clerc. D’ARTIGNY, art. cité, p. 82-83. Sur Bochart et Huet, v. BARTHOLMESS, Huet, p. 28-30.
4. «Les hypothèses de quelques auteurs chrétiens qui tirent toute la mythologie païenne de la religion des Juifs, comme si les autres peuples ne pouvoient pas avoir inventé leurs superstitions eux-mêmes, me paraissent semblables à celle des chymistes. qui trouvent la pierre philosophale dans la Sainte Ecriture aussi bien que dans les metamorphoses d’Ovide ». Lettre à Spanheim, 27 avril 1697. FezLer, p. 103 (Durens, t.IV, part. 2, p. 274 et Bope- MANN, p. 289). — Spanheim s’intéressait à ces questions : sa dissertation sur les hymnes de Callimaque « préparait à la philosophie allemande la voie où elle devait s'engager cinquante ans plus tard, pour renouveler par l'étude des mythes et des mythologies l’antiquité classique ». E. Bourcgois, édition citée de Spanheim, p. 24. Leibniz, qui en parle dans la lettre à Th. Burnet citée ci-dessus, p. 524, n. 2, et en loue beaucoup les notes dans une lettre à Magliabechi du 26 novembre /6 décembre 1697 (Epistolæ, p.82; Durens, t. V,p. 122), ne paraît pas en avoir aperçu toute l'importance.
5. Dès 4678 il la critique. Lettre à Conring. GEHR., Phil, it ep. 204;ile 1er juin 1683, il écrivait à Seckendorf : « Ut cum probare conatur omnem philosophiam et theologiam a judaica depravata fluxisse ac Bacchum, Adonidem et nescio quos alios ex Mose efformatos : cui opinioni assentiri non possum »
pas au sérieux, se demandant si ce n’était pas simplement un brillant jeu d’esprit (1); il ne pouvait mieux recevoir l'identification du Mercure des Egyptiens avec le patriarche Joseph, que proposait le P. Bonjour, religieux égyptologue (2). De même, quand l’orientaliste van der Hardt soutenait que les personnages mythologiques n'étaient que des abstractions ou des symboles historiques représentant des villes ou des peuples (3), Leibniz lui répondait que c'était là une hypothèse ingénieuse, mais peu vraisemblable et que, si l’on pouvait pousser aussi loin les conjectures, toute l’histoire ancienne deviendrait trop incertaine et l’on y pourrait tirer de tout (4). A la géographie, où van der
STEIN, p. 314. « Ceterum quod vulgo creditur mythologiam veterem ex Mose et Mosaicis petitum mihi nunquam verisimile visum, nec tanta Mosaicarum rerum notitia Græcis fuit ». Lettre à Gehr. Meier (corr., fol. 227-228), 17 septembre 14699. Cf. lettre à Th. Burnet, 4 /11 février 1697. Genr., Phüil., t. III, p.191 (Durens, t. IV, p. 244).
4. « Monsieur Huet, en appliquant les fables des payens à Moyse, à voulu plus tost faire paroistre son erudition que son exactitude, dont il a cependant donné de bonnes preuves ailleurs, et son livre des Demonstrations evangeliques ne laisse pas d’estre tres instructif, non obstant qu’il s’y donne carriere en se jouant des Mythologies ». Lettre à Toland, 30 avril 1709. Kzopp, t. IX, p. 306. Cf. « Quant à cette question, si c’est Moyse ou Joseph, qui doivent estre entendus par le Mercure des Bgyptiens, j’ai souvent crû qu’on est un peu trop liberal à tirer les fables des anciens de la Sainte Ecriture. Quoique Monsieur d’Avranches ait employé une grande erudition dans ce qu'il dit à ce sujet
dans sa Démonstration Evangélique, il me paroît néanmoins que la broderie vaut mieux que l’étoffe et que la solidité manque bien souvent à ces joltes divinations ». Lettre à Spanheim citée plus haut, p. 523, n. 4.
2. Même passage; lettre à Th. Burnet, 8/18 mai 1698. Genr., Phil, t. III, p. 203 (Durens, t. VI, p. 252). V. lettre de Bonjour à Ludolf, avril 4700, dans. MicHAELIS, p. 214-16 (DuTEns, p. 165-6).
3. Ex. pour Ninus et Sémiramis, dont il dit : « Non tam personarum quam rerum publicarum aut regnorum fuerint charateres ». La déclaration la plus générale est la suivante : « In antiquissimis rebus mythicis non personas ubique, sed urbes et gentes vel nationes aut colonias, earumque capita, nec unum sed successive plura quamdiu illa gens aut respublica floruit, designari nuntiaverit ». Suit une véritable théorie de la mythologie à ce point de vue. Lettres de van der Hardt (corr., fol., 329-333)des 9 janvier 1706 et 30 janvier 1708. Cf. « Hermannus von der Hardt... nuper novas conjecturas in Mythologicis attulit, specimine dato in explicando Ovidii loco, ubi rustiei Lyci Latonæ obstrepentes in ranas vertuntur. Æominum vel deorum ille nomina non rar0 oppida significari arbitratur. » Lettre à Cuper, 14 octobre 4712. BosscHA, p. 49.
&. « Ingeniosa sunt quæ habes : vereor tamen ut verisimile sit mutare personas ut urbes... si eousque procedit conjectandi libertas,nimis incerta redditur omnis antiqua Historia, et quodvis ex quovis fieri potest». Lettres à van der
Hardt voyait la clé de la mythologie, Leibniz opposait l’histoire (1).
Il croyait « effectivement que l’ancienne histoire est cachée sous les fables des dieux (2) »etil en était convaincu dès sa Jeunesse (3). Il souhaitait de voir rechercher dans les fables des poètes grecs et latins, des théologiens arabes et juifs, non seulement la philosophie et la théologie, mais encore l’histoire des temps mythologiques, les noms et les actions des anciens rois et des renseignements sur les origines des nations (4). On devait, pour cela, réunir tous les textes, toujours indiquer les sources et bien les critiquer, en distinguant le ceriain de l’incertain (3). Il en reconnaissait, d’ailleurs, toute la difficulté, à cause des licences prises par les poètes, du peu de valeur, de la confusion et même
Hardt (corr., fol. 328), 2 janvier 1708. Cf. «Mr. Van der Hardt m’a envoyé un petit traité, dans lequel il prétend que la fameuse Circé d’Homère signifie la ville de Cirrha dans la Phocide. Il explique de même géographiquement plusieurs autres fables et métamorphoses. Il y a de l’esprit et de l’érudition, mais ces explications ne me paraissent point vraisemblables ». Lettre à Widow, 2 août 1716. Korru., t. III, p. 346 (Durens, t. V, p. 457).
4. « Geographia lucem clarissimum in Scripturam Vniversam, historias imprimis Patrum.…..Geographia duce nihil asperi, nihil obscuri, singula plana et dilucida, vt veluti coram præsentes intueamur universa ». Van der Hardt à Biel, 6 juin 1714. Symb. lit. Hag., 2e cI., fasc. 3 (1781), p. 499. «Videris mihi eleganter et eruditè sensum quemdam allegoricum ex fabula Circes, aliisque Mythologiis eruisse…. Literalem tamen credere non ausim malimque originem fabularum quæri in Historia quûm in Geographia, in hominibus quâm in urbibus, ita Titanes et Gigantes suspicor fuisse Celto-Scythas, homines proceros, qui deos, id est Reges Asiæ,Græciæ, Ægypti, regionum scilicet cultiorum invasere ». Lettre à van der Hardt (corr..fol. 356) s. d. (après le 11 août 1716).
2. Lettre à Th. Burnet du 8/18 mai 1697, citée plus haut, p. 524, n. 2.