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UN TROJET DE TRANSFORMATION DE L ORDRE DES JÉSUITES

Extrait iVune lettre nu Landgrave de Ileasen- Wieinfols.

s. date, Rommel, I, î8o et suiv.

... Je crois que leurs cnseii^^nements d'école et leurs livres de monde contribuent beaucoup à ^àter l'esprit des novices et de leurs jeunes gens. Car la manière de philosopher des écoles et ces disputes publifpies qui tendent plutôt ;\ se surprendre qu'à apprendre la vérité rendent les gens contentieux et j)leins de petites subtilités ; et les livres de morale (jui tournent la piété en scolastique font perdre de vue le grand but de la charité, qui seul doit régler nos actions. Et comme ces personnes accoutumées au style de l'école lisent peu les Pères et les autres auteurs qui parlent d'une manière plus noble et plus naturelle, il ne faut pas s'étonner que leurs manières de raisonner sont si éloignées de celles de toute l'antiquité, sacrée et profane. Et on peut dire que la morale des Offices de Cicéron est bien plus droite et va mieux au bien que celle de quelquesuns de ces auteurs. Mais comme le monde se défait peu à peu de ces préjugés et façons d'école, je

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m'étonne fort que leurs Supérieurs, qui sont ordinairement des personnes éclairées, ne voient pas ou ne considèrent pas assez le tort qu'ils se font, s'ils veulent être les derniers à devenir raisonnal)les et libres. Car, par exemple, après avoir résisté avec tant d'éclat et d'animosité à Copernic, à Galilée, à Descartes et à d'autres novateurs ; je crois qu'ils commencent peu à peu à se rendre. Mais cela ne se fait que peu à peu, et il n'y a que les plus habiles qui ouvrent la bouche, mais de cette façon ils n'en auront point d'honneur et l'Ordre perd beaucoup de sa réputation. Au lieu qu'ils auraient pu être eux-mêmes chefs et fondateurs d'une philosophie dij^'ne de ce siècle éclairé et ressuscitateurs dune morale et pratique digne du siècle d'or de la primitive Eglise, et des vrais disciples de Jésus, le tout sans faire tort à leur religion et maximes. Je me souviens que je fis une fois un projet pour montrer comment un Ordre tel que le leur (et en ell'et je n'en vois pas de plus propre) pourrait rendre un très grand service au genre humain, en se portant véritabkîmont à cultiver l'esprit et la volonté de l'iiomme, par des raisonnements démonstratifs, des expériences curieuses et des découvertes imporliintes ; tournant toujours tout au grand but de la gloire de Dieu ; et y joignant une véritable pratique de la charité, et entre eux, et envers les autres, (^omme ils ont en main l'institution de la jeunesse, ils rendraii'ut leurs disci[)k's propres à servir Dieu et le prochain, et pour eux ils passeraient pour maîtres du genre Inunain et seraient l'objet de la \ éiK'ralion de Nulles les nations et do (onles les

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sectes. Mais il faudrait avoir en même temps \m peu plus de soin des pauvres et des malades, et il leur faudrait imiter leur fondateur, (jui fit réussir ses desseins à Rome par des actes d'une charité fort éclatante. Je montrai ce projet à queUjues Jésuites éclairés et bien intentionnés (jui m'avouèrent (jue l'exécution en serait possible et d'une utilité merveilleuse. Mais ils me tirent connaître en même temps que les Supérieurs, quelque bien intentionnés et éclairés qu'ils pourraient être, auraient des grandes difficultés à surmonter, s'ils voulaient porter les choses un peu plus loin qu'à l'ordinaire. J'avais ajouté en même temps le projet d'une nouvelle philosophie qui aurait elfacé absolument celle de Descartes, qui fait si ^^and tort aux écoles. Car la philosophie de Descartes est encore assez chimérique, quoi([u'elle ait quehfue chose de beau. Mais un Ordre comme le leur, qui a tant de grands hommes excellents en toute sorte de sciences, les faisant travailler de concert, pourrait établir des propositions aussi assurées que celles des éléments dluiclide, qui seraient véritablement utiles dans la prati<[ue des arts et qui ne périraient jamais. Ce j)r()jot p;irut si plausible cjue quek[ues Jésuites me promirent de faire sous main de sorte c[ue cela pourrait être vu de leurs Supérieurs comme une curiosité jolie : mais je ne sais s'ils l'ont fait. Cependant, jo voudrais pouvoir apprendre quel jugement des grands hommes, tels que le P. Oliva, en auraient pu faire.,.

LA RÉFORME PAR l'ÉDUCATION

Extrait iVunc lettre inédite à Morell.

Fo Co.

Je conviens qu'il y a une grande corruption parmi les Ecclésiastiques ; mais où est-ce qu'il n'y en a point ? Tout ce qu'on peut dire d'eux de pis est qu'ils sont comme les autres hommes. Les vouloir corriger, en les déchirant, c'est exciter des désordres aussi grands que le mal, avec peu d'apparence dune bonne issue. Le vrai moyen de réformer les hommes serait de s'attacher à la jeunesse. Si on s'y prenait comme il faut, on aurait en peu de temps une autre génération d'hommes. Et pour le pouvoir obtenir, il ne faut pas rompre en visière à ceux qui sont dans les postes d'autorité ; autrement on ne pourra pas même arriver à former les jeunes. Car de réformer les vieux, c'est à (juoi il y a peu d'apparence. Les vieux cependant ne seraient point fâchés que leurs enfants fussent meilleurs qu'eux.

A TROrOS DU P. DE LA CllAISK (Fo. 3 — dos papiers rolnlifs au 1'. do lu Cliaise)

J'ai lu riiisl()irej)rélen(lueduP. de La Chaise, dont on pailu il y a (|uel(|ues jours... et je trouve fort

étrange qu'on trompe le public par des fables d'un auteur qui nous veut apprendre les intrigues secrètes de la vie d'une personne, dont il ne sait pas les circonstances les plus connues.

J'étais à Paris, (juand le P. de la Chaise fut appelé de Lyon pour être confesseur du Roi à la place du P. Ferrier qui venait de mourir. C'était environ l'an 1073 ou lG7i, car je ne saurais bien dire. Le P. de la Chaise avait enseigné à Lyon avec beaucoup d'applaudissements ; et outre l'intelligence de la nouvelle philosophie peu ordinaire à un homme de son Ordre, il excellait dans la connaissance des médailles ; c'est ce qui avait porté l'Archevêque de Lyon à lui conlier son cabinet, et peut-être contribué h le faire recommander au roi... On voit dans ces dialogues que ce Père avait coutume de prendre le parti le plus raisonnable, sans s'attacher trop aux opinions qui régnent dans les écoles.

Après cela, y a-t-il rien de plus ridicule que de voir l'auteur de la vie prétendue du P. de la Chaise nous débiter hardiment que ce Père a été choisi pour être coadjuteur du confesseur du Roi à la recommandatit)n du Carilinal Mazarin et qu'il a été fuit confesseur ordinaire de S. M. dès l'an 1667 à la place de son prédécesseur chassé pour avoir parlé trop librement de M""^ de LaVallière? 11 n'y a pas un mot de vrai dans tout cela. Son prédécesseur est mort dans son poste longtemps après. Et il faut (pie des gens (pii débitent ces faussetés n'aient jamais connu la Cour de France ou qu'ils veuillent prendre les lecteurs pour dupes. J'ai honte pour notre parti de voir qu'on y donne créance à des

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écrits de cette nature. On peut ju<^er par là que Ici particularités cachées qu'on nous débite ici de la vie de ce Père ne peuveiit être que des contes faits à plaisir.

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