‹ Leibniz HistorienChapitre 543 sur 854 · Traité, ch. vir, p. 130-1 et pl. haut, p. 541, n · texte numérisé non relu

Traité, ch. vir, p. 130-1 et pl. haut, p. 541, n

6. Dans la lettre de Spinoza à Oldenbourg citée pl. haut, p. 540, n. 6, le premier remarque que Dieu ne peut se fâcher; Leibniz note «cum dicimus Deum irasci, intelligimus facere quod irascentes solent; id est punire quamvis non, ut homines, ob rem gestam doleat.» Gesr,Philiit I, p.127et note 2.

il ne recourt à l'interprétation philosophique que s’il n’y a pas moyen de faire autrement (1).

Ainsi en exégèse, Leibniz apparait comme un rationaliste, sans l’être jamais radicalement. Cette attitude qu’il apportait dans le domaine des sciences de la nature (2), il la transportée dans les sciences morales (3), notamment en histoire. Il louait, par exemple, le voyageur la Loubère de diminuer le merveilleux dans le récit de ses voyages, en cherchant à tout expliquer (4). Il s’efforçait de rendre compte des prophéties d’une jeune fille de son temps, Mie d’Assebourg, par des raisons naturelles (5). De même il accueillait avec joie une relation « du bois qu’on appelle de la sainte eroix », d’une nature incorruptible (6). Il acceptait volontiers l’explication rationaliste de certains passages de la Bible, quand Job Ludolf voyait des sauterelles

1. « Supposé que d’un costé se trouve le sens literal d’un texte de la Sainte Ecriture et de l’autre costé se trouve une grande apparence d’une impossibilité Logique ou du moins une impossibilité physique reconnue, s’il est plus raisonnable de renoncer au sens literal ou de renoncer au principe philosophique? Il est sûr qu’il y a des endroits où l’on ne fait point difficulté de quitter la lettre, comme lorsque l’Ecriture donne des mains à Dieu et luy attribue la colere, la penitence et autres affections humaines, autrement il faudroit se ranger du costé des Antropomophytes ou de certains fanatiques d'Angleterre, qui crurent qu'Herodote avoit esté metamorphosé en un renard, lorsque Jesus-Christ l’appela de ce nom. C’est icy que les règles d’interpretation ont lieu et si elles ne fournissent rien qui combatte le sens literal pour favoriser la maxime philosophique, si d’ailleurs le sens literal n’a rien qui attribue à Dieu quelque imperfection, ou entraîne quelque danger dans la pratique de la piété, il est plusseur et meme plus raisonnable de le suivre ». Nouv. Ess., t. IV, ch. xvirr, $ 6. GEHR., Phul., t. V, p. 482. Cf. pl. haut, p:539;°n..3:

2. V. pl. haut, p. 533, n. 3-4, et « quand on a la cause d’un effect explicable par des choses sensibles; pourquoy recourir à des suppositions peu certaines ? » Lettre à Papin, 2 décembre 1697. GERLAND, p. 228.

3. En théologie, v. note citée par Coururar, p. 599 (Addenda) avec observation de BARUZI, p. 465. n. 2.

4. « Les autres voyageurs cherchent le merveilleux et Vous le diminués, Monsieur, et c’est ce qui s’appelle raisonner, car on n’admire que ce qu’on n'entend pas.» Lettre du 4 février 1692. BoDEMANN, p. 126.

5. Lettre à Sophie citée pl. haut, p. 425, n. 4; au landgrave Ernest, 13/23 novembre 1691. Rommez, t. II, p. 342-3; à Magliabechi du 8. Epistolæ, p. 33-34 (DuTens, t. V, p. 96).

6. Lettre à Sophie, 21 février 1697. KLopp, t. VIII, p. 22-23. Cf. lettre à Liebknecht, 9 décembre 1711. Korru., t. I, p. 233-4 (Durens, t. II, part. 2, p. 94-95).

comestibles dans les prétendues cailles dont se nourrissaient les Hébreux au désert (1), quand van der Hardt déclarait que la femme de Loth fut,non changée enstatue de sel, mais couverte de bitume (2), que Cham découvrant la nudité de son père signifie qu’il l’a déshonoré par un adultère (3), ou tentait d'expliquer par les habitants d’une ville les 6orbeaux quinourrirent Elie dans le désert (4). Nous l’avons vu lui-même donner l’exemple pour les prophéties de l’ânesse de Balaam (5).

Cette méthode permet de tout expliquer en faisant en quelque sorte l’économie des miracles; Leibniz l’a appliquée à l’histoire du moyen âge en s’efforçant d’en bannir le merveilleux et d'y ramener les prétendus miracles à des faits naturels. Il suivait en cela les principes de certains catholiques (6), en particulier des Bollandistes dans les Acta Sanctorum; peut-être avait-il été entraîné dans cette voie par un de leurs correspondants, son ami, le P. Gamans, qui expliquait la légende des 12.000 vierges de Cologne

1. Lettres à la Loubère (corr., fol. 29-30) du 2 juin 1692 et à Magliabechi du 11. Epistolæ, t. I, p. 39 (Durens; t. V, p. 99).

2. «I y à un homme fort sçavant dans la langue Ebraïque, qui s’attache à faire voir par des explications fondées sur la propriété de la langue, que nous n'avons pas toujours le veritable sens de l’Ecriture, et que nous avons quelquefois choisi le merveilleux et l’extraordinaire où il n’y en a point; par exemple lorsqu'il est dit que la femme de Loth regardant derrière elle, fut changée en statue de sel, il faut voir que selon la maniere de parler figürée des orientaux, que cela ne veut dire autre chose si non que la femme de Loth, estant retournée pour sauver quelque chose fut couverte de feu et de bitume car &Xç signifie non seulement sel, mais encore bitume et l’Hébreu n’est pas moins équivoque et peut estre plus. Ainsi estant couverte de ces matieres on peut dire qu’elle estoit devenue comme une statue de bitume. Il dit aussi des choses curieuses de columna tgnis et nubis, et de pinnaculo templi, de maleditione Chanaan et de quantité de passages semblables ». Lettre à Nicaise, 5/15 mai 1693. Grrn., Phul., t. V, p. 541. x

3. Lettre à Sophie-Charlotte, 28 novembre 1699. KLopp, t. V, p. 54-55. Leibniz parle d’un «sçavant homme » qui doit être encore van der Hardt.

4. Lettre de van der Hardt (corr., fol. 248), juillet 4706. Il s’agit de la ville d’Aorab, dont il substituait les habitants aux corbeaux, horebim. Sur cet ouvrage, v. pl. haut, p. 219, n. 5.

SAND th AU Et p-2219 1-16:

6. P. ex. Saint Vincent de Paul. Despeviszes pu Dézerr, l'Eglise et l'Etat

en France. Rev. des Cours et Conf., 18 janvier 1906, p.470. Pour les historiens, v. pl. haut, p. 530, n. 3.

par certains mots latins (4); Leibniz continua à recueilliles explications les plus plausibles du même genre (2).

Il connaissait la place qu'occupent les miracles dans les documents médiévaux (3), mais il savait avec quelle facilité on donnait aux choses un peu inattendues le caractère de prodiges (4). Aussi les réduit-il le plus possible dans ses Annales. Parfois 1l s'élève contre de prétendus miracles pour de simples raisons morales, comme à l’occasion de certaines victoires de Charlemagne qu’on attribue à une action de Dieu (5), d’un voyage heureux qui fut considéré comme un prodige (6), de la conversion d’un Juif et de l’abstinence d’une jeune fille (7); mais le plus souvent il ramène les faits merveilleux à des événements naturels. C’est ainsi qu'il voit des sortes d’aurores boréales dans une grande lumière, qui aurait annoncé la mort de Ludger et dans des colonnes de sang qui s’élevaient dans le ciel (8); qu'il explique par l’action des sources intermittentes lPapparition d’une fontaine au milieu de la sécheresse devant

4. « Ursula et XImilia ». Lettre à Tentzel (corr., fol. 413) s. d. (entre le 21 octobre et le 21 novembre 1696). Cf. BODEMANN, p. 329.

2. Avec la lettre précédente est l’explication de cette légende par l’abréviation. S. Ursula cum XI. M. Virg. (Sancta Ursula cum XI. Martyribus Virginibus) et l’exemple d’un prétendu Sanctus Viarus, résultant de linscription en partie effacée. de (PRÆFECTU)S. VIARUM. Tentzel devait donner ces explications dans les Monatl, Unterr. de décembre 1696; Cuper lui écrivit (corr.. de Tentzel, fol. 116), le 1er août 1698 que Xémulia est l’abréviation de Undecimilla, diminutif latin féminin.

3. À propos d’une relique qui avait échappé au feu, il écrit : « Telibus vero subinde implendæ nobis paginæ sunt; non tantum inopia aliorum, sed etiam, quia tunc potissima historiæ materias habebantur (in quibus pene solis elaborarent scriplores Sui temporis optimi) et animos populorum in se vertebant, denique crudelitates hominem ritusque canæ vetustatis non aspernabiles intueri jucundum videtur. » Ann. Imp.878,$ 3, t. III, p. 388.

4. Un long voyage heureusement accompli par des inconnus vers Charles le Chauve : « Res miraculi instar haberi visa, lætissimo omine in maximam spem omnes erexit. Nempe anxiæ mentes inexpectata facile in præsagium trahunt. » Id. 844, $ 3, t. I, p. 490.

5. « Id divinitus factum judicabatur, quasi Caroli mores omne cœli obsequium meruissent. » 24. 794, $ 3, t. 1, p. 150.

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