DELBOSs, L. c
de l'harmonie universelle, principe des choses consistant dans la diversité compensée par l'identité (1). Cette synthèse puissante et originale s’exprime chez lui par la loi de continuité (2).
Quelle que soit, chez Leïbniz, l’origine de cette loi (3), si conforme au caractère allemand (4), la notion de continuité joue un rôle capital dans la philosophie leibnizienne, qu’elle distingue profondément de celle de Descartes (OX On a pu appeler la loi de continuité la «méthode générale » de Leibniz (6) et cette expression ne nous paraît pas exagérée (7). On a distingué chez lui trois formes de conti-
4. « Principium ego intimum rerum reperi esse harmoniam universalem. harmoniam autem definiecbam diversitatem identitate compensatam.» Cité par Foucer DE CaAreiz, Mémoire, t. I, p. 12.
2, C’est ce qu'a parfaitement montré Kant dans sa critique citée plus bas, note suivante.
3. « On peut revendiquer pour Aristote l’honneur d’avoir mis le premier en avant cette loi de continuité. » Bourzier, t. II, p. 433. Aristote l’avait dégagée dans les sciences naturelles. Nourrisson, p. 280 et 467, et N. MicnauT, Eloge de Buffon, Nancy, 4878, p. 145. Cependant il paraît lui avoir donné une valeur plus générale. Fourzzée, Hist. de la Philo. Paris, 1887, p. 121-2. C’est sous cette dernière forme que Leibniz l'aurait prise à Aristote d’après FOUCHER DE Careiz, Mém., t. I, p. 7 et 10. Nourrisson, p. 228, rappelle les adages scolastiques « non est pacua forma » et « natura non facit salium » et FOUCHER DE Careiz, p. 266-8, cite la même origine d’après Kant, qui « allait jusqu’à dire que la loi de continuité résulte d’une transformation énergique de trois ou quatre principes subalternes des scolastiques », dont surtout les deux cités plus haut, p. 667, n. 1. Foucrer ne Careiz, p. 124, la trouve déjà formulée dans le Placidii Philalett conclusio (octobre 1676). V. en outre chez RITTER, t. II, p.187-91, 196-8 et 210, les analogies de la doctrine de Leibniz avec celle de van Helmont, qu’il connaissait dès 1671 (Durexs, t. VI, p. 70), considérait comme «un grand génie », dont il aimait la conversation (GenR., &. [IT, p. 427) et recherchait les manuscrits (STEIN, p. 336). Sur le Seder Oleam qui contient la doctrine de van Helmont, v. lettre de Leibniz à Hertel du 8 janvier 4695. BurckHaARD, t. II, p. 320.
&. Lévy-Brüuz, p. 178-9; cf. BLonpez, Rev. intern. de l’enseignt, 189, t. I, p. 46, et Bourroux, Revo. de métaph. ct mor., 1894, p. 248.
5. Hôrrpinc, Histoire, {. I, p. 363. C£. lettre de Leibniz à Bernouilli du 20 janvier 1704, trad. par Nourrisson, p. 221, montrant que Descartes et Malebranche ont péché contre cette loi, surtout en dehors de la géométrie. Sur la caractéristique de Leibniz qui unit le présent au passé et à l’avenir, la théorie à la pratique, v. Harnack, £. I, p. 9-10. — Il ne faudrait pas cependant exagérer pour Descartes : v. des passages significatifs dans A. FouILLée, L'influence et l’avenir des idées cartésiennes, Rev. des Deux-Mondes, 15 janvier 1893, p: 309.