Ci. plus haut, p. D58,;:n
: 4. Il attaque les sophismes : à propos de l'expédition en Bretagne qui servit de prétexte à un soulèvement contre Louis le Pieux : « Nondum mensis a discessu effluxerat, cum ecce seditio crumpit, necessitatis publicæ antiquissimo sophismate, quod semper refutabitur et semper repetetur. » Id. 830, $ 9, t. I, p. 401, à propos de Grégoire VII (v. plus haut, p. 639, n. 6) : « Ita Gregorius : sed hoc est, quod cum philosophis vocare possit sophisma falsæ causæ : Misit coronam, ergo agravit jus in réguum. » /d. 1000, $ 32, t. LIT, p. 761.
5. V. plus haut, p. 377, n. 2 les réflexions pédagogiques sur l'éducation donnée par Gerbert à Otton III.
de maximes ou de remarques psychologiques. IL protestait contre le système des historiens qui émaillent continuellement leur histoire de sentences (1); lui-même n’en donne que rarement. Ce sont parfois des tautologies, des maximes de gros bon sens, comme la supériorité du génie humain sur la nature (2), de l’action sur la prière (3), de la honte du crime sur le Gynisme (4), des vertus civiles sur les militaires (5), la préférence que donnent les vieillards à l'utilité sur l'honnêteté ou la vertu (6), la dureté du châtiment de là prison perpétuelle (7), la rareté des gens éminents qui proclament leurs erreurs (8), l'identité des effets produits par la vertu et le vice (9), l'éloignement de la coupe aux lèvres (10). Naturellement ces réflexions sont amenées par le sujet : ce sont des conclusions générales des faits.
Parfois e’en sont, au contraire, des explications générales comme lorsqu'il dit, à propos de la querelle des images, que le peuple aime la pompe, et les femmes les supersti-
1. « Videtur Schattenium non inerudito scribere, etsi interdum stylum acuat in diversas sententias, quo nihil indignius historico. » Lettre à Paullini, 3 janvier 4692. Foucner De CAreix, t. VII, p. 189.
. 2. (Ita primum frustatio pro Dei interdicto fuit : quasi non hominum ingenium pars nobilissima naturæ foret, quæ in cæteras plurimum et merito potest. » Ann. Imp. 798, $ 3, t. I, p. 158.
3. « Nam verbis nudis et inani significatione obsequii non magis Deo quam alii domino satisfacies. Recto fortiterque agendo placatur numen, cœlestesque minæ avertuntur. » Id. 828, $ 11, t. I, p. 352. Cf. 829,S 13, p. 382:
4. « Ad summum sceleris, qui scelus libenter profitetur : pudori vero aliquid pæœnitentiæ inest» Id. 824, S$ 12, t. Il, p. 357.
5. « Fateor majorem esse pietatis, justitiæ temperantiæ, prudentiæ denique regnatricis, quam omnium triumphorum laudem. » 14. 9%5,$ 30, DIT D 897
6. « Hæc vigentium ætate animisque moderatio et caritas senibus non duravit; qua ætate passim utilitas voluptati præfertur, utinam non et honestati.» Id. 842, $ 6, t. I, p. 500. "-
7. « Quæ enim venia est, ubi perpetui carceris pœna manet ? » Zd. 838, 832; t. T, p. 450!
8. « Nam rarissimæ modestiæ est, homines doctrina et autoritate eminentes sponte errorem fateri. » Id. 859, $ 6, t. I, p. 586.
9. « Ita contrariorum, magnæ sanctitatis et criminis anathemate digni, jidem sunt effoctus, ut corpora conserventur, scilicet vel in gloriam, vel in ignominiam: » 7d. 989, $ 2, €. III, p. 533-4.
10. « Sed multa cadunt inter calicem supremaque libra.» Zd. 998,86, t. III, p. 586.
tions (1), de Bernard de Septimanie, qu’on n’abandonne pas facilement le pouvoir une fois qu’on y a goûté (2), des révoltes contre Louis le Pieux, qu’on hait ordinairement ceux qu'on à lésés (3), et que les plus mauvais desseins prennent l'apparence de la piété quand il y va de l'intérêt des grands (4), des miracles survenus lors de l'invasion des Normands, que le peuple crédule se console en croyant à une vengeance du ciel (5), de la condamnation de Gcdescale par Hinemar, que notre esprit abandonne difficilement ses pensées réfléchies et habituelles sans montrer pour cela de l’obstination (6); au sujet d’une prédiction faite à Charles le Chauve, que nul ne persuade plus facilement aux autres ce qu’il croit que celui qui s’est d’abord trompé soi-même(7); à propos des flatteries d’Hinemar, que bien des crimes n’auraient pas été commis par les rois, s'ils n’avaient été flattés (8), d’une maladié de Charles le Chauve, que les princes se fient ordinairement plus . aux Charlatans qu'aux médecins (9), de l'élection de Conred Ie, que l'ambition se voile presque toujours de mo-
F 1. « Semper in spectacula et pompam inanem etiam in‘sacris plebs inclinat, frustraque repugnant sapientes. Sed mulieres maxime superstitionibus deditæ esse solent. » Id. 787, $ 17,t. I, p. 137.
2. « Sed quotusquisque gustatam semel potentiam facile dimittit? » Jd. 830, $ 5, t. I, p. 400.
3. «Nam solent homines odisse, quos læsere, et veniam dedecori habere, præsertim ab eo datam, quem contemnunt. » Id. 883, $ 18, t. p.495.
&. « Unde apparet, pessimas quasque molitiones Speciem pietatis induere et in synodis prævalere, quoties potentiorum interest. » Id., $ 34, p. 431.
5. « Credulæ plebi vindictæ opinio pro solatio est. » 84 DS TOMATE
6. « Obstinatum judicare, qui horarum aliquot perturbata collatione ab inolita et meditata sententia deduei nequit, est parum nosse naturam mentis humanæ. » 14. 848, $ 9, t. I, p. 539. Ceci se rapporte à la prétendue obstination des hérétiques, contre laquelle Leibniz a souvent protesté.
7. «Ipse hominem non impostorem, sed somniatorem putem; neque felicius sua aliis persuadent, quam qui se prius decepere. » Id. 858, $ 13,t. I, p. 560.
8. « Rara scelera, puto, quibus, si adulatores aberant, regnantes non abstinuissent. Qui deterre rogem episcopalis ordo poterat, in prava impulit assentando. » Id. 870, $ 29, t. I, p. 699.
9.« Dum lectica fertur, nescio quem pulverem bibit, quem Sedecias miserat, natione Judæus, professione medicus :
; CUi nimium ümperator tribuebat, ut solent principes empiricorum promissis libentius credere, quam modestiæ peritorum. » Id. 877, $ 23, t. II, p. 11. O
n prétend que la même chose arriva à Leibniz à sa mort.
destie (1), de la lutte de Henri Ier contre les malfaiteurs, que la force est ordinairement plus grande chez les méchants que chez les bons (2), du pardon accordé par Adélaïde à Bérenger, que les grandes âmes préfèrent le pardon à la vengeance (3), de la brouille entre cette reine et Théophano, que la jalousie naît facilement et croît rapidement entre des femmes d’égale dignité(4). Tout cela est de la psychologie souvent assez fine, mise au service de:l’histoire; à des faits particuliers, Leibniz attribue des causes générales. Plus rarement, il donne une explication convenant au temps seulement, comme lorsqu'il déclare, pour expliquer la tonsure de Pépin le Bref, que l’état de moine était considéré comme une sorte de servitude (5), ou à propos des guerres de Henri le Saint, que les princes ne se souciaient pas alors de combattre leurs ennemis sur plusieurs points à la fois (6).
Enfin, rarement aussi, le jugement des faits est tiré de leur conséquence même (7). Il arrive, d’ailleurs, peu souvent à Leibniz de tirer des événements principaux leurs, conséquences les plus remarquables, par exemple, à la mort de Louis le Pieux, les effets du démembrement de
4. « Nam, fere ambitio modestia velari solet, et decorum est'ad imperandum cogi, ut semel obsecutus videatur, cui semper dedietur. » Zd. 944, $ 19, t. IT, p. 245. ‘ i
2. « Simul enim patriam purgebat a pravis hominibus malique exempli et cigorém, qui plerumque in malis major est, in hostes vertebat.» Id. 940,$ 2, t. II, p. 490.
8. « Apud generosas animas major est ex pœnitentia supplicum, quam ex vindicta voluptas, eamque Christus angelis cœlestibus tribuit. » Zd. 952, SOL TI pTCLE
4. « Facile, præsertim inter mulieres dignitate pares, tribuscula nascuntur, quæ alentibus malevolis in iras tandemque in odia erumpunt ». Id. 978, $ 8, t. III, p. 382.
5. « Nam monachi status etiam legibus servitutis genus habebatur, sed quod domini magnitudo consecrasset. » Zd. 792, t. I, p. 155.
6. « Non ea tunc vel providentia principum vel rei publicæ constitutio erat, ut pluribus simul locis res in hostes bene gercretur, » Zd. 4008 ,$ 16, LAND 889)
7. Charles le Chauve se réconcilie avec Robert le Fort et lui fait, dit-on, épouser Adélaïde, tige des futurs Capétiens. « Ita qui sapienter sibi prospexisse in præsens videbatur, suscitavit, per quos posteri regno pellerentur : tanta mentis humanæ cirea futura caligo est. » Id. 864,$ 4, t. I, p. 597.
l’Empire carolingien sur la puissance des Francs, les races et les langues (1); ceux des guerres civiles qui suivirent sur les invasions des Normands (2), de la victoire d’Otton le Grand à Augsbourg pour l'Empire (3), de l’affranchissement des serfs par l’Église pour elle, pour la féodalité laïque et la société tout entière (4). Cependant, jamais ces conséquences ne sont longuement exposées, puisque Leibniz ne généralise et ne dispose ces faits en tableaux que rarement.
Quand l’œuvre était considérable, il la faisait précéder d’une préface : Leibniz aimait ce genre d'introduction aux ouvrages scientifiques, surtout quand il s’agissait de faits(5). Aussi en a-t-il mis à toutes ses œuvres historiques, soit aux recueils de documents (6), soit aux Annales Imperit (7); parfois même il en a ajouté aux livres des autres (8). Il
1. « Hune finem habuit ultimus totius imperii Francorum monarcha..…..Hæc divulsio Francorum potentiam pessumdedit, Gallia nihil pene aliud de Francis quam nomen retinente. Lingua extincta, stirpibus confusis, ut qui Francici Sanguinis sint, qui ex veteribus incolis descenderint, uon internoscas. » Jd. 840, 5, t. I, p. 482.
2. « Dum fratres civili bello extrema imperii nudant, Normanni, hactenus ultra brevia latrocinia nihil ausi, prævalere cœpere, pr'imusque intestinarum cladium annus etiam Normannicorum successuum fuit»7d. 841, $ 2OEAI, p. 496:
3. « Tanta clades Hungarorum eruptionibus finem attulit, Europamque diuturno terrore liberavit. Ex eo paulatim mansuefacti, mox etiam ad fidem Christi respexerunt, et imperii Germanici majestatem comites agnoscere cœperunt. Postremo contra novos ex Scythia barbaros cultioris orbis et christianæ rei propugnaculum facti sunt: nam et seculo tertio decimo Tartaros Europæ minantes sua clade retudere et nune Turcica potentia post Asiam Cræciamque inundatam hic aggeren invenit. Ita gubernatrix rerum providentia suum cuique genti officium fatis assignat.»/d., 955, $ 12, t. IT, p. 650-1.
4. « Quo ratione homines ad industriam cultumque agrorum excitabantur, et pecuniæ aliquid præterea dominis inferebant. Ita sacri ordinis homines caritatem suam in subditos sibi fructuosam reddcbant, pietatemque ad omnia utilem domonstrabant. Clericorum morem prospere succedentem in plerisque locis domini cæteri sunt secuti. Etiam urbium libertatem sæpe episcopis aut abbatibus deberi constat. » Zd. 967, $ 47, t. LI, p. 211-2.
5. « Les gros livres ne se lisent gueres tout de suite, on se contente de les avoir peur y chercher ‘au besoin; on est bien aise d'apprendre par les prefaces, ce qu’on y doit chercher et ce qu’on doit attendre. » Lettre à Chapuzeau (corr., fol. 3-4), 12 septembre 1692.