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LES OBSTACLES

L'Autorité de l'Eglise.

Extrait dune lettre inédile nu LniKhjrave de

Ilcsscn-Ith einfeh

r*» '.lOS-aG/i.

...Ou(»l (ju'on dise (le rautt)rilé do 1 Eglise, il faut loiijdiiis \ciiir ;iii juge en dernier ressori, (pii est

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le dictamen de la conscience, ou ce que M. Claude appelle le Rayon. Car il faut premièrement s'assurer en conscience de l'autorité et de la révélation divine de l'Eglise. C'est pourquoi, à mon avis, les Catlioli(jucs et les Protestants ne sont pas dilï'érents dans le premier principe, mais dans le principe suljalterne ; car les uns se servent du dictamen de leur conscieiKîe pour établir l'autorité de l'Ej^lise afin de pouvoir plus aisément venir à bout du reste ; les autres, ne trouvant pas cette autorité, s'attachent à l'examen des matières par la Sainte Ecriture. L'autorité de l'Eglise est sujette à bien des difficultés, car il s'agit de savoir si le Pape ou même un (Concile général est infaillible, et si on doit croire absolument ce (ju'il décide quand même il déiinirait un dogme inconnu à toute antiquité. Mais aussi, si on refuse cette autorité à l'Eglise moderne, et réduit tout à la tradition des premiers siècles, voilà donc le juge visible des controverses disparu, et nous voilà obligés à la discussion de plusieurs faits d'histoire, (jui sont extrêmement emliarrassés et bien plus difficiles que la lecture de la Sainte Ecriture toute pure. Outre qu'on a lieu de douter à quel nombre des siècles de la première Eglise il se faut tenir... Voilà donc bien des difficultés, de quel côté (ju'on se tourne ; si M. Nicole les a bien éclairlies (comme en effet il est très habile homme), l'ouvrage vaudra son pesant d'or. Quant aux simples, il est constant qu'ils ne sauraient venir à la discussion des matières et qu'ils croient sur la foi de leur curé et sur quelques apparences qui leur frappent les yeux. Mais n'importe, c'est assez qu'ils aient la

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vérité, quoiqu'ils ne puissent point en rendre raison valable. Que si pour retenir un ju<^e visible des controverses on donne l'autorité à l'Eglise moderne, il faut approuver bien des pratiques qui ne sont guère excusables ; on pourrait peut-être se retrancher aux seuls Conciles, disant que la Providence divine ne permettra pas qu'un Concile général et légitime se trompe ; mais pour ne pas venir aux instances, il est difficile de prouver une telle proposition, puisque cette infaillibilité n'est pas absolument néce«saire ; suffit que Dieu ne permette point qu'un Concile Général légitime définisse (juelque erreur contraire au fondement de la foi. Mais, si les Conciles définissent des choses qui ne sont pas nécessaires, je ne vois pas pourquoi ils ne se puissenttromper ; par exemple en disant que le divorce oh ndulterium ne saurait être permis ; en voulant (ju'on croie quelques faits, par exemple que l'Aj^ocalypse est de saint Jean l'Kvangéliste ; en défendant, sous peine d'anathème, de déclarer les mariages faits sine consonsu parontum invalides, et autres choses semblables. Et le mal est (|ue les mêmes Conciles imposent à tous la nécessité de croire ces articles suh pœna anathematia^ ce qui rend la réunion impossible à bien des gens si on exige leur consoiitcmenl. (^ar il n'est j)as en notre pouvoir de changer d'opinion, dont on croit avoir des Ixjnnes raisons, à moins (pie d'en a|)pi(Midie des |)lus fortes. C'est j)our(]uoi j'approuve fort le dessein de l'Iilvêipie de Thina, suivant lerjuel le (ùoncile de Trente demeurerait en suspens ù l'égard des Protestants, lundis que ceux-ci doutent s'il est légitime. Ce qui.

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étant une question de fait, n'est pas essentiel à la foi, et ne suffit pas h les exclure de l'Eglise, quand ils sont prêts d'ailleurs î\ faire ce qui dépend d'eux pour l'extinction du schisme.

. . .La question de l'autorité du Pape est très importante sans doute, et touche les principes des Catholiques. S'il m'était permis de dire mon sentiment, je crois qu'on doit à ceux qui représentent l'Ej^lise tout autant d'obéissance, et même plus, dans les matières directement ou indirectement spirituelles, qu'on en doit aux princes dans les matières temporelles. Et quoique je doute de leur infaillibilité, je ne doute point de leur autorité, et je crois (pi'on ne saurait la mépriser sans péché. Je n'entre pas dans la discussion si la juridiction du Pape est explicitement de droit divin ; suffit que la Hiérarchie ecclésiastique en {général est sans doute, et qu'il faut la respecter sous l'état ou forme où elle se trouve. C'est poui({uoi je n'ai jamais approuvé ce (ju'on fait en France à l'éji^ard de la réj^ale. Une personne de considération, familièrement connue de M. le Cardinal d'Estrées, me voulant engager à la discussion de cette matière, je témoignai et répondis dans ma lettre ([ue je ne croyais pas de pouvoir rien dire làdessus qui fût agréable.

...V. A. remarque fort bien la même chose que je viens de dire ci-dessus, savoir qu'il est très difficile qu'un homme docte, qui se croit persuadé par bonnes raisons, puisse changer son sentiment (par exemple touchant les deux princes des Apôtres, touchant la gn\ce et autres matières dont V, A. parle), quelque déférence qu'il témoigne d'avoir pour

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l'autorité ; car..., il s'agit encore de savoir ce qu'on doit entendre proprement par l'Ejjflise, et même j'ajouterais qu'on n'a pas encore déiini jusqu'où va son autorité dans les articles qui ne sont pas de l'essence de la foi. Par exemple, le Concile de Trente n'est pas encore reçu absolument et sans distinction en France, ni même en Allemagne, dans le diocèse de Mayence et ailleurs.

... Il yen a beaucoup parmi les Protestants, particulièrement les disciples de feu M. Calixte, qui joignent la tradition à l'Ecriture sainte. Au reste... dans toutes les sectes ou Eglises, la plupart des hommes sont de quelque religion plutôt par éducation, par coutume ou par exemple, que par un choix. Et même les Turcs et les Juifs ont de grands préjugés et apparences, qui suivant l'assiette de leur esprit sont très fortes et dont ils ont de la peine à se défaire. Quant aux enfants des Huguenots de France, il est sans doute ridicule que la Cour leur veut donner le choix de religion à l'âge de sept ans ; mais comme on se croit en droit de les enlever tout à fait, on aime mieux d'user de ces couleurs que de venir aux violences ouvertes.

... La simpUcité du culte n'est pas toujours une marcjue de la pureté. Pour moi, je reconnais (pi'il faut exciter l'attention des hommes par cpielcpuî cliose de sensible, pourvu (pie cela ne détourne point l'esprit (dont la capacité est bientôt renq)he par des imagos qui viennent des sens) de cette a(K)rution en esj»rit et en vérité (jue Dieu demande (1).

(i) Celle idée osl poul âlre coaformo à la philosophie Icibiii-

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C'est pourquoi les Images, les Histoires, les Hymnes et la Musiqvie, les paroles et expressions qui nous font concevoir fortement les perfections de Dieu, sa grandeur, sa justice et bonté envers nous ; qui nous font détester le péché et qui tournent notre esprit vers le bien, sont d'un usage admirable. Mais il ne faut pas se laisser donner le change en s'attachant par là aux créatures et aux formalités, ce qui n'est que trop ordinaire...

Extrait d'une lettre inédite au Landgrave de Hessen-Rheinfels.

F" j8i, 17/37 mars iG85.

L'Eglise romaine a des avantages, mais celle des Protestants en a aussi et V. A. S. les a fort bien compris. Un des grands avantages des Protestants est qu'ils n'enseignent point d'articles de foi que ceux que l'Eglise romaine enseigne aussi. Mais comme l'Eglise romaine en ajoute d'autres, c'est à elle de les prouver, et à cet égard, la présomption est pour les Protestants.

Et comme les points qu'elle ajoute ont souvent quelque chose de dangereux, s'ils étaient faux, les simples d'entre les Protestants ont sujet d'y être d'autant moins portés. Il est constant aussi qu'un

zicnne la plus profonde. L'expérience, — ici les cérémonies religieuses, « les images, les hymnes et la musique », — développe et fait surgir les originalités enfouies. On retrouve la doctrine des Nouveaux Essais, appliquée à révolution de la conscience religieuse.

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homme de bon sens et sans prévention, qui se voudrait former une religion par la Sainte Ecriture toute seule sans avoir égard ni. aux traditions, ni aux autorités, la ferait sans doute plutôt à la Protestante qu'à la Romaine.

Extrait cViinc lettre inédite au Landgrave, de Hcssen-Rheinfels (1685).

Fo 37C.

J'étais extrêmement touché de voir qu'il semblait que V. A. S. m'attribuait des sentiments que je serais bien fâché d'avoir, en s'imaginant que j'étais éloigné de la communion de l'Eglise catholique romaine par une incrédulité sur bien des points que les Protestants même accordent et (jui, Dieu merci, (ce sont ses termes) sont hors de controverse : Ce (|ui m'aurait })u faire soupçonner de déisme ou au moins de socinianisme par ceux qui auraient vu la lettre de V. A. S....

...Cependant, j'étais bien assuré de n'avoir jamais rien dit ni écrit qui aurait pu obliger V. A. S. de former de moi de tels jugements...

...Mais V. A. ignorait sans doute (jue je ne suis pas si éloigné des principes de l'I^^glise calholicpuî qu'ellc pense. Aussi les choses que j'avais dites... en faveur de la méthode de M. l'iùèfjue de Neustadt (que je tiens en eil'et très raisonnable, approuvée de savants tliéologiens des deux cAtés, et pres(pie seule propre à ivcoiuilier les gens avec l'Eglise sans disjmtes, sans dragons et sans i)ea-

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sîons, lors même qu'on pose les deux partis éf^alement puissants et considérables, pourvu que de part et d'autre on soit sincèrement porté à l'unité), ne venaient que d'un amour véritable de la réunion des Chrétiens à l'Ej^lisc catliolique.

Eglise et Ecriture.

ExI.raU iVunehltre inédite à Jicihsc/icnberg (iW2)

Fo ly.

...Je remarque cependant ([ue nous n'avançons en lien et sommes plus éloignés que janiaLs, puisque vous allez jusqu'à préférer le Socinianisme au Protestantisme. Seriez-vous donc d'avis. Monsieur, (ju On accordât aux Sociniens la liberté de ivlij;;^ion dans l'Empire plutôt qu'aux Protestants. Je ne suis point pour les amusements en matière de relij^ionet je ne voudrais pas <(ue les coninmnications là-dessus fussent sans fruit ; autrement, c'est ne pas Imiter les choses divines avec assez de respect. Je n'ai point dit ((ue l'Ej^lise est un simple témoin sans caractère de juj^e, mais j'ai dit <(ue pour éviter le cercle en prouvant l'Ecriture par l'Eglise et ri^^lise par l'Ecriture, il faut observer que l'Ej^lise se doit prendre en deux sens dill'érents : Elle sert naturellement comme témoin à justifier par écrits et traditions les faits de l'antiijuité... mais le fiiit de l'autorité de l'Ecriture étant ét;d)li, on peut s'en servir par après pour tâcher de prouver que l'Eglise a reçu de Dieu quelque autorité surnaturelle. Ainsi,

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j'ai tâché de vous aider à débrouiller un chaos et je vous laisse juger, Monsieur, combien les communications deviennent inutiles et même dommageables quand on n'a pas assez d'attention pour bien prendre le sens des gens,

...J'accorde que les Assemblées publiques des fidèles ont une grande présomption pour elles et qu'il ne faut point s'en départir légèrement. Et quant aux Conciles véritablement œcuméniques, j'ai de l'inclination à croire que Dieu les préservera de toute erreur contraire aux vérités salutaires... Puisqu'on demeure d'accord que par un acte de contrition on se peut sauver, même hors de Votre Eglise, je ne demande pas davantage, et c'est tout ce que je veux en disant que c'est un dogme reçu dans votre Eglise même, qu'on se peut sauver hors de sa comnmnion. En elTet, tout homme qui exerce la contrition, ne peut être (pi'hérétique matériel. Vous répondez, Monsieur, qu'un acte de la véritable contrition est un miracle de la grâce et une voie tout à fait extraordinaire. Mais cela me fait juger qu'on n'a pas coutume d'avoir des idées assez distinctes d'un acte que bien des personnes .savantes et pieuses croient fout à fait nécessaire pour le salut : Il ne faut pour la contrition qu'une intention véritablement sincère qui vient de la connaissance de la souveraine perfection de Dieu, et du vrai bien en lui. Aussi l'amour de Dieu sur toutes choses revient ci cela (1). J'accorde (|ue la conlrovorse du

(i) La rloclrino do Loibniz sur les pclitca perceptions ot sur la vie RubcoiiBcionlo l'oidc conNlumniciil i\ n'soudre les prolilômos rolatifA h i'ânio religicuHc.

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Canon des Livres en elle-même n'est pas de si grande conséquence, mais l'entreprise des Tridentins d'anathématiser pour cela les Protestants rend ce point important, car il met un obstacle invincible à l'union avec ceux qui prétendent qu'on reconnaisse l'infaillibilité de ce Concile... Ilya autant de différents systèmes dans votre Eglise que dans la nôtre, témoin'la différente Analyse de la Foi des Jésuites comme Grégorius de Valentia et des Sorbonistes comme Holden... (1). Selon moi, peu d'expressions exactes et précises suffisent. En pesant les miennes, on trouvera que j'ai tâché ordinairement de prévenir les objections.

Da choix d'une méthode dans la controverse.

Extrait d^une lettre inédite à lieuschenberif.

F" a3. 37 septembre 170a.

. . . Pour ce qui est de nos petites contestations sur la controverse, il faut éviter deux choses : l'une de retourner toujours aux mêmes raisons sans répliquer aux réponses qu'on y a faites ; l'autre, de raisonner comme les sceptiques qui combattent toutes les opinions sous prétexte que chacun veut avoir raison, comme s'il ne fallait pas venir à la discussion, pour juger lequel a raison effectivement.

(i) Voir là-dessus Ei.ltes nu Pin. — Ilolden soutenait avec r.eibniz qu'un Concile n'est œcuménique que s'il est exactement représentatif. Il ajoutait que le C^oncilo général a deux fins : l'union et la vérité, — la première, pour éviter le schisme, la seconde, pour éviter l'hérésie (Du Pin, II, 161).

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Ainsi, ce n'est pas satisfaire à celui qui allègue des preuves pour soutenir que le Concile de Trente est de bas aloi, que de lui apprendre qu'Arius en disait autant de celui de Nicée et Macédonius de celui de Constantinople ; car il faut venir au fait : autrement le plus méchant conciliabule pourrait être soutenu par la même voie...

...J'ai soin de répondre aux raisons ou aux passages (|ui sont décisifs et tiennent lieu de raison. Mais j'avoue que je ne m'arrête pas beaucoup ordinairement à quelque passage d'un Père, quand il ne s'agit pas des faits de son temps, i\ moins ([uc ce Père n'allègue de bonnes preuves, plus encore. On trouve une infinité de passages contraires entre eux et outrés chez les Pères. Ainsi j'avoue de n'avoir point fait trop d'attention à ces deux de saint Augustin, que vous avez allégués, Monsieur, et dont vous me faites souvenir. Il est A'rai que je ne me souviens que d'un seul (n'ayant pas à la main vos lettres précédentes), (jui dit qu'il faudrait être insolent jus(pi'à la fureur [insolentissinia insania est) pour s'opposer à toute ri'^glise. Cependant, quehjue forte que soit l'expression de ce Père, je ne crois point qu'elle soit exacte. Quand toute l'I^^glise se serait soulevée ou se soulèverait contre Copernic ou Galilée, elle aurait tort. Un homme exact, (|ui fait des recherches avec soin, est plus croyable (jue tout un nu)nde d'ignorants ou de gens (|ui ne traitent (pie superlicitîili'inent des malières <linii'lh*s. l^lt si (pu'hpi'iui répond que la (juestion du système de Copernic n'est pas du ressort de l'h^glise, je répli<pierai qu'une infinité d'autres quosticms, qu'on veut laii i-

L UNION RKLIGIBUSB

décider à l'Eglise, ne sont guère moins philosophiques et de fait ou historiques, et par conscHpient non sujettes k de telles décisions...

Vous dites... que l'Eglise a accoutumé de tout temps de prononcer des décisions sous anathème ; je l'avoue, mais il ne faut pas que ces décisions regardent des objets où l'Eglise n'a point de juridiction, ni soient contraires à ce rpii a été cru généralement dans l'ancienne Eglise... Il est impossible de bien examiner les choses quand on passe les raisons ou exceptions d'autrui, en revenant toujours au commencement et à ce qui a été dit d'abord, sans s'arrêter aux réponses ; c'est le moyen de ne jamais avancer. La vraie méthode serait de répondre aux réj)onses, et aux réponses données, juscju'à tant qu'on n'ait plus rien à dire, sans retourner à ce ([ui a été déjà discuté dans cette même dispute. Gela demande de l'application, je l'avoue... Mais ordinairement, on cherche plutôt le plaisir de la conférence (|ue la découverte de la vérité. Et même, le plus souvent, on est trop distrait pour se pouvoir engager à une telle exactitude...

...Si les controTersistes avaient eu cette méthode et ce soin, les nouveaux écrivains n'auraient point lîosoin de recommencer ah ovo, et il sulïirait de poursuivre le fil de leurs prédécesseurs. Et par ce moyen, on finirait assurément, soit en découvrant la vérité, soit en parvenant à des endroits où l'un et l'autre soient obligés d'avouer qu'il n'y a rien de sûr. Et même en ce cas, on pourrait toujours déterminer méthodiquement le(|uel des deux a pour lui les plus grandes apparences... Il semble

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étrange que Dieu ayant donné ainsi aux hommes un moyen certain de sortir des disputes et des controverses qui leur causent tant de maux, ils ne s'en servent point. Mais c'est que les hommes ordinairement ont tout autre hut que celui d'apprendre et d'éclaircir la vérité. Ainsi Dieu les punit de leur peu de bonne intention par les malheurs où ils s'abandonnent en méprisant sa voix qui les appelle à la vérité... C'est une grande source de nos maux, non seulement dans la religion, mais encore à l'égard de la santé et de la vie civile, et cela va si loin qu'il y a des poètes... qui se font un plaisir et un mérite de déclamer contre la raison comme si c'était un- pédant importun. C'est en elîet déclamer contre Dieu et la vérité. Car qu'estce que la raison, que l'enchaînement des vérités? Et il est de l'essence de Dieu d'être la source des vérités. Ainsi, après avoir fait notre devoir pour acquérir et exercer la vertu et ce qui est nécessaire pour notre subsistance, l'exacte recherche de la vérité devrait être notre plus grand soin... Les gens sérieux ne pensent ordinairement qu'à la fortune ; c'est-à-dire qu'il n'y a que l'ambition et l'avarice qui les fait agir. Et les gens sans affaires ne cherchent que les bagatelles. C'est ce qu'ils api^olUMit se divertir. Et c'est véritablement se divertir, c'est-àdire se détourner du vrai chemin et du devoir. Cet éloignement qu'on a de la vérité marque mie crainte secrète des hommes mondains qui leur fait appréhender (jue si on savait la vérité des choses, (tu les trouverait désagréal)les et ([u'aiiisi il vaut mieux n'en rien savoir. Cv (pii est une incrédulité

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et en quelque favori une impiété dans le fond, car cela suppose ou (|u'il n'y a point de Dieu, ou qu'il manque de bonté.

Catholiques et schismatiques.

Extrait iViinc lettre à M"'" de Brinon.

i6 juillet iGiji. F. de Careil, I, a3j-6.

Vous avez raison. Madame, de me juger catholique dans le cœur; je le suis même ouvertement : car il n'y a que l'opiniâtreté qui fasse l'hérétique ; et c'est de quoi, grâce à Dieu, ma conscience ne m'accuse point. L'essence de la catholicité n'est pas de communier extérieurement avec Rome ; autremont, ceux (|ui sont excommuniés injustement cesseraient d'être catholi(|ues malgré eux, et sans qu'il y eût de leur faute. La communion vraie et essentielle, qui fait que nous sommes du corps de Jésus-Christ, est la charité. Tous ceux (pii entretiennent le .schisme i)ar leur faute, en mettant des obstacles à la réconciliation, contraires à la charité, sont véritablement des schismatiques : au lieu que ceux qui sont prêts à faire tout ce qui se peut pour entretenir encore la communion extérieure, sont catholi(jues en eifet.

g Un projet de synthèse « réelle ».

Ext mit iVune lettre à M"^" de Brinon.

Septembre 1698 F. de Careil, I, 5o6,

Vous avez raison de dire que, de la manière dont nous nous y prenons, il semble que les Catholiques

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deviendraient aussi tous protestants, et que les Protestants deviendraient catholiques. C'est ce (\uv nous prétendions aussi. 11 en viendra un mixte, s'il plaît à Dieu, qui aura tout ce que vous reconnaissez de bon en nous et tout ce que nous reconnaissons de bon en vous. Car je crois qu'à moins de vous vouloir cacher votre sentiment à vous-même, vous reconnaîtrez qu'en matière de culte vous ne trouvez pas parmi les nôtres les abus dont les personnes raisonnables même de votre parti se plaignent chez vous. Il y a longtemps que j'ai dit que lorsqu'on aura fait tous les protestants catholiques, on trouvera que les catholiques seront devenus protestants.

Une justification d'attltade.

Extrait iVune lettre à i^i'"" de Drinon.

18/38 février iCqd F. de Careil, II, 8/1-7.

... Il semble, Madame, que vous m'accusez de peu de zèle. Plût à Dieu que j'eusse des lumières et des forces proportionnées à ma bonne volonté ! Croyez-moi, je vous en supplie, quand je vous dis fjue je suis extrêmement éloigné de me faire \in jeu d'esprit de ces importantes matières. \'ous m'exhortez de ne songer à rien, un mois durant, (|uà l'examen de ma religion. Mais (pi'est-ce (pi'un mois. Madame, au prix de tant d'années que j y ai enq)loyées depuis l'Age de vingt-deux ans ?...

Je suis bien éloigné de l'indilférence des religions dont vous m'accusez, Madame... Vous dites

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que la vérité ne se partage point. Nous nous trompons (dites-vous, Madame), ou vous vous trompez. Ce que vous dites est vrai lorsqu'il s'aj^it d'une certaine vérité ou cjuestion précise ; mais lors(|u'on parle en général, il se peut (pie l'un se trompe dans l'un, et l'autre dans l'autre... La question n'est pas si l'on ne se trompe jamais, mais la (juestion est si l'erreur est damuable et accompagnée d'opiniâtreté. Je puis dire que ce n'est pas mon caractère de ne vouloir jamais avoir tort ; j'ai pris plaisir de mo rétracter j)ubliquement quand j'ai obtenu de plus grandes lumières. Et pour ce qui est de l'esprit philosophe dont votre ami vous a dit qu'on doit se défaire, c'est comme si (piel(|u'un disait cpi'on doit se défaire de l'amour de la vérité : car la philosophie ne veut dire que cela. Il a peut-être entendu une philosophie de secte, mais je suis très éloigné de cette manière de philosopher ; car c'est proprement être dans une secte, (juand on donne trop à l'autorité des hommes et à la cabale d'un certain parti (1). ■

Extrait de deux lettres inédites à A/'"" de Brinon.

Lettre inédite â M°"^ de Brinon.

Théologie XIX, P> 553-53. 7/17 avril i6f)a.

... Ce n'est pas avec l'Eglise que les protestants croient d'être en dispute, mais avec les Eglises de France, d'Espagne et d'Italie, qui n'ont pas sujet

(i) Sur l'esprit do secte, cf. pins haut, p. i48, note i, et les textes cités ibid.

192 L*UNION RELIGIEUSE

de mépriser celles d'Allemagne, d'Angleterre, d'Ecosse, de Danemark et de Suède ; on se doit des égards de part et d'autre. On ne demande pas la réforme de tous les abus, mais de quelques-uns des plus reconnus... il ne s'agit pas d'un particulier, mais des nations entières.

... 11 n'est pas honteux à l'Eglise romaine d'exécuter ses propres ordres à la sollicitation ou occasion des protestants ; au contraire, cela lui servira pour mieux exciter la tiédeur de (|uel(|ues-uns de ses enfants... 11 faut des grandes causes pour déterminer les hommes à prendre des grandes résolutions... Chacun croit de bonne foi d'être dans le bon chemin, et les protestants appréhendent de trahir les intérêts de Dieu aussi bien que les autres... Je crois volontiers ce que vous dites, Madame, de la grande édification avec laquelle des personnes pieuses assistent au culte divin selon votre rite. Mais vous pouvez vous assurer (ju'il n'y a pas moins de dévotion chez les protestants... Cette accusation contre les pasteurs des protestants, comme s'ils trompaient leurs ouailles, est un peu forte. Des gens passionnés du parti protestant ont la même opinion des prêtres de Ih^glise romaine, et ils sont très portés à croire (|ue leur religion n'est que politique et intérêt ; tous ces .soupçons sont très injustes... Croyez-moi (ju'il y a beaucoup de personnes bien intentionnées, savantes, juiUcieuses parmi les protestants, qui, après avoir ki l'instoiii' de ce (|u'on aj)pelle le papisme, ne peuvent assez s'étonner qu'une personne de J)on sens et de l)onni' foi peut demeurer dans lu communion romaine, et

l'union rbligibusb 193

je les fâche souvent en combattant leur zèle trop emporté,. , Il y a des choses où les uns doivent apprendre des autres et cette obligation est réciproque. Li's préventions par lesrpielles nous nous mettons infiniment au-dessus des autres, à l'égard de Dieu et de la foi, sont souvent l'effet d'une secrète vanité... J'ai cru que le grand respect que je vous dois ne me doit point empêcher de vous parler avec cette sincérité chrétienne qui nous est commandée, . . On demeure d'accord que tous les chrétiens sont ol)ligés de faire des efforts pour être dans l'union ecclésiastique, et particulièrement avec la métropole du christianisme, qui est Rome ; mais il est vrai aussi que Rome peut. . . autoriser des conciles qui ne sont point œcuméniques, et qu'en exigeant des gens ce qu'ils ne peuvent acc(H-der, elle peut mettre obstacle à l'unité et se rendre coupable du schisme. Ainsi un des plus grands services qu'on peut rendre à ri'lglise est celui de disposer les esprits à faire chacun de son côté tout ce qui se peut pour lever le schisme malheureux, , . Vous savez, Madame, qu'il y a des personnes dans le monde ([ui sont comme lame des autres et qui tournent le genre humain à leur gré, lorstpie l'élévation de leur esprit est égale à celle de leur puissance. Ces personnes sont très rares ; mais lorsqu'il y en a, on se peut tout promettre de leur magnaniniité.

Lettre inédite à M™* de Brinon.

Théologie, XIX, fo 586, i3 juillet 169a.

... Je puis vous as.surer qu'il y a peu de gens qui lient plus d'éloignement que moi du schisme et de

194 l'union religieuse

l'erreur, ni qui ^ijnent davantage Ja paix et la vérité. Et comme il est en mon pouvoir de n'èti^e point schismatique, je crois d'avoir déjà satisfait à ce devoir en faisant tout ce qui dépend de moi pour contribuer à la paix de l'Eglise. Et s'il m'était aussi aisé de m'approcher de la vérité qu'il m'est aisé de m'éloigner de tout esprit de secte et d'hérésie, je serais exernpt de toute erreur.

Une interprétation positive de la Réforme. Eûp(rait d'une lettre à Bossiict.

i3 juillet 169a. l\ doCareil,!, 871,

... Rien ne saurait être })lus agréable [aux Protestants] que de voir cjue les sentiments qu'ils jugent ]es meilleurs soient approuvés jusque dans l'Eglise romaine.

Ils ont déjà ivinpli dos volumes de ce (pi'ils appellent cidalogues des témoins de la vérité, et ils ^^'appréhendent point (pi'on en infère l'inutilité de la Réforme.

Au contraire, rien ne sert davjintage à leur justification que les sulfrages de tant de bons auleuis, qui ont approuvé les sentimefits (ju'ils ont travaillé h faire revivre, lorsfpi'jls étaient connue étoulVés sous les épines d'une inlinité de bagatelles, cpii détoui-iiaieiit l'espril des lidèles de la solide vertu et do la véritable théologie,

lù-asme et tant il'autres oxcollents hommes, (pii n'aimaient point Luther, ont reconnu la nécessité

l'union relioibusb 195

qu'il y avait à ramener les gens à la doctrine de saint Paul, et ce n'était pas la matière, mais la l'orme, qui leur déplaisait dans Luther. Aujourd'hui (pie la bonne doctrine sur la justification est rétablie dans l'Eglise romaine, le malheur a voulu que d'autres abus se sont agrandis, et que, par les coniVaternités et seml)lables pratiques, (|uj ne sont pa^ trop approuvées à Rome même, mais qui n'ont que trop de cours dans l'usage public, le peuple lut détourné de cette adoration en esprit et en vérité, qui tait l'essence de la religion.

Le Conflit.

Extrait iViine lettre à Bossuet.

3 septembre 1700. F. de Careil, II, 378-80.

Vous avez raison de nie sommer d'examiner sérieusement devant Dieu s'il y a quelque bon moyen d'empêcher l'état de l'Eglise de devenir éternellement varial)le (1): mais je l'entends en supposant (|u'on peut, non pas changer ses décrets sur la foi et les reconnaître pour des erreurs, comme vous le prenez, mais suspendre ou'tenir pour suspendue la force de ses décisions, en certains cas et à certains égards ; en sorte que la suspension ait lieu, non pas

(i) Bossuet avait écrit le 1" juin 1700 (Coucher de Careil, ]I, 875) : « Permettez-moi de vous prier encore une fois... d'examiner... devant Dieu si vous avez quelque bon moyen d'empêcher l'Eglise de devenir éternellement variable, en présupposant qu'elle peut errer et changer ses décrets sur la foi. »

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entre ceux qui les croient émanés de l'Eglise, mais à l'égard d'autres, afin qu'on ne prononce point anathème contre ceux à qui, sur des raisons très apparentes, cela ne paraît point croyable, surtout lorsque plusieurs grandes nations sont dans ce cas, et qu'il est difficile de parvenir autrement à l'union sans des bouleversements qui entraînent, non seulement une terrible effusion de sang, mais encore la perte d'une infinité d'âmes.

Eh bien, Monseigneur, employez-y plutôt vousmême vos méditations et ce grand esprit dont Dieu vous a doué : rien ne le mérite mieux. A mon avis, le bon moyen d'empêcher les variations est tout trouvé chez vous, pourvu (|u'on le veuille employer mieux qu'on n'a fait, comme personne ne le peut faire mieux que vous-même. C'est qu'il faut être circonspect, et on ne saurait l'être trop, pour ne faire passer pour le jugement de l'h^glise (jue ce qui en a. les caractères indubitables; de pour qu'en recevant trop légèroniont certaines décisions on n'expose et on n'affaiblisse par là l'autorité de l'Eglise universelle, plus sans doute incomparablement (jue si on les rejetait comme non prononcées ; ce (jui ferait tout demeurer sauf et en son entier : d'où il est manifeste qu'il vaut mieux être trop réservé là-dessus que trop peu. Tôt ou tard la vérité se fora jour, ot il faut ci-aindro (|uo lorscpi'ou croira d'avoir tout gagné, (juand c'est par de mauvais moyens, on aura tout gâté et fîiit au christianisme même un tort difficile à réparer. Car il ne faut pas se dissimuler ce (juo tout le monde on Franco et ailleurs pense et dit sans se contraindre, tant

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dans les livres que dans le public. Ceux qui sont véritablement catholiques et chrétiens en doivent être touchés, et doivent encore souhaiter qu'on ménage extrêmement le nom et l'autorité de 1 E<jlise, en ne lui attribuant que des décisions bien avérées, afin que ce beau moyen qu'elle nous fournit d'apj)rendre la vérité j^arde sans falsification toute sa pureté et toute sa force...

Jugez vous-même, Monseigneur, je vous en con» jure, Ies(juels sont meilleurs catholiques, ou ceux (pii ont soin de la réputation solide et pureté de

I Eglise et de la conservation du christianisme, ou ceux qui en abandonnent l'honneur, pour maintenir, au péril de l'Kglise même et de tant de millions d'âmes, les thèses (pi'oii a épousées dans le parti.

II semble encore temps de sauver cet honneur, et personne n'y peut plus (|ue vous. Aussi ne crois-je pas (ju'il y ait personne qui y soit plus engagé par des liens de conscience, puisqu'un jour on vous reprochera peut-être qu'il n'a tenu qu'à vous qu'un des plus grands biens ait été obtenu...

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