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CONCLUSION

11 est niainlenant possible de dégager des approxiinatioDS précédentes non pas une conclusion générale, qui risquerait d'être schématique, mais plusieurs conclusions très précises, et que l'on poserait comme des thèmes ii développer ou à discuter plutôt que comme des formules arrêtées :

I. Les idées mystiques de Leibniz dérivent de sa conception de la substance. Il approuvait dans la doctrine de Fénelon et dans les divers mysticismes l'eiïort susceptible de nous arracher aux extériorités. Mais il n'admettait pas la suppression de l'action et de la volonté. « Il est impossible qu'une substance cesse d'agir. » Or, quelle action Leibniz désigne-t-il ? Non l'action banale et spatiale : « L'esprit iiagit jamais mieux que lorsque les sens extérieurs se taisent. C'est là le silence et le repos que les Sages Mystiques demandent, sans vouloir que l'esprit même s'ensevelisse dans une profonde léthargie. Taulerus, Rusbrockius, Valentinus, Weigelius, et

d'autres Mystiques tant Catholiques que Protestants parlent souvent d'une résignation ou anéantissement, eiiier Gelassenheit. Mais je crois qu'ils l'entendent comme je viens d'expliquer (1) ».

II. Le leibnizianisme est une métaphysique de la vie intérieure. Nous devons nous ployer incessamment sur nous-mêmes, mais non pour demeurer en une passivité. En analysant quelque chose de l'intériorité de notre substance, nous atteignons la source de notre activité. Toute substance agit sans cesse; et l'origine de son activité est en elle-même. La pensée et l'action se trouvent dès lors confondues et vivifiées l'une par l'autre. Nulle action réelle qui ne soit issue d'initiatives intérieures. Nulle influence possible sur autrui qui n'appelle à la lumière des originalités déjà enveloppées.

Dès lors un effort, pourtant figuré dans l'espace, extrait une valeur métaphysique de la source intérieure d'où il jaillit. C'est ^individualisme monadique qui sauve /' u action » leibnizienne de toute analogie avec les notions utilitaires. Nul contre-sens, à vrai dire, ne saurait être plus grave. VA confondre le « Bien général » leibnizien avec le « Bien général » des Utilitaires, c'est anéantir toute l'intuition de la substance.

m. L'action n'est pas seulement l'expression mystique et métaphysique de nos puissances intérieures; elle est aussi imitation de l'action universelle et infinie. Nous saisissons de plus en plus un Dieu qui a<jit. Dieu est le Bien universel ; il se donne inces-

(1) UoMMiL, II, 132, non souligné par Leibniz.

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samment à l'univers. Il est architecte, monarque et seigneur. La réalisation humaine du Bien général est métaphijsiquement soutenue et animée par la réalisation divine du Bien universel.

Oublier ou méconnaître ces deux sources essentielles de l'action leibnizienne : l'originalité irréductible de la substance, et l'imitation de l'action divine, c'est substituer à une métaphysique de l'action une théorie tout extérieure et verbale.

IV. Mais cette action même n'est possible que si nous nous sommes tendus vers Dieu. Or, selon quel rythme nous tendrons-nous vers lui? Toutes les intuitions se réunissent ici en une vivante synthèse. Construction logique, méditations mystiques, découvertes biologiques, physiques ou mathématiques. Plus on connaît la nature et les vérités solides des sciences réelles, plus on est capable d'aimer Dieu véritablement. Certes, Jésus-Christ ne nous a pas dit que des sciences profondes fussent indispensables à l'amour de Dieu. Mais l'amour est aussi une connaissance (1). On ne peut nier qu'un saint Augustin ait su décrire le véritable amour de Dieu. Pourtant il ne voyait dans l'univers que quelques sphères cristallines (2). Le Sage, réfugié dans un ermitage de la Suisse, penché vers l'humble réalité, entouré d'instruments mystérieux, « adepte » et botaniste, philosophe et mathématicien, est vraiment Leibniz lui-même (3).

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