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6. Par BoniN,.République, 1. IV, ch. 1, passage cité par BRUNETIÈRE, Revue des Deux-Mondes, 17 mars 1907, D255

dans l’exégèse et l’histoire ecclésiastique (1), affirmée au xvrrie (2), appliquée aux sciences sociales par les positivistes au xixe siècle (3); dans l’histoire proprement dite, Fustel de Coulanges en imprégnait en quelque sorte ses ouvrages (4), hier encore Albert Sorel l’étendait à l’histoire extérieure de la Révolution (5), dont elle dominait l'étude intérieure depuis Tocqueville (6); au xxe siècle comme au xix®, bon nombre d’historiens la proclament plus ou moins conseremment (7) ou la dégagent de leurs

1. Par Richard Simon dans l’exégèse et par le P. Petau dans l’histoire des dogmes. MARGIVAL, p. 181-3. Bossuet, qui l’a connue (NourRisson, p. 231, n. 1), l’a appliquée en histoire (v. plus bas, même chapitre.

2. Par Fontenelle. V. les passages tirés de l’ouvrage de MarNDroN, cités par R. Doumic, Reo. des Deux- Mondes, 15 février, 1907, p. 455.

3. Par Auguste Comte. E. Bourroux, Rev. internle de l’enseignt, 15 fé. vrier 4904, p. 107. E. Lirrré, à énoncé très nettement cette loi, sous le nom d'évolution, dans La science au point de vue philosophique, 5° édition, 1884, p. 352-4 et 412-7, où il dit (p. 418) : « celui qui a donné la forme véritablement scientifique aux notions historiques est Auguste Comte ». — I] y a cependant eu une sorte de transformation du positivisme « statique», de Comte à un positivisme « dynamique » avec l’idée d'évolution. A. FouiLLée, Rev. des Deux-Mondes, 15 mars 1896, p. 281-2.

4.C. JULLIAN, Extraits des historiens français du x1x® siècle. 2e édition, Paris, 1898, p. cir-un à propos de la Cité antique. FusreL a écrit : « En parcourant ainsi les siècles nous aurons à montrer ce qu’il y à entre eux, à la fois de continu et de divers; de continu, parce que les institutions durent malgré qu’on en ait ». Histoire des instü9®S polit. de l'ancienne France, 17e part., Paris, 1875, p. 3-4 (JULLIAN, p. 625). Dans une autre préface de cet ouvrage refait, il dit que, sous toutes les institutions de la France contemporaine l’on retrouve celles de la féodalité. Pour lui enfin, « le fond de la science historique, c’est l'observation de la continuité des choses et de leurs lentes transformations. » P. Gurraup, art. cité, Rev. des Deux-Mondes, 1° mars 1896, p. 106; cf. p. 108-10. — La loi de continuité n’était pas moins présente à l'esprit de Renan : v. un passage significatif des Nouveaux céhiers de jeunesse. Rev. polit. et parle 12 janvier 1907, p. 33, et surtout la conférence : Qu'est-ce qu'une. nation ? A

5. V. dans l’Europe et la Révolution française, t. Il, p.531, et surtout, t. IV p-. 458-9 : « Si les conditions d’ure bonne conquête, c’est-à-dire les dispositions des peuples et la possibilité d’assimiler les populations conquises, semblent assigner à la France un terme naturel, la politique ne peut se rapprocher de ce terme qu’en imitant la nature, c’est-à-dire par progression et par nuances Ainsi s’est opéré, non tout d’un coup ct par Système, mais par suite et par degrés, Pagrandissement de l’ancienne France. » Cf. sur cet ouvrage le jugement de J. ErNrsT-CnarLes, Rev. polit. et parle, 10 décembre 1904, p. 756.

6. C’est l'âme même de l Ancien Régime et la Révolution, 1856.

7. «Le progrès des études d'histoire est dû surtout. à l’idée féconde de l’évolution ou du devenir..…La loi de continuité n’était pas seulement méconnue; le principe du développement organique de lanature et des sociétés demeurait caché » jadis. « Tout paraissait être; tout nous semble devenir. »

travaux (1). En histoire littéraire, elle est de plus en plus appliquée (2), comme dans toutes les études historico-s0ciales où lévolution joue un rôle (3).

I serait done inadmissible que la loi de continuité n’ait aucune place en l’histoire de Leibniz. Déjà ,Fontenelle, admirablement placé pour en juger (4), avait en quelque sorte pessenti l'importance qu’elle a dans les recherches historiques de Leibniz (5) et son Jugement a été généralement

J. Soury, Jésus et La religion d'Israël, 3° édition, Paris, 1898, p. 23-24. Cf: Ch. Dumouxtn, Rev. de Synth. hist., dée. 1901, p. 297. V. surtout G. Gzorz, Réflexions sur le but et la méthode de l'histoire. Leçon d'ouverture du cours d'histoire grecque, 12 novembre 1907, Paris, 4907 (extr. de la Rev. internie de l’enseigni), pp. 5, 15 et 21-25.Cf. les « séries historiques » de A. XéNoPoz dans les « faits de succession », Rec. internie de l’enseignt, avril 1907, p. 320 et G. Mo- N0D, De la Méthode dans les sciences. Histoire. Paris, Alcan, 4909, p.335 et 351. V. aussi BERNHEIM, p. 33 et 36.

£. « L'évolution senle est féconde, la révolution aboutit toujours à la réac- Üon. » H. Vasr, compte rendu de G. Renarp, La République de 1848 (Paris, 1907). Revo. pédagogique, mai 1997, p. 492. A propos du Mercantilisme libéral à la fin du xvire siècle, par À. Scæarz et R. Caizremer, 1906, Aug. Des- CHAMPS écrit : « Ces recherches semblent devoir aboutir.….à la détermination d'une phrase doctrinale d’où il ressort avec évidence que l'esprit humain, pas plus que la nature, ne procède par sauts. Le titre même exprime au mieux ce fait et cette idée. » Rev. d’hist. des doctr. économiques et sociales, 1908, p. 103. C£. A. Lanwpry, Manuel d'Economique, Paris, 1908, qui déclare que cette science « progresse" par un perfectionnement, pour ainsi dire continu » (cité Resa. critique, 1% octobre 1998, p. 250) et E. Picard, De la Méthode dans les sciences. De la science, p. 3, qui écrit, en rappelant que Renan nommait la création de la science « le miracle grec » : « Nous croyons moins aujourd’hui à ces discontinuités. Qu'il s’agisse d’art ou de science, l'étude des temps plus récents nous à habitués à l’idée d’une lente évolution, et il en a été sans doute en Grèce pour l’art comme pour la seience. »

2. Ex. dans l'Evolution des genres de F. Brenrrière. Cf. les études de René PrcHon pour la littérature gallo-romaine (v. Paul MoncEAUx, Rev. internie de l'Enseignt, mai 1909, p- #11) et d’Abel Lerranc sur l’histoire littérare du xvrre siècle: Rev. des cours et conférces (en particulier, 8 mars 41906 pour le roman français).

3. « Il est reconnu que toute existence est assujettie, dans sa durée et dans Sa continuité à des changements graduels, tels que chaque état présent des individus et des ensembles ou collectivités, envisagés en soi ou dans Jours produits, résultent du développement de leurs états antérieurs. L'histoire, dans tous les ordres de faits, est celle d’un perpétuel écoulement, comme le disait déjà le vieil Héraclite. » Suivent les différentes sortes d'évolution. Marcellin BentTHeLor, Rec. des Deux-Mondes, 15 février TH, p.722:

3. V. plus haut, p. 686, n. 2. Il tenait d'Eckhart la plupart deses renseignements.

5. « Ce qui l’intéresse le plus, ce sont les origines des nations, de laurs langues de leurs mœurs, de leurs opinions, surtout l’histoire de Pesprit humain, et une succession de pansées, qui naissent dans tous les peuples les unes après Les autres, ou plutôt les unes des autres, et dont Fenchainement bien observé pourrait donner lieu à des espèces de prophétics. » Eloge. Durens, t. I, p. xxvi.

répété par les philosophes modernes et contemporains (1); d’autres ont même vu dans l'application de la loi de continuité aux sciences de fait, une véritable philosophie de l’histoire (2). On a dit la fécondité de cette loi dans l’histoire de la philosophie de Leibniz (3), indiqué ses effets dans l’histoire des religions (4), l’histoire du droit (5) et dans l’histoire proprement dite (6); mais tous ces jugements sont trop sommaires et s'appuient plutôt sur des textes philosophiques que sur des faits historiques, alors que la loi de continuité est au fond même de l’œuvre historique de Leibniz.

1. «I apportait dans l’histoire la préoccupation des causes, et en particulier de cette infinité de ressorts cachés, mais très puissants, qui sont quelquefois inconnus à ceux-mêntes qu'ils font agir; et ce qu’il cherchait par dessus tout c'était l’histoire de l'esprit humain. Recherches des origines, du développement, des causes insensibles, des rapports des choses à l’esprit humain : telle est la marche des travaux historiques de Leibnitz. Mais telles sont aussi les idées maîtresses de sa philosophie. » Bourroux, édition de la Monadolog., p. 14.— D'une façon générale, non seulement il étudiait les faits etles êtres, « mais il n’attachait pas moins d'importance à la continuité et à l’enchainement intérieurs de toutes choses. Ce qui lintéressait dans ses études historiques, c'était le lien du passé avec le présent. » HôFFDING, Histoire, p. 356.

2. «Im Grossen wie im Kleinen, bei Sinnlichen und bei Geistigen, in der Natur wie in der Geschichte stellt sich für den tiefer dringenden Blick einer Kontinuität der Formen und Bewegungen heraus. Der Begriff der Entwicklung erhält so eine nähere Bestimmung, er besagt überall ein sicher unruhig aufsteigendes Fortschritten in deutschen Bau. Damit er einen eigentümlichen Begriff der Geschichte, eine Art Philosophie der Geschichte gegeben.» ENCKEN, art. cité plus haut, p. 667, n. 3.

3. « Son application à la succession des systèmes philosophiques, considérés dans leur enchaînement, a créé l’histoire de la philosophie.» « L'histoire, celle de la philosophie surtout, s’éclaire à la lueur de cette loi de continuité et devient un enseignement... C’est le lien des systèmes et la seule véritable méthode histoirque dont Leibniz est le père. » Foucner DE CAREIL, Mémoire, t. I, p. 251. A la page 242, à propos de l’éclectisme, le même auteur rappelle un passage de Victor Cousin, qui se termine par : «Je dis qu’on n’a jamais été plus près en France de la loi de continuité, principe commun de l’histoire et de la philosophie. »

k. BARUZI, p. 288-9 et 314, cf. plus bas, dans ce chapitre. D’après PIGHLER, t. I, p. 234, la meilleure manière de rejeter un faux miracle est de lui appliquer la loi de continuité. Il s’agit sans doute de ce passage de la fameuse lettre du 16 octobre 1707, où Leibniz dit que le monde est plein de lacunes, qu’il faut combattre par le grand principe de raison suffisante et qui obligent de recourir au miracle ou au pur hasard. Cité par WEGELE, p. 647, n. 1.

5. Dans le jugement rapporté plus haut, p. 8, n. 8, LanpsBerG dit : « Cet esprit historique sort de la loi de continuité, qui imprègne toute sa philosophie ».

6. WEGELE, p. 646-7; BeRNHEIM, p. 226 (1re édition, p. 135) ; GOLDFRIE- - DRICH, Die historische Ideenlehre in Deutschland, p. 14.

Si, en vertu de cette loi, tout fait est lié à tous les autres à la fois dans le temps et dans l’espace, il en résulte que rien, en histoire, n’est indifférent ni isolé, que le détail des événements peut avoir une importance considérable, ainsi que la reproduction de ce détail dans son ordre de production le plus rigoureux. De là, cette large part donnée aux individus de toutes sortes, À la géographie historique qui donne la continuité des lieux, à la chronologie qui est la continuité dans le temps, à la généalogie qui établit celle des personnes et la connexion des familles: de là, cette recherche du détail des circonstances et de l’exactitude Jusque dans les termes (1),cette préoccupation des origines, cette exposition de causes profondes et des conséquences lointaines des faits, cet amour des digressions par la continuité d’un même sujet, cet emploi constant de l’analogie et ce souci de l’actualité, qui caractérisent son grand ouvrage. Mais en histoire, l’insuffisance ou l'absence des documents produisent trop souvent des solutions de continuité; il faut à tout prix les combler : Leibniz a essayé de le faire, soit en réunissant le plus de renseignements possible (2), soit, en leur absence, au moyen d'hypothèses (3) fondées ordinairement sur l’analogie ou la convenance, c’est-à-dire sur la continuité, En raison de cette conception de l’histoire, il devait vouloir toujcu’s creuser davantage dans le passé et, à mesure qu'il étendait ses recherches dans l’espace, les borner dans le temps : c’est précisément ce qui lui est arrivé pour les Annales [mperii occidentis brunsvicenses (4). Parti de l’histoire de Brunswick qu'il voulait retracer pendant dix siècles, il a successivement abouti à l’histoire d'Allemagne et à l’histoire de l'Empire d'Ocei-

1. «L’auteur laisse parler les écrivains dont il se sert, il reproduit les paroles ou les gestes des hommes d'autrefois », dit C. Juzzran à propos de Fustel, p. civ;ilen est de même de Leibniz (v. plus haut, p. 658, n. 4). -

2. « Nobis corroganda undecunque auxilia sunt, ad hiatus sterilissimorum scriptorum utcunque explendos. » Ann. Imp. 882 , $ 21,t. II, p. 71.

3. « [ta suspicionibus interdum, sed professis, tentamus supplere historiæ hiatum. » Zd., 918, $ 13, t. II, p. 264.

4. De même à Fusrez pour ses Znstitutions de l’ancienne France.

dent, qu'il n’a pu que retracer durant deux siècles et demi (1). Lui-même déclarait qu’il ne fallait pas, pour l'Allemagne, précipiter le travail historique, mais qu’on devait, à limitation des Bollandistes, y procéder lentement et sûrement (2) : c’est encore une application de la loi de continuité de l’histoire.

Le rôle de cette loi éclate, en particulier, dans un ordre de recherches étroitement uni à l’histoire chez Leibniz, la linguistique. Il l’y formule même à plusieurs reprises d’une manière explicite (3) pour les étymologies (4) et en a donné des exemples, parfois peu probants (5). La composition des langues, « souvent ne paroist pas, quand on va par saut, d’un peuple à un autre peuple plus éloigné, dit-il; mais lorsqu'on va de peuple voisin à peuple voisin, elle se découvre d’elle-même (6) ». Aussi les langues des nations voisines, souvent originairement semblables, se sont peu à pou différenciées; mais on reconnaît généralement leur

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1. C£. notre article : « A propos d’une histoire de Lorraine. » Le Pays lorrain, 20 février 1907, p. 84 à 86.

2.« Historiam Germanicam arbitror non debere præcipitari. Multorum annorum labor est, si recte tractari debet. Præstari eos imitari, qui Acta Sanctorum lento, sed egregio opere producunt. » Lettre à Thürlemarius, 29 septembre 1692. BonEMANN, p. 338, n° 926.

3. Lettre à Morell (corr., fol 49-50), 29 septembre 1698. — Ille fait parfois implicitement, p. ex. pour l’enseignement des langues vivantes (v. plus baut, p. 415, n. 4), pour les caractères de la langue primitive (v. plus haut, p. 408, n. 1); de même pour les transformations successives que doit subir la langue: allemande. Unvorgr. Ged., $ 22-24. Durens, t. VI, part. 2, p. 15.

4. QT n’y a rien de si ridicule, que de vouloir expliquer par la composition de nos mots le: noms propres de lieux et des personnes des anciens Hébreux, Grecs, Latins et autres peuples. Je ne me fie presque aux Étymologies régulicrement que lorsquelles vont de langue en langue suivant le voisinage de la situation, et non per salium.» Lettre à Sparfvenfeldt (corr., fol. 39-44), 27 décembre 1698. V. plus haut, p. 415,n. 8 et, à propos du mot français riche, dont il rapproche l’allemand recken et le latin rectus : « Conspirant et reco, riga, reihe, omnia de recta linea. Tales transitus frequentes sunt in Etymologiis, modo non fiunt per saltum. » Annotationes ad Franco-Galliam Joh. Henrici Ottii. Coll. Eiym., t. I, P. 26 (Durens, t. VI, part. 2,p. 64).

5. Ex. le mot slave Orzie vient du même radical Aita que le français Père, par le tartare Aischa et le grec-latin Pater. Lettre à Tentzel (corr., fol. 8-4), s. d. (du 20 au 25 janvier 1692); cf. lettre au même (corr., fol. 75-76) sur la Comparaison des langues orientales et européennes et citation de Baruz1, p. 85, n. 1.

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