‹ LeibnizChapitre 19 sur 42 · IMFICATION PRATIQUE ET DIVERGENCES DOGMATIQUES · texte numérisé non relu

IMFICATION PRATIQUE ET DIVERGENCES DOGMATIQUES

a Extrait criinc lettre à Dossiiet.

8/i8 janvier iCga. F. de Careil, I, 3o6.

. . . Toute la question se réduit à ce point essentiel de votre côté : s'il serait permis en conscience, aux Eglises unies avec Rome, d'entrer en union ec-

L UNION religieuse:

blé&iastic|ue avec des Eglises soumises aux Sentiirients de l'Eglise catholique, et prêtes à être même dans la liaison de la hiérarchie romaine, mais qui he demeurent pas d'accord de quelques décisions ; parce qu'elles sont portées, par des apparences très grandes et prësqtie itlstli'montables à leur égard, à ne point croire que l'Eglise catholique les ait autorisées ; et qui d'ailleurs demandent une réformation elîective des abus que Rome niêhle rie peut approuver^ Je ne vois pas quel crime votre parti commettrait par cette condescendance. Il est sûr qu'on peut entretenir l'union avec de telles gens qui se trompent sans malice. Les jiôints spéculatifs, qui resteraient en contestation, ne paraissent j)as des plus importants ; puisque plusieurs siècles se ëont passés, sans que les lidèles en aient eil une Connaissance fort distincte. 11 me semble ({u'il y ;i des contestations tolérées dans la comnumion romaine, qui sont autant, ou peut-être plus importantes que celles-là : et j'oserais croire que si l'on feignait que les Eglises septentrionales fussent unies elfectivement avec les vôtres, à ces o])ini()ns près, vous seriez fâché de voir rompre cette union, et que vous dissuaderiez la rupture de tout votre pouvoir, à ceux qui la voudraient entreprendre...

Extrait (Vune lettre au Lamhjravc <lc Ilesscn-

Jiheinfel.s.

Romniel, II, 867.

... 11 me .«îemble que la question, si l'amour do t)icu eâl nécessaire du salut, dSl iiicrimiiarabUmcnt

l'unION RBLIGIEUSB idd

plus importante f{ue la question, si la substance du pain reste dans l'Eucharistie, ou si les âmes avant que d'être admises à la vue de Dieu sont purgdes. Garces questions aj^itées entre Rome et Augsbourg sont plutôt de spéculation, au lieu que la.première, qui est agitée entre les Molinistes et les Jansénistes, touche l'essence de la piété (1). J'en dirai autant de cette étrange opinion des Gasuistes, qui soutiennent, contre les lois étel-nèlles du bon sens, qu'on peut suivre en pratique l'opinion (ju'on sait être moins sûre et moins probable. La «piestion de la nécessité d'une intention de consentement à la validité du Sacrement, quoi(|u'elle ne soit de la force des deux précédentes, ne laisse pas d'être aussi importante qu'aucune de celles qtii resteraient entre Rome et Augsbourg (2)...

(i) Pour bien comprendre celte pensée très imporlantc il faut songer que Leibniz transfigure la distinction banale des controverses Ibc'oriqucs et dos controverses pratiques. Toute vraie controverse est (( pratique ». Sont secondaires, au contraire, les controverses qui sont abstraites, c'est-à-dire étrangères à la vie profonde de l'âme religieuse. J'ai dcvelopp»' ce point dans un article sur Leibniz el ridée de schisme (Revue cathoUqiie des Eglises, octobre ii)07).

(2) Leibniz estimait que l'œUvre essentielle des Jansénistes n'avait pas été d'instaurer une nouvelle théorie de la grâce, théorie que d'ailleurs il n'admettait pas (voir plus loin, p. a64). mais de redresser la doctrine de l'amour de Dieu et de la « pénitence sincère indépendante de la crainte et de l'espérance »• (RoMMiii,, U, ^26) : « LEglise », écrivait-il, « a deux obligations à M. Arnauld... l'une, d'avoir établi excellemment ce grand principe de la nécessité de l'amour de Dieu sur toutes choses; l'autre, d'avoir travaillé avec succès contre les corrupteurs de la morale chrétienne » (Id., I, 3G5). « Ces messieurs travaillent véritablement pour la paix de l'Eglise ; car, plus ils détruiront d'abus, plus ils rendront la réconciliation aisée » (/(/,, II, 3o8).

200 l'union religieuse

OUESTIONS « rHILOSOPHIQUES » ET QUESTIONS « SALUTAIRES »

Extrait d'une lettre au Landgrave de Hessen-Rheinfels.

Janvier iG8'i. Rommel, II, pp. i8 sqq.

... Je dois encore répondre à ce que V. A. S. dit très véritablement sur un autre article de ma lettre, qu'on ne saurait être Catholique de la moitié. Aussi cela est-il fort éloigné de mes sentiments, et pour m'expliquer plus distinctement, je tiens qu'on peut être dans la conununion intérieure de l'I^glise catholique .sans l'être dans l'extérieure ; comme par exemple lorsqu'on est excoinnuniié injustement j)ar l'erreur ou par la malice du Juge... (^elui <|ui veut être un mômbre de l'Eglise par celte communion intérieure doit faire tous les elforts possibles pour être aussi <l;ins ]dcomnninion c.r/crionrc de l'I^glise catlioli({ue visil)le et reconnaissabk^ j)ar la succession continuelle de sa Hiérarchie, telle que je crois être ce qu'on appi>lh* la Romaine. Je dis bien [)lus, savoir, (pie cette lliérai-chie, ([u'on y volt, savoir

Il pensait d'ailleurs que les Jésuites avaient a cr6é » la « socle » jannénisto : Nullus lunlie esxcl, quem vonttis, Jansi'iiisimts, niii tantiiin rouira Junsmii oi>ii.i stirpituin honiinei injcxti cjrrildssrnt, (/nibus factionis, non vcrilatis cura essct (l.otlro au P. dos Hossos, (■i:i(iiAiiiiT, II, 337;.

l'union BELIGIEUSE 201

la distinction du pontife suprême, puisqu'il faut un directeur des Evêques et des prêtres, est du droi divin ordinaire. J'ajoute même que l'Eglise catholique visible est infaillible dans tous les points de créance qui sont nécessaires au salut, par une assistance spéciale du Saint-Esprit, (jui lui a été promise.

Après toutes ces déclarations V. A. S. me dira : pourquoi donc ne vous y rendez-vous point? Voici la réponse : Il peut arriver que, dans rE<çlise, quoique infaillible dans les articles de la foi, qui sont nécessaires au salut, (pielques autres erreurs ou abus se «glissent dans les Esprits, et en exi«jeant le consentement de ceux qui souhaiteraient être ses membres, et qui croient avoir démonstration du contraire, on les met dans l'impossibilité d'être dans la communion extérieure, tant qu'ils veulent être sincères. Par exemple, lorsqu'on a exigé des Jansénistes de signer une })roposition de fait, dont ils croyaient savoir le contraire, il n'était pas dans leur pouvoir d'y obéir, quand même on les aurait exclus de la communion extérieure des Fidèles. Le même a lieu non seulement dans les choses de fait, qui dépendent des sens, mais encore dans les questions, (|ui dépendent du raisonnement...

... Pour revenir à moi, il y a quelques opinions philosophi([ues, dont je crois avoir démonstration, et qu'il me serait impossible de changer dans l'assiette d'esprit où je me trouve, tandis que je ne verrai pas moyen de satisfaire à mes raisons. Or ces opinions, quoiqu'elles ne soient point opposées, que je sache, ni à la Sainte Ecriture, ni à la Tradi-

202 l'union religieuse

tion, ni à la définition d'aiicun Concile, ne laissent pas d'être désapprouvées et même censurées (]uel- (juefois par les Théologiens de l'école, qui s'imaginent que le contraire est de la foi.

On me dira que je pourrai les dissimuler pour éviter la censure. Mais cela ne se peut. Car ces propositions sont de grande importance en philoso-^ phie, et quand je voudrai un jour m'expliquer sur des découvertes considérables, que je crois avoir, touchant la recherche de la vérité et l'avancement des connaissances humaines, il faut que je les mette en avant, comme fondamentales. Il est vrai que si j'étais né dans l'Eglise romaine, je n'en sortirais point que lorsqu'on m'exclurait, en me refusant la communion, sur le refus que je ferais peut-être de souscrire à certaines opinions communes. Mais à présent (pie je suis né et élevé hors de la communion de Rome, je crois (pi'il n'est pas sincère, ni sûr, de se présenter pour y entrer, (piand on sait (ju'on no serait peut-être pas reyu si on découvrait son c(eur...

Ëxlriih d'une lettre au Landgrave de Ilessen- Wieinfeh.

Post-8oriptuiii ù une loltro s. d. (i(>8>S). Hoinnicl, II, aoo aoi.

(^)uan(l V. A. s, éei'ira à Honu', il serait à propos de faire sonder chez les iMniiicnlissimes (Cardinaux, si on ne serait pas en humeur di' lever la censure par intérim, |)uhliéc autrefois contre l'opinioii (h- (Copernic du mouvement de la terre. Car

L UNION RELIGIEUSE

celte hypothèse est maintenant cohfirmëe par tant de raisons, tirées des nouvelles découvertes, que les plus grands Astronomes n'en doutent presfjue plus. Des Jésuites très habiles (comme le P. de Challes) ont avoué publifiuement (|u'il sera bien diflieile de trouver jamais une autre hypothèse cpd puisse- rendre raison de toutes choses si aisément, si naturellement et si parfaitement ; et on toit bien que rien he l'em^iêche de s'y rendre ouvertement, que la censure. Le P. Morsenne, Minime, et P. Honoré Fabry, Jésuite, ont reconnu et enseigné dans leurs écrits, ({ue la défense n'a été (pie ])rovisionnelle, jusqu'à ce (pi'on fût mieux éclairci, et (pi'elle a été jugée convenable en ce temps-là, pour obvier au scandale que cette doctrine, répandue alors par Galilée, semblait faire naître dans l'esprit des faibles. Maintenant on est assez revenu de cet étonnement. et tout homme de bon sens reconnaît aisément (pie, (juand bien même l'hypothèse de Copernic serait véritable mille fois, la Sainte Ecriture n'en recevrait aucune atteinte. Si Josué avait été un élève d'Aristar(|ue ou de Copernic, il n'aurait pas laissé de. parler comme il a fait, autrement il aurait chotpié les assistants et le bon sens. Tous les Gopernicains, (juand ils parlent ordinairement, et môme entre eux, lorscju'il ne s'agit pas de science, diront toujours que le soleil s'est levé ou couché, et jamais ils ne le diront de la terre. Ces termes sont alVectés aux phénomènes et non aux causes. Il importe à l'Eglise catholicpie (pi'on laisse aux Philosophes la liberté raisonnable qui leur appartient. On ne saurait croire

204 l'union religieuse

combien la censure de Copernic fait tort ; car les plus savants hommes d'Angleterre, Hollande et de tout le Nord (pour ne rien dire de la France), étant presque convaincus de la vérité de cette hypothèse, ils considèrent cette censure comme un esclavage injuste ; et voyant, d'ailleurs, que les plus grands Mathématiciens parmi les Catholiques, et même parmi les Jésuites, sont assez informés des avantages incomparables de cette doctrine, et cependant ne laissent pas d'être obligés à les rejeter, ils ne savent que dire et sont tentés de les soupçonner de peu de sincérité ; ce qui leur donne une mauvaise idée de l'Eglise catholique ; outre que rien n'est plus contraire à dçs esprits solides et généreux qu'une telle contrainte. D'autres ont déjà produit des passages excellents de saint Augustin, où il a fait voir que c'est prostituer la Sainte Ecriture et l'Eglise que d'abuser de leur autorité, ])our prévenir [les gens sur des vérités de pliilosophie.

h UMON t)i:s i'UOTESTANïS ENTRE EUX

Conciliations doctrinales Justification luthérienne et justification catholique.

... f.it r/inri/r {\) nicf plu/à/ un /lo/niuc r/i état (le i/n'icf ijiH' la foi, excepté ce qui est nécessaire

fi) IloMMia, I, 377-78.

L UNION religieuse:

au salut, necessiiaie medii (1) ; une erreur de foi ou hérésie ne damne peut-être que parce qu'elle blesse la charité et l'union. En eft'et, ceux qui demandent la foi non seulement dans la créance^ (pii est un acte d'entendement, mais encore infulucia, qui est un acte de volonté, font à mon avis un mélange de la foi et de la charité ; car cette confiance bien prise est le véritable amour de Dieu. C'est pourquoi je ne m'étonne pas s'ils disent qu'une telle foi est justifiante...

«... En matière (2) de justification, je crois que l'origine des disputes vient en partie de ce que les Protestants ont changé la notion de la foi et entendent ce terme tout autrement que les Catholicpies. Car, chez les Catholiques, la foi est principalement un acte de l'entendement, au lieu que l'espérance et la charité consistent plutôt dans la volonté. Mais, chez les Protestants, on explique la foi ordinairement d'une telle manière qu'elle comprend en elle la charité ou l'amour de Dieu, en quel 'cas je ne m'étonne pas (ju'ils disent : solani fidcm jiistificare. Car dans la foi salvifique, comme ils l'appellent, ils comprennent fkluciam fdialem, que les démons et les pécheurs ne saurident avoir. Or, cette confiance filiale que les fidèles ont à l'égard de Dieu n'est autre chose que l'état d'amitié entre Dieu et ses enfants et enferme l'amour et la charité, et justifie, par conséquent, selon les principes des uns et des autres.

(i) Souligné par Leibniz ici et dans la suite. {■j) Vraiment inédit : Correspondance avec le Land(jrave de Hesse^ f A33.

2UD L UNION RELIGIEUSE

Un projet d'organisation politique des Protestants.

Inédits, Théologie, VU, G, f"", i-a*

... Les Protestants, parleur négligence et leur peu d'union, ne furent pas longtemps en état de maintenir leur supériorité, ou du moins l'égalité nécessaire pour leur conservation... La Suède se brouilla avec ses voisins, et, pendant la minorité du feu roi, elle s'attacha étroitement à la France. Louis XIV, voyant les Autrichiens al)aissés, s'érigea en protecteur du parti papiste ; il gagna Charles II, roi d'Angleterre, indifférent pour la religion et pour la gloire ; et les Autrichiens... par un zèle mal entendu, assistaient la France, quand il s'agissait de chagriner les Protestants. Ainsi, les Papistes, tout ennemis qu'ils étaient d'ailleurs, s'unissaient toujours contre le parti protestant, (jui ne faisait pas de même... Il est temps (ju'on s'éveille de notre côté, qu'on songe à réparer les brèches faites à la religion protestante depuis la paix de Westphalic. et (ju'on j)renne même des mesures pour l'avenir, (jui cMnj)éclu'nt autant qu'il est possible de soniblal)les relâchements et entreprises.

L'union des sectes protestantes en fonction de l'EgUse anglicane.

Lot ire inédite k Aijorsl.

i8 septonibro 171 1 .

Il .se peut (pie l'on ait bientAt égard Ji ce cpii est du véritable intérêt de la nation et de l'Eglise an-

l'union religieuse

glicane ; je vois déjà que le parti contraire prétend se moquer et voudrait faire croire ([uc ceux qui ont parlé autrefois au Parlement, et qui se taisent ([uand ils ont plus de pouvoir, n'ont pas eu véritablement rintention qu'ils faisaient paraître ; pour moi, je ne suis pas de ce sentiment, et je conçois qu'ils peuvent avoir à présent des raisons de se taire... Comme la correspondance entre la Cour de la Grande-Bretagne et celle de Berlin au sujet de la Liturgie anglicane a été renouée... j'espère que cette aiïaire aura quelque bonne suite... Une bonne Correspondance des Eglises protestantes du Continent avec vos Insulaires pourra être d'im grand clVet pour lever les aiiimosités dos partis...

Le^/re inédite à Spanheim.

a3 décembre 1696.

On me mande d'Angleterre que les Théologiens ne font presque autre chose (|ue combattre les Sociciens et les adversaires cachés de la religion chrétienne ; il est bon de faire la guerre à des ennemis si dangereux ; mais il serait bon aussi de cultiver les semences d'une bonne intelligence entre ceux qui n'ont aucun sujet de se combattre. Je m'étonne souvent qu'on ne pense presque plus maintenant à rétablir la paix parmi les Protestants mêmes en levant au moins les condamnations mutuelles. Autrefois, le P. Durions se donnait bien de la peine lorsque les esprits n'étaient point préparés ; maintenant qu'on s'est fort adouci, que les intérêts politiques lient les partis, et que l'Aile-

J,{JO L UNION RELIGIEUSE

magne a tant d'obligations à l'Angleterre et au Brandefourg, il n'y a plus de Duncus qui profite de ces bonnes dispositions. C'est une réflexion que je fis il n'y a pas longtemps en m' entretenant avec ini ministre d'Etat qui était fort dans ce sentiment (1.)

L'union entre Evangéliques et Réformés.

Extrait de ma lettre à M. de Spanheim.

i" mai iC()5. Inédit,

On m'a dit que feu M. de Pufendorf a laissé un livre posthume sur la Conciliation des Controverses. Je doute (pi'il ait assez approfondi ces matières. Celle-ci pourtant n'était pas indigne de sa plume. Et je me suis étonné quelquefois que le dessein de feu M. Durœus, mais qui n'était pas non plus assez profond pour cela, ait été abandonné après sa mort ; d'autant que les animosités entre vos Messieurs et les nôtres ont été fort diminuées au moins entre les habiles gens.

Lettre inédite à SpnnJwim : s. d. V" 81. ... Pour moi, j'ai toujours déclaré dans toutes

(i) Cf. liCltre inédite à Spanhoîm, n mai iC()0 : « J'ai lu avec beaucoup dV-dificalioti coquo monsieur votre frère a publié... pour faire voir que la difTcrcnce qui est oiilrc le gouvernement do rKgliso anglicane et celui dos Kgliscs n'foriiw'-cs en deçà do la mor no doit point embarrasser, et qu'encore fou M. (llaudo ot d'autre» excellents liommcs ont <'té de ce sentiment. (le qui peut donner de la peine est que MM. les Anglais obligent les autres do se faire rcîordonncr, mais peul-ôtro qu'ils en usent avec un tcmpérumonl qui lève la difficulté. »

h UNIOIV RELIGIEUSE

les occasions, depuis ma jeunesse, que les controverses avec les Réformés, que j'ai examinées de fort bonne heure, ne sont pas assez considérables pour empêcher la communion mutuelle. Le Synode de Charenton s'est assez expliqué de votre côté. Mais il importe d'obtenir que des Facultés entières de Théoh)ji^ie en disent autant du nôtre. Il me semble (pi'on ne saurait mieux arriver (ju'en commençant par les théologiens de Brunswick, et particulièrement par ceux de Helmstndt. Ce (jue je raconte ci-dessus me donne (piekjue crédit auprès des membres de cette faculté, dont (piehpies-uns ont été appelés par mon entremise... Il faut cependant (]ue l'alîaire soit traitée avec beaucoup de circonspection, même parmi nous, pour ne pas échouer, car nous ne manquons pas des gens qui ont des préjugés sur ce chapitre...

LliS l'IiUSECUTIONS RELIGIEUSES

Exlriùl d'une lellrc nu Landgrave de Ilessen-Wiein feh .

a8 novembre, 8 décembre iG8G.

Rommel, II, pp. ga-QS.

♦ .. Le Uoi ne se contente pas de défendre à ses sujets sous peine de mort toutes les assemblées de

âlO l'union BELlëlEUSÊ

Religion, mais absolument tout exercice, quel pai--' ticulier qu'il puisse être. Ainsi un ami ne pourra point sans danger consoler son ami moribond, ni lui lire quelques prières, ni chanter avec lui quelques chansons dévotes, quelque bonnes qu'elles puissent être. Mais il n'y aura point de danger de faire des débauches ensemble et de chanter des chansons lubriques, et si on prend cet article dans sa vigueur, un Huguenot en France n'osera lire la Bible de Genève, ni chanter des psaumes, ni faire des prières du matin et du soir, et devant ou après le dîner ou le souper, surtout si entraient là-dedans quelques expressions qui seraient sujettes à n'être pas entièrement approuvées par quelques scrupuleux Catholiques ; un père et une mère n'oseront pas instruire leurs enfants dans le Catéchisme et dans les principes de la piété suivant la méthode de leur religion, car toutes ces choses peuvent passer pour des exercices, et par conséquent seront punissables de mort...

Lettre inédite au Maréehal de Villars sur ce qu'il a accepte le commandement des Ccvennes

Mai 1704, f' 1- a, (i).

Je vous avoue, grand Maréchal, que je n'aurais jamais cru ([ù'on eût dû connaître par vous l'excès do l'avilissement et de la prostitution de la Nation française. ()u«>i? Le fameux v;iiiu|ueur <hi prince

(1) La loltro est publitio intégralement.

L^UNION RELIGIEUSE 2li

Louis (le Bade, ce héros qui après avoir forcé vingt retranchements, pris dans le miUeu de l'hiver l'important fort de Kehl et traversé, malgré mille obstacles presque insurmontables, la profondeur de Taffreuse Forêt Noire, est allé porter et établir la guerre dans le sein de l'Empire à deux cents lieues de nos frontières, ce héros, dis-je, sitôt qu'un... (1) lui dit deux paroles, renonce à tant de gloire et consent de devenir l'infâme ministre de sa fureur et le cruel bourreau de ses innocents compatriotes, dont l'unique crime est d'avoir un saint et juste attachement à la religion de leurs pères, tel que tout honnête et craignant Dieu doit l'avoir.

Vous vous préjK\rez sans doute, brave Maréchal de Villars, à vous distinguer dans cet emploi comme vous avez toujours tâché de faire dans tous ceux qu'on vous a confiés, sans examiner autrement si cette commission ne convenait pas davantage à quel(|ue misérable soldat de fortune ou plutôt à des gens de la trempe d'un Julien l'Apostat, ou d'un gouverneur d'xVlais, qu'à un des premiers ofliciers de la Couronne. Quoi(|u'il en soit, avez- vous au moins dans ce dessein fait bonne provision d'inhumanité ? Vous êtes-vous bien pourvu de toute la férocité qu'il vous faut pour cela? Vous pronicttez-vous enlin d'imaginer beaucoup de nouveaux genres de tortures et de géhennes ? car voilà ce que doit désormais votre vaste et sublime génie. Lâche que vous êtes, qui venez commencer où Mourevel a demandé de finir, surchargé, fatigué, rassasié qu'il était

(i) Sic.

212 t'uNrON RELIGIEUSE

de massacres et de barbaries. Il faut pourtant enchérir sur tout ce qu'il a fait, si vous voulez briller, si vous voulez devenir duc et conserver la faveur du... (1).

Dans quelle route, grand Dieu, les Français ne s'engagent-ils pas aujourd'hui pour aller à la fortune. Nous avons vu autrefois un Grillon refuser généreusement son bras à son Roi pour une action indigne quoique juste. C'est qu'il regardait sa vertu et sa réputation comme des biens absolument à lui et indépendants de (|uel(|ue ordre que ce fut qui les pût tenir. Mais aujourd'hui les Frani^-ais n'ont plus rien en leur propre, non pas même leur Tertu. Chez eux le crime et la vertu se trouvent confondus, et selon le caprice, les passions et la volonté du prince, ces choses se transforment tour à tour l'une dans l'autre. Le... (2) a trouvé le secret de faire consister tout l'honneur de la nation dans une aveugle et servile obéissance.

Brave Maréchal, il faut désormais renoncer au beau surnom... Nous n'avons pas encore vu de bourreaux qu'on ait pris pour Héros de Roman, peut-être en voulez-vous faire venir la mode. Mais je vois <]ue je vous arrête et (jue vous brûlez d'entrer en lice. Je ne vous retiens plus ; commencez donc votre illustre carrière, et ne craignez point (|ue vos nobles exploits soient ensevelis dans l'oubli, (comptez que vous vivrez dans l'Histoire ; mille j)lumes se taillent actuellement dans le dessein de vous y faire occuper la place (]ue vous

(3, Sic.

L UNION RELIGIEUSE

y allez mériter. Quel plaisir ne sera-ce pas pour vos neveux de vous y lire de roues et de gibets noblement entouré. Mais ne trouvez pas mauvais qu'on rende dans les occasions quelque justice à vos fameux adversaires, aux Rolans, aux Cavaliers, aux Gastanets, aux Laportes, et que vos noms soient quelquefois pêle-mêle ensemble. Votre vanité ne s'en peut pas choquer, depuis (qu'ils ont eu l'honneur de faire tète à un de vos camarades.

Je finis, charmant Maréchal, en vous donnant un conseil d'ami, qui est que, si vous voulez elï'acer la gloire de votre prédécesseur, vous devez prendre le contre-pied de ce qu'il a fait, et attaquer ces malheureux habitants des Cévennes eu généreux ennemi. Ne vous en prendre point comme il faisait à leurs femmes et à leurs enfants, ne faire plus égorger indilîéremment tous les habitants des villages, et confondre par là les innocents et les coupables, et pour toute ressource de la fureur et dernier expédient d'un esprit à bout, faire de la plus belle et de la plus riche province du royaume un alîreux désert et le séjour de la désolation et de la famine. Croyez-moi, combattez ces pauvres gens à force ouverte, donnez en cela quelf[ue chose à votre propre réputation sans recourir à tant d'indignités. N'aurezvous pas toujours assez d'avantages sur ces malheureux qui la plupart sont nus et désarmés, qui n'ont ni munitions de guerre ni de bouche, et qui sont obligés, dans les plus rigoureuses saisons de l'année, de passer leur vie aux injures et à l'inclémence du ciel sans retraite ni couvert : tout cela ne vous doit-il pas suffire ?

21 i L UNION RBLIQIRU^K

A vaincre sans péril on Iriomphe sans gloire.

Jusques ici, brave Maréchal, on vous avait cru agité de cette passion, ce qui confirme qu'on ne connaît bien les gens que dans les occasions et qu'ils n'aient rempli toute leur destinée. Adieu,

Notice.

On pourrait dire que le Leibnizinnisme est une philosophie (le Vexistence. Tout ce qui est a eu la force de passer du possible au réel. Dès lors, noire œuvre doit consister en une exaltation de ce qui est pleinement. I/eiïort de Leibniz fut ainsi d'interpréter et de développer Vèlre en ses iniinies manilestalions. De là, sans doute, la passion avec laquelle il se voue h la recherche des techniques. Tous les secrets des métiers ou des jeux, il les voulut ressaisir. N'est-ce pas partout la même foi en la valeur des recompositions de la Raison infinie par l'action? De même, par les recherches historiques qu'il était ambitieux do voir se poursuivre jusque dans la Chine et les pays arabes, il était conduit à rêver une « histoire du genre humain » (1). Il désirait que l'on inauf,''urât une telle histoii'e par l'inventaire concret du présent: « Je souhaiterais », disait-il un jour, « qu'une personne capable voulût laisser à la postérité un portrait lidèle de notre temps, à l'éj^ard des mœurs, coutumes, découvertes, monnaies, commerce, arts et manufactures, luxe, dépenses, vices,

(i) CouTunAT, Opuscules et Fragments, p. 235,

216 LES FOROBS RRL1GIBUSES

corruptions, maladies qui régnent, cl leurs remèdes; il né(jli(jerait ce qiion peut apprendre de V histoire et il ne s'attacherait quk ce qui s'ouhlie et mérite néanmoins de n'être pas oublié, plus peut-être que ce qui se remarque ordinairement... Si nous avions un tel Pline de notre siècle, la postérité en suivrait exemple, et la continuation de ces travaux donnerait une véritable histoire du monde (1), »

Rarement Leibniz a exprimé, avec une telle force, 1 une de ses idées les plus chères : analyser si intimement les choses et les êtres qu'on travaillerait à ne laisser périr nulle nouveauté intérieurement conquise. — On comprend maintenant que les organisations puissantes, modelées pour atteindre à des fins précises et hautaines, aient constamment fasciné Leibniz. — De là le secret de son enthousiasme pour l'Ordre des Jésuites et d'une fa^on générale pour les Ordres religieux.

On trouvera ci-après un certain nombre de textes relatifs à un étrange projet de transformation de Tordre des Jésuites et d'anéantissement de l'cspril cartésien. D'autres fragments nous révélerout ensuite l'attitude de Leibniz en face des Monastères.

(i) Lettre iiu'dilc II Juslcl (non souligné par l<cibni/.). l-'" 53.

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