Pour désigner Leïbniz lui-même. HArNacx, t. I, p
5. « Welchen aber Gott zugleich verstand und macht in hohen Grad gegeben, dies sind die helden so Gott zu ausführung seines willens als principaliste instrumenta geschaffen ». KLopp, t. I, p. 115-6 (Foücner pe Cargis, t. VII, p- 36-37). C£. Lévy-BRÔHL, p. 25.
sont naturellement rares : ee sont, ou les rois sages qui ont apporté quelque chose au genre humain, en eultivant les premiers les arts, l’agriculture, l'astronomie, les belles lettres, comme Fohi, Zoroastre ou Atlante (1), Osiris, Hermès et Cadmus, la reine Artémise, les rois Lysimaque, Gentius et Mithridate (2); les législateurs comme Moïse, Orphée, Thésée, Lycurgue, Solon, Déjocès, Numa, Auguste: les divers fondateurs de royaumes ou de républiques, comme André Dandolo à Venise et André Doria à Gênes: les protecteurs des lettres et des sciences, Ptolémée Philadelphe, Almanzor, l'Empereur Frédérie 11, Alphonse de Castille, Léon X et François Ier, Pierre le Grand; les princes puis- Sants qui ont développé le commerce ou augmenté les ressources de leurs Etats, comme Ferdinand d'Aragon, Emmanuelde Portugal, Henri VIII d'Angleterre, Gustave-Adolphe et Louis XIV (3) ; les grands inventeurs et les grands philosophes, comme Pythagore, Démocrite, Platon, Aristote, Copernic, Galilée, Bacon et Descartes (4); les grands administrateurs, comme Ximénès, sans doute Richelieu et Colbert (5); les grands capitaines tels qu’Alexandre, César ou Charlemagne, hommes dont le génie ou la fortune a été cause de grands changements sur la terre (6). Parfois, plusieurs de ces grands hommes apparaissent à la fois en un
1. Cependant Leibniz déclare ces deux derniers « magis fabulis quam historicis notos ». Miscell. Berol., préf. HARNACK, t. I, p. 162.
2. Is ont donné leur nom à l’armoise, à la lysimaque et à la gentiane. Leibniz cite encore Mithridate, Juba, Gentius « à qui nous sommes redevables de quelques médicaments », dans la lettre sur la manière de perfectionner la Médecine citée plus haut p. 350, n. 4.
3. De eo quod Franciæ interest, s. d. (fin de 1671). KLopp, t. I, p. 17.
4. Notes sur Descartes s. d. Korru., t. LIL, p. 395 (Durens, t. V, p. 396).
5. « Nova vita magni Cardinalis Ximenïi, quem Richelius sibi tanquam exemplar proposuerat, quod sequeretur, in Gallia editur. Talem Ximenium hodie Hispania unius Regni jactura redimere deberet, si magni Viri in foro præstarent. » Lettre à Magliabechi, 11 juin 1692. Æpistolæ, p. 140 (Durews, t. V, p. 100). Ce mot, qu’on a souvent répété, rappelle celui que Pierre le Grand devait prononcer devant le tombeau de Richelieu. ë
6. « Constat... unius hominis ingenium aut fortunam potuisse causam esse mutationum magnarum in orbe terrarum, ut patetin Alexandro M., in Gæsare. Pone Alexandrum M. non fuisse imbutum scientia militari, Cæsarem non velocem, totius orbis alia, quàm nunc est, facies foret. » Leibnitiana, $ xcIx. FELLER, p. 188 (DuTens, t. VI, p. 314).
même pays : la prépondérance politique entraine souvent la supériorité dans les lettres et dans les sciences; e’est ce qui est arrivé chez les Romains du temps d’Auguste, chez les éalifes arabes et pour la France sous Louis XIV (1).
Telle est la philosophie de lhistoire a priori; la philosophie a posteriori est moins facile à dégager. Jamais Leibniz n’a songé à réunir en un système l’ensemble de ses grandes idées historiques : nous devons les rechercher dans ses différentes œuvres, principalement sa correspondance, ses opuseules scientifiques et politiques, les projets ou les préfaces de ses ouvrages historiques beaucoup plus que dans ceux-ci mêmes.
Pour Leibniz, le système solaire répondait à l'harmonie préétablie (2); la terre était de même nature que les autres planètes et provenait, comme elles, d’une ancienne étoile fixe (3) : il croyait y voir un fragment détaché du soleil; c'est ce qui explique sa révolution autour de cet astre (4), révolution qui encore aujourd’hui produit les vents (5), et son histoire primitive. La terre à été, en efet, d’abord
1. Leibniz écrivant à Larroque (corr., fol. 3-4), le 21 juillet 1691, à propos de la supériorité de la France « dans les sciences »et « dans les affaires politiques: souvent ces deux choses vont de compagnie. Le siecle d'Auguste et les califes Arabes en rendent temoignage. » Cf. « Pour Leibniz il y a une relation intime entre la grandeur litteraire et la grandeur politique des peuples. » GRUCKER,
2. Lettre à Bourguet citée plus haut, p. 674, n. 7. Sur le système des planètes et la cause de leurs révolutions, v. lettre à Foucher s. d. (1688). GEuHr., Phil, t. I, p. 396 (Krorp», t. V, p. 402 et Foucuer pe CareiL, Leitres, p. 63).
3. « Autor arbitratur, globum terræ multo majores passum mutationes quam quisquam facile suspicatur. Et primum materiæ ejus partem maximam igne flagrasse conjicit, in illo præsertin Mosaico generali lucis et tenebrarum divortio. Et sic interpretandum, quod quidem putant, opaca corpora seu planetas (quorum in numero hanc terram esse verisimillimum habent) ex fixis seu lucidis factos, maculis scilicet velut crusta post deflagrationem obductos. » AA. BE. de janvier 1693, p. 41.
4. «Je panche.. assez vers le sentiment de Mr. Descartes, qui juge que nôtre terre a été autrefois une étoile fixe; ou vers celui de mon crû, qu’elle pourroit avoir été une piéce fondue ou grande macule jettée hors du Soleil, ou elle tâche toujours de retomber. » Lettre à Bourguit, 22 mars 1714. Geur., t. III, p. 566 (Durens, t. VI, p. 214).
5. L'origine des vents vient en partie du mouvement de la terre et de celuy de la lumiere, de la chaleur du soleil sur la terre, et meme en partie de la lune, » Lettre à des Billettes, 4/14 décembre 1696. In:,t.VII, p. 253.
en fusion (1) «et e’est alors que les mineraux qui se decouvrent aujourd'hui, et qu’on peut imiter dans nos fourneaux ont été formés. Les rochers qui sont pour ainsi dire les ossemens de la terre, sont des scoriæ ou vitrifications de cette anéienne fusion; le sable n’est que du verre de cette vitrification pulvérisé par le mouvement. L'eau de la mer est comme un Oleum per deliquium, fait par le refroidissement après la calcination..….. Cette eau a couvert un jour tout le Globe, et y à causé bien des changemens avant même le déluge de Noë (2) ». Une fois refroidie, la terre s’est ouverte successivement de végétaux et d'animaux, d’abord marins, plus tard terrestres, très différents de ceux qui existent aujourd’hui (3). Ce n’est que beaucoup plus tard que l’homme à apparu sur la terre, plus tard encore qu’il a rapporté son histoire (4); mais on peut reconstituer en gros ses origines grâce à la Bible et surtout aux langues (5).
1. Il écrivait à Thévenot (corr., fol. 20), le 10 août 1691, à propos de Malpighi : « J’ay parlé avec luy sur un soubçon que Jay, que le globe de la terre pourroit avoir esté en estat de fusion au commencement lorsque la lumiere se séparait des ténèbres ». Cité par BopeMANN, p. 335. Sur cette séparation, conforme au texte de la Genèse, v. Protogæa, $ tr. Durens, t. II, part. 2, p. 202 et AA. EE. cités, p. 42.
2. Lettre à Bourguet. GExr., p. 566-7 (Durens, p. 213-4). Cf. suite de la lettre à Thévenot citée : « que la base de ce grand corps... seroit une espèce de vitrification ou en partie terra coacta, que la mer seroit genus liquoris quem chymici vocant oleum per deliquium, lorsqu’apres la refrigeration de la masse fondue les vapeurs se recondensant et lavant la surface de cette masse ont formé une eau qui s’est chargée des sels fixés de la combustion c’est-à-dire de sel marin. Depuis les ruines des cavités, les inondations, les sedimens ont extremement changé la face des choses.» Le début seulement dans Bone- MANN, L. ©. CÎ. Protogæa,S 1v-vr. Durens, p. 203-6. « Au lieu de croire que la mer est salée par des rochers de sel dissouts. ma conjecture est que la mer est une lessive de sels qui sont restés d’un ancien incendie de la surface du globe de la terre. » Observations du 4 octobre 1706 sur une lettre de Hartsoecker. GenR.,.t. III, p. 491. Cf. lettres à Bussing, 24 décembre 1696. FELLER, p. 30 (Durens, t. V, p. 549); à Bierling, 14 janvier 1712. Genr., t. VII, p. 503 (Durens, p. 377); à Ch.-M. Spencer s. d. (16 octobre 1707). Miscell. Berol., t. I, p. 118-20 (Durens, t. II, part. 2, p. 176-7).
3. Protogæa, $ 45-48 et 18-35. Durens, t. II, part. 2, pp. 237-40 et 214-30.
4. «Nos porrigendæ in immensum æternitatis exiguam partem novimus, quantulum enim est memoria aliquot millenorum annorum, quam nobis historia tradit. » De rerum originatione radicali, 23 novembre 1697. Gexr., t. VII, p. 306.