Lettre s.a.n.d. Corr. de Larroque, fol
parenté, comme il arrive pour le germain et le gaulois (1). Au contraire, quand des peuples voisins, comme les Allemands et les Slaves, ont un langage entièrement différent, on est amené à supposer qu'il y avait jadis des races de langue intermédiaire qui ont été exterminées par la guerre (2), ce qu'on doit croire aussi quand, réciproquement, des peuples de même langue sont éloignés les uns des autres, comme les Arméniens et les Egyptiens (3). Telle était la force de la loi de continuité dans l'esprit de Leibniz !
Cette loi ne jcue pas assurément un rôle moindre dans l'histoire proprement dite que dans la linguistique; mais là, jamais Leibniz ne l’a exprimé explicitement : dans toute son œuvre historique, nous n’avons jamais trouvé une formule qui l'énonçât ouvertement. Pourquoi ce désaccord
1. « Je ne suis pas tout à fait du sentiment de Lazius que l’ancienne langue Germanique étoit la même chose avec celle des Gaulois » qui paraît subsister en Angleterre et en Basse-Bretagne et est « assés differente de celle des plus anciens monumens Teutoniques: Cependant ces deux langues s’approchent fort, e& ont un grand nombre de mots communs. On peut meme juger que originairement elles...n’etoient que des dialectes differens » diversifiés depuis par les migrations et « le mélange de quelque autre peuple, qui habitoit peut estre dans les Gaules » avant l’arrivée des Germains. Lettre à Baudelot (corr., fol. 1-4) s. d. (29 décembre 1714).
2. « Mirum satis est, vicinas gentes quantum sunt Germani et Slavi, lingua adeo distare. Golligo, interpositas olim fuisse alias gentes medii oris, sed bello extinctas. » Lettre à Et. Bernard, 27 décembre 1693. Cf. lettre à Sparfvenfeldt (corr., fol. 3-4), s. d. (16 décembre 1695). « Mirum interim, quod linguæ populorum vicinorum sæpè adeo discrepant; ut nostra à Slavonica, Armena ab Arabica. Suspicor, gentes intermedias fuisse extritas. » Lettre à Acoluth, 10 octobre 1695. Coll. etym., p. 177 (Durexs, t. VI, part. 2, p.140). « Num, quoties extrema à cognatis mutationibus ab antiquo occupantur, media à diversa gente tenentur, consentaneum est, hanc interfusam priorum contribules pepulisse. » Disseriatio de origine Germanorum, $ 26. Durens, t. IV, part. 2, p. 204. « Gentes parvæ a majoribus absorbantur ut in gentis olei aquæ innatantibus inde majora intervalla, et per saltum iter a gente ad gentenx lingua valde diversa cum natura pauliatim oporteat à gente cognata ad dynastam iri per linguas cognitas. Itaque cum subito ad diversas itur gentes intermedios extritos, esse oporteat, vel certe linguam antiquam deposuisse ut solent interdum recipere linguas vectorum. Hæc in Americanis : Hiroquosii absorbuere jam ferè Hurones. » Ms. XIIB 713 q (4), n° 134 (MicRAT. Gen. 270).
3. « Si Armena lingua Ægypto convenit, rationis est, credere, interpositos populos simili sermone usos, donec ingredientibus aliis nationibus connexio interrumperetur. » Lettre à Ludolf, 21 mars 1695. MicuAgLis, p. 102 (DuTEns, t. VI, p. 121). Cf. : « Si verum eamdem linguam Ægypticam et Armenam dicendum est medios inter sese Arabes interposuisse, nempe Cananæos, Ebræos, Syrophenices. » Ms XIIB 713 q, n° 49 (Genres 870). :
apparent avec ses habitudes? C’est qu'évidemment, dans une science jeune éomme celle du langage, il fallait un fil conducteur (1) et ici, la loi de continuité est le garde-fou qui empêche les hypothèses de s’écarter de la vraisemblance; c’enest lavéritableet, peut-ondire, la seuleméthode. Dans l’histoire proprement dite au contraire, cette sorte de fil est moins simple et surtout n’est pas unique : il est fourni par les sciences auxiliaires, surtout par la chronologie et la généalogie, dont la continuité fait le fond. La loi de continuité domine évidemment la méthode des sciences historiques; mais son application y est multiple et complexe. D'ailleurs, cette loi pénètre tellement l’histoire (2) qu’il eût fallu la rappeler à tout instant : sans doute Leibniz, qu'on ne peut guère scupçonner n’en avoir pas eu conscience, a préféré l'appliquer. C’est ce qu’il a fait sans cesse, car 6e sont des formes de la continuité plus ou moins complêtes que la concordance employée en chronologie, en généalogie, en géographie historique et dans la critique en général (3), que la convenance, utilisée, à défaut de la première dans les mêmes ordres de recherches (4), ou que l’analogie employée partout (5), trois procédés qui permettent d'établir des séries de faits.
En dehors de ces applications, on peut cependanttrouver dans les œuvres historiques de Leibniz des énonciations directement inspirées par la loi de continuité. Les plus générales sont assez rares. Il dit, par exemple, que l’histoire du moyen âge est nécessaire pour connaître la suite des événements de l’antiquité à la période moderne (6) et que,