‹ Leibniz HistorienChapitre 539 sur 854 · Théod., $ 208. Geur., Phil, t. VI, p · texte numérisé non relu

Théod., $ 208. Geur., Phil, t. VI, p

miracles de la théologie comme des prodiges de lachimie: il ne faut ni les accepter ni les rejeter facilement (1). Le moyen de se rendre compte de la réalité d’un miracle est d’en examiner toutes les circonstances si c’est un fait naturel, de peser les témoignages quis’y rapportentet de nese rendre qu'à l'évidence si c’est un fait historique (2); mais il ne faut supposer un miracle que lorsqu'on ne peut, en quelque sorte, faire autrement (3).

De cette conception générale découlent les principes de Leibniz dans l’explication du miracle. Comme il ne répugnait pas à l’idée de ce genre de fait et eroyait que les livres saints étaient inspirés, mais corrompus par les copistes (4), il ne pouvait admettre les idées que Spinoza avait exposées dans son Traité théologico-politique (5). Celui-ci y déclarait que « rien n'arrive contre l’ordre de la nature », par suite qu’il ne peut y avoir de miracles, et que ce mot ne peut désigner « qu’un événement dont les hommes... ne peuvent expliquer la cause naturelle par analogie avec d’autres événements semblables qu'ils sont habitués à

1. « Ego autem de chemiæ prodigiis, ac de Theologiæ miraculis idem sentio, et existimo nos eis non libentius fidem dare debere nec levius rejicere; quamquam, gratia Deo, vera prodigia Theologica multo certiora sint, et majoris momenti quam Chemica. » Lettre à Tentzel, 1692. Durens, t. V, p. 401.

2. « Si quæ miracula alicubi evenisse jactantur, magistratus statim inquirit, testes examinat, rei, quantum fieri potest, in clara luce ponendæ causa. Quanto satius erit miracula naturæ eadem diligentia examinare, ut astricti sint omnes referre bono publico auxilia, quæ à re medica sensere, circumstantiis omnibus exquisitè additis, ut liceat in posterum aliis exemplo prodesse.» Leibnitiana, $ cx11. Fezcer, p: 197 (Durens, t. VI, p. 318).

3. « Quoties ratio et textus interpretatio non ferunt communi naturæ decursum congruentem, ad miracula confugiendum non esse. » Lettre à van der Hardt (corr., fol. 75 vo) s. d. (après le 10 avril 1696). — En fait Leibniz a paru assez rebelle aux miracles de son temps. — « Le Ciel vient de faire un nouveau miracle en faveur de l'Empereur contre les Turcs (A. 1697). Sa Majesté Impériale le méritoit par sa piété, mais les Turcs le méritoient encore par leur bôtise. » Leibnitiana, $ ozxrr. FELLER, p. 217 (Dutens, t. VI, p. 327). Il est difficile de voir où commence le miracle et où s’arrètent les causes humaines et si Leibniz ne parle pas par ironie.

4. Lettre à Th. Burnet, s. d. (après le 22 novembre 1695). Grxr., Phu., EI pr 172.

5. Ces idées proviennent des principes de Descartes, v. A. Fouizrée, Les origines cartésiennes de l’idéalisme. Rev. des Deux-Mondes, 15 juin 1892, p. 868-70.

observer (1) ». Il en résulte qu’on doit interpréter les textes d’après la conception des auteurs qui les écrivent et non d’après les faits mêmes qui y sont rapportés et qui, au premier abord, nous paraissent miraculeux (2).

Jusqu'ici, en dehors de la négation même du miracle, les principes de Spinoza ne paraissent guère différer de ceux de Leïbniz; la différence va s’accuser de plus en plus. Le premier fait une distinction entre les prophéties, qui s’appuient sur la révélation, et les miracles, qui ne proviennent que d’une confusion d’idées puisque ce sont des événements naturels mal expliqués (3): il a toujours maintenu cette distinction et déclaré que la croyance aux miracles ne repose que sur l'ignorance des hommes (4). C’est ce que n'admettait pas Leibniz, qui avait fait du Traité une étude approfondie (5). À l’assertion de léquivalence de la foi aux miracles et de l'ignorance, il répond en déclarant que les miracles sont au-dessus de la nature des corps sensibles, Mais non au-dessus de la nature des choses et que rien n’en empêche la possibilité (6). Spinoza conteste la réalité des miracles de PAncien Testament, mais non la croyance qu'y ont eue les Juifs. Leibniz croit peu vraisemblable qu'une

1. Traité théol. polit., chap. vi, trados SAISSET, t. II (1872), p. 165-7. De même, Bayle n’admet pas le miracle. DELvoLvé, p. 240.

2. Traité cité, p. 118-9. Il donne comme exemple le prétendu miracle de Josué arrêtant le soleil. Cf. : «il importe, pour se rendre compte des miracles et savoir comment ils se sont passés, de connaître le langage et les figures hébraïques; et quiconque n’y fera pas une attention suflisante risquera de trouver dans l’Ecriture plusieurs miracles que l'historien n’a jamais pensé

donner pour tels. » Zd., p.130. — Sur la différence de Spinoza et de Richard Simon. v. MARGIVAL, p. 125-7.

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