CONTRE LE CARTÉSIANISME
11 est assuré (1) que l'abus delà philosophie nouvelle fait grand préjudice à la piété (2), particulièrc- Itient en quelques pays, où ces dogmes nouveaux sont fort connus non seulement des doctes, mais généralement de toits ceux qui se ])iqucnt un peu d'esprit et de curiosité. Car comme ils donnent moyen aux personiles sans étude de parler luirdiment de toute sorte de matières et de mépriser les maîtres... on voit que quantité de personnes, et particulièrement les jeunes gens, ne manquent ])as de donner là dedans. Ce qui ne serait pas un fort grand mal, si cette liberté de philosojiher qui rejette les abstractions et rapporte tout à la 'nécessité de la matière, et à ce qui frappe l'imagination, ne
(i) GEiuiAunT, IV, 3/t3 cl suiv.
(a) Il importe do marquer tout do suilo qu'il s'agit ici d'un «5crit de polôiniquo qui no doit pas lilro considtSrô comuic nous doiuiaiil la pciisro iiuparlialo do Lciliiii/. — • Le pamplilct contre Dcscorlcs et les autres fragments qui lui resscnil)Ient (Gkiuiauut, IV, 2']\-f\oi)) n'en sont pas moins très prt^cioux, car ils nous révèlent ccrtuins plans ûlrutifccs do Leibniz, (|ue l'on a le tort do regarder en général connue sceondaires, alors qu'ils sont on réulit«5 inséparables do sa nature la plus profonde.
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disposait quelquefois au libertinage, outre (qu'elle nuit au progrès des sciences, en accoutumant les gens au babil qui n'aboutit à rien, au lieu d'une méditation utile.
Gejjendant ceux qui s'opposent au cours de ces opinions, ne s'y prennent pas souvent de la bonne laçon. Car ils confondent les bonnes dt^couvertes des modernes avec quel(|ues visions entremêlées, et par là ils se font tort et rendent les gens opiniâtres dans l'erreur, en combattant aussi bien ce (jui est clair et convaincant que ce qui est faux ou tlouteux.
Les fondateurs de la philosophie iiioderne sont Bacon, Galilée, Kepler, Gassendi et Descartes, Le Chancelier Bacon fait des belles réflexions sur toute sorte de doctrines et s'attache principalement à faciliter les expériences. Galilée a commeticé la science du mouvement et a embelli l'Astronomie particulièrement dans l'Hypothèse de Copernic. Et on lui peut joindre Kepler dont les suivants ont fort profité. Gassendi a ressuscité les sentiments de Démocrite et d'Kpicure. que Descartes a corrigés en y joignant ([uel([ues opinions d'Aristote (touchant le plein et le continu), et là morale des Stoïciens.
On ne peut que louer le dessein de ces auteurs d'expli(]uer mécaniquement les phénomènes particuliers de la nature, et de s'y opposer c'est se faire tort : aussi bien que de nier la pesanteur et le ressort de l'air, et plusieurs autres découvertes de nos tenq)s.
Mais on ne doit pas souffrir que nos modernes,
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pour embellir la physique particulière, nous détruisent la métaphysique, et nous renversent la morale et la Théologie, à quoi il semble que quelques-unes de leurs opinions pourraient porter. Car en soutenant que les vérités éternelles de la géométrie et de la morale, et par conséquent aussi les règles de la justice, bonté et beauté sont lelîet d'un choix libre ou arbitraire de la volonté de Dieu, il semble qu'on luiôte sa sagesse et sa justice ou plutôt l'entendement et la volonté, ne laissant (juune certaine puissance démesurée dont tout émane, qui mérite plutôt le nom de la nature que celui de Dieu ; car comment est-il possible que son entendement (dont l'objet est les vérités des idées enfermées dans son essence) puisse dépendre de sa volonté? et comment peut-il avoir une volonté (pii n'a pas l'idée du bien pour objet, mais pour son effet?
Et en bannissant de la physique les causes finales (outre qu' on se prive par là du moyen de devinei quel(|ues belles vérités qu'on n'a trouvées que pai les finales) (1), il semble que c'est en vain et pai manière d'acquit qu'on a mis en avant une intelligence souveraine, si au lieu de l'employer, on nt se sert que de la nécessité de la matière, et si au lieu de dire que les yeux ont été faits pour voir, on
(ijliCibiiiz envisage ici les causes fi nalos, non dans un scni vulgaire et populaire, mais dans lui sons philosopliicjuo et pourrait-on dire, scicnli(i(nio. Cf. p. ex. (ii-niiAnDT, IV, iV'io <( On voit que \o» rauscs linules servent en physique, non seulement pour admirer la sagesse do Dieu, ... mais encore poui connaître les choses ol pour les manier., , »
soutient qu'on ne voit que parce qu'il se trouve c{u'on a des yeux. Ce qui cache une profanité dangereuse. L'elîet doit être expliqué par la connaissance de la cause, laquelle étant intellij^ente, on doit joindre la considération des fins (|u'elle a eues aux instruments dont elle s'est servie. C'est de quoi on pourrait donner de beaux exemples.
Soutenir aussi que la matière passe successivement par toutes les formes possibles, c'est détruire indirectement la sagesse et la justice de Dieu, car si tout possible existe nécessairement en son temps, Dieu ne fait aucun choix du bien et du mal, du juste et de l'injuste, et parmi une infinité de mondes il y en aura (|ui seront tout à fait renversés, où les bons seront punis et les mauvais récompensés.
Le conseil non seulement de révoquer tout en doute, mais même de rejeter comme faux ce ([ui est douteux, quoiqu'il puisse recevoir une bonne explication, n'est pas nécessaire à la découverte de la vérité, et peut être sujet à de grands abus.
Si l'essence de la matière consiste dans l'étendue, il n'y a pas moyen d'expli(pier la présence réelle dans l'Eucharistie. Et quand on rejette les formes substantielles et accidentelles ou les accidents réels qui peuvent exister sans sujet, on tombe dans des grands inconvénients, que les Théologiens ont évités sagement, en niant cpie les accidents du pain doivent être attribués au corps de Jésus-Christ, afin de ne pas dire qu'il est blanc. rond, mince, sujet à plusievu's imperfections, etc., et afin que ce ne soit pas une petite chose blanche et ronde qui soit l'objet de l'adoration.
Il me semble aussi que de mettre lu conciliation du libre arbitre et du concours de Dieu entre les choses inexplicables, c'est favoriser la nécessité. Et cette morale stoïcienne qu'on ressuscite, qui fait de nécessité vertu et qui met toute la félicité dans une certaine patience par force, n'est pas tout à fait la même avec la morale chrétienne.
L'ambition de faire une secte a porté quelquefois de bons esprits à avancer des nouveautés choquantes et dangereuses. Mais par là ils entrent en guerre avec les autres et font tort aux bonnes choses qu'ils disent, comme aussi aux vérités anciennes, dont ils ébranlent les fondements dans l'opinion des hommes amateurs de nouveautés.
Les hommes ayant la tète remplie de subtilités creuses et sans démonstration, et se battant par caprice et par passion, perdent misérablement le temps précieux qu'ils pourraient employer à avancer les connaissances solides.
Pour couper le cours de cette maladie, il serait temps d'établir (i) les vérités anciennes, aussi l)ien (|ue les nouvelles découvertes, par des démonstrations si exactes qu'elles ne puissent plus
(i) Leibniz dotiiio un sons spûcial au mot iHitblir. « J'ai remarque plusieurs fois », dil-il quelque part, « tant en Philosophie qu'on 'rhéologie, et niônio en matière cIo Médecine, de Jurisprudence et d'Histoire, que nous avons lUie inlinilé do bons livres cl do bonnes pensées dispersées çà et là, mais que nous no venons presque jamais à des Etablissements ; j'appelle Etablissement lorsqu'on délcrniinc ol nchovo au moins certains points, et met certaines thèses hors do dispute, pour gagner terrain el {)Our avoir des fondomonts, sur lesquels on puisse bàlir » (Gc'* nuAiiuT, III, i()i-i(}a).
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être éljranlées. Car toute vérité nécessaire dont on comprend la nécessité peut être réduite en démonstration sans distinction de Matliémati(pies ou d'autres sciences, et si elle n'est que vraisenihlable, il est bt)n de démontrer cela même et d'estimer en quelque façon le de^ré de l'apparence
Il faut avouer que M. Descartes a été un des plus grands esprits dont on ait connaissance. Mais il a terni ces belles qualités par une ambition démesurée d'être chef de secte, par un mépris intoléniljle et souvent mal fondé des autres et par des arlilices éloignés de la sincérité, dont il est aisé de voir des marques ; et les applaudissements qu'on lui donna, l'ayant rendu trop hardi et prescpie téméraire, il est tombé dans des erreurs et a cru d'avoir découvert des choses dont il était encore bien éloigné, l^t comme sa philosophie mal prise va faire grand tort à la religion, si elle prend le dessus, car il semble qu'elle mène droit aux sentiments de Spinosa, qui a osé dire ce que Descartes a évité avec soin, on a sujet de s'y opposer. C'est pourquoi je loue fort le zèle des BU. PP. Jésuites qui ont cru que le plus sûr est de ne se pas éloigner sans nécessité et sans démonstration des dogmes reçus qui souvent intéressent la religion. Mais il faut prendre garde de ne se point prostituer en combattant les vérités pêle-mêle avec les erreurs des modernes. C'est en quoi il semble que les PP. Bourdin, Cazré et autres, et quelquefois encore le P. Fabry, quoique très habile homme, ont manqué, tin des plus raisonnables sur ce sujet
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a été le P. des Chasles (1), et si le P. Pardies avait vécu, il aurait fait quelque chose de conséquence, car lair de Paris avait corrigé les premiers emportements de Gascogne. Je ne sais si le P. Berthetvit encore, mais je sais bien qu'il a été des plus propres à juger librement et solidement de ces matières (2). Mais si le R""^ P. de la Chaise, confesseur a (livinis du roi (qu'on voit bien par ce qu'en disent déjà autres fois RR. PP. Fabry et des Chasles, avoir examiné les modernes avec beaucoup d'équité digne des lumières universelles d'un si grand homme) avait eu le loisir de s'y arrêter assez, c'est de lui qu'on aurait pu attendre un ouvrage parfait d'une philosopliie démonstrative, capable
d'effacer les novateurs
Je conclus qu'il est important de désabuser les hommes des opinions dangereuses ou inutiles, de rétablir la réputation de la philosophie de saint Thomas, et de tant d'autres habiles gens dont les méditations que les esprits populaires décrient, ont plus de solidité qu'on ne pense, de faire cesser cette manie des sectes et (jui tendent à renverser les dogmes bien fondés par queh[ues nouvelles expressions ou opinions avancées récemment, et d'établir enfin des T^léments démonsti'atifs et tout à l'ait rigoureux à la fa^on des Géomètres, tpi'on puisse; enseigner sûrement dans les écoles, et employé r utilement dans la vie humaine, Kt, à mon avis, les
(i) Loilini/ a fiiil |iliisiciirs fois Iclogo du P. des Chaslc» Cf. notainnictil : (!i;nirAiii)T, Mnllu-iiuitisclte Srliriften, VI, Su.
(a) Sur lo I*. Morllict, cf. P i des Im'dils rolutifs an I*. do lu Cliaiso.
HR. pp. Jésuites sont les plus capables de donner ce bien au genre humain.
Je crois qu'on y pouvait contribuer considérablement en montrant une méthode dont on peut démontrer, tant par un raisonnement nécessaire par avance que par l'expérience eil'ective de quel(|ues essais, qu'elle y mènerait indubitablement ; mais pour venir à l'exécution entière d'un ouvrage do cette force qui serait plutôt grand que long, il faudrait que plusieurs personnes très capables y pus-? sent concourir d'une manière bien concertée... ce qu'on peut attendre le mieux des membres d'une florissante compagnie,
Spiaosa et le Cartésianisme, d'après an Inédit.
Inéiliti, Théolo(jie. — it, 7, F° 5, verso.
...Depuis que je vous ai écrit, j'ai lu à loisir la dernière lettre de M. Sténon... J'apprends ([u'elle est adressée à feu M. Spinosa, ([ui a quitté cette vie il y a quekjues semaines. Spinosa était homme d'une profonde méditation, et il avait le talent de s'expliquer nettement. On me mande qu'il a laissé quelques écrits pleins de sentiments assez extraordi naires ; à juger de ce qui reste par ce que nous avons de lui, je ne doute pas qu'il n'y ait plusieurs pensées excellentes parmi un grand nombre d'assertions peu recevables ; il avait été attaché aux opinions de l'illustre Descartes, de la manière que ses disciples ont coutume d'être, c'est-à-dire sans réserve. Mais, ayant médité de son chef, il commença à
s'apercevoir cpi'il y avait encore bien à dire ; je sais qu'il est assez difficile aux Cartésieps de se dépouiller du préjugé de l'infaillibilité de Jeur maître, au moins pour ce qui est des assertions principales... et je ne vois pas d'autre moyen de le détromper, que celui de les obliger de réduire les discours de cet auteur en forme de démonstration rigoureuse. Je crois que c'est par ce moyen (pie M. Spinosa a commencé d'être désabusé, lorsqu'il a travaillé de prouver les principes de M. Descartes par des démonstrations ; je ne sais si les siennes seront meilleures, car dans le livre que nous avons de lui, intitulé : Uenati Descartes..., je remarque des raisonnements où je crois qu'il est allé trop vite, faute d'observer la rigueur des démonshations.
UN RÊVE DE TRANSnGURATION MONASTIQUE {V
...Si j'étais Pape, je voudrais dislribuor entre les moines les recherches de la vérité, qui servent îi la gloire de Dieu, et les oeuvres de la charité, qui servent au sahit et bien des hommes. Les Bénédictins, Cisteaux, et autres semblabU's bien reniés feraient des recherches (hms la nature pour la connaissance des animaux, phmtes et mi-
(i) RoMMEL, H, ao7-a<>(). Lettre au Landgrave, dnléo do Vp'» niie, ai avril iQcfO.
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néraux, et ils seraient hospitaliers et feraient des aumônes ; ils ont des terres et de quoi faire des expériences et des charités. Les moines mendiants, surtout les Franciscains, Capucins et Observants seraient appliqués, nonobstant les canons contraires, à la médepine, chirurgie et au soulagement des pauvres soldats et malades par l'assistance personnelle, ce (pi'on trouvera assez conforme i\ leur génie et institution. Les Dominicains et Jésuites resteraient Lecteurs et Professeurs avec les Carmes et les Augustius, et seraient Prédicateurs et Maîtres d'Ecole, mais avec quehjue réforme pourtant. U feraient des vecherches pour l'histoire ecclésiastique et profane, et seraient versés dans la lecture des Pères et dans les Humanités. Les Pères de la Mercède et toute sorte d'autres Missionnaires, de quekpics ordres qu'ils soient, dépendants de la Congrégation de propajanda fuie, cultiveraient particulièrement les langues orientales et autres, et répareraient les ruines de la confusioii de lîabej, quant à la foi et quant à la langue...
Mais revenant à nos Religieux, je vois d'avoir oublié les Chartreux, Anachorètes et autres retirés, qui seraient fort bons pour les sciences abstraites, comme pour l'Algèbre, la pure Mathémathique, la Métaphysique réelle et la Théologie mystique, sobre et solide, et pour la poésie sacrée qui chanterait à Dieu des hymnes d'une beauté admirable. Je ne veux pas à présent toucher aux Chanoines et autres Bénéficiers séculiers, que nous garderons po^ir i^n autre tenips ; si cette i^ilice reli-
gieuse était bien employée et bien ordonnée, ce serait une chose admirable.
Deux réflexions sur la querelle de l'Abbé de Rancé et de Mabillon.
Lettre à l'abbé Nicaise, f) juin i6ija. Gerhardt, II, 535-536.
...Je n'ai pas encore vu l'écrit de M. l'Abbé de la Trappe sur les Etudes Monastiques. Cependant je ne crois pas que son dessein puisse être de blâmer le P. Mabillon et tant d'autres excellents hommes nourris dans les Monastères, à qui la religion et les sciences ont tant d'obligation. 11 est indubitable que les Monastères ont été autrefois comme des Ecoles d'où sont sortis d'excellents Evêques et autres hommes insignes. Celui de la nouvelle Corbie, qui est proche d'ici, a vu sortir de son sein les Apôtres du Nord. Sans les Monastères, presfjue tous les manuscrits des anciens seraient perdus, et les sciences avec eux. Je considère les sciences comme un puissant instrument pour exalter la gloire de Dieu. Cependant je reconnais (ju'il y a l)ien de la dill'érence entre ceux qu'on apj)('Mo Moines aujourd'hui el entre les solitaires ou Anachorètes, qui font profes.sion dv reiioiicor à (oui ce qui n'est pas absolmneiit nécessaire, ou par pénitence comme ce Doiu Muce ou par une force d'esprit extraordinaire. Il est bon qu'il y ait toute porte d'étuis dans l'Eglise ; cette variété est belle
et utile. Il est bon que Mous. rAbhé de la Trappe nous ressuscite les «grands exemples des solitaires dont il semble qu'on commençait à manquer...
Ainsi j'estime que Mons. l'Abbé de la Trappe et le R. P. Dom Mabillon ont raison tous deux de les exhorter tant à la solide dévotion i[\iii la vérital)le science. Aussi semble-t-il que la science fournit des aliments solides à la dévotion, sans laquelle les méditatifs sont sujets à tomber dans des visions et à prendre des fausses idées. Quand les solitaires man(|ueraient de science et de lumières, l'exemple de M. l'Abbé de la Trappe fait voir qu'il est bon que leur directeur en ait..,
Extrait d'une lettre inédite à Daniel Larroque,
7 avril 1O93. F° 81
Je n'ai pas encore vu le livre de M. l'Abbé de la Trappe des Etudes Monastiques, mais je ne saurais croire qu'il veuille blâmer ceux ([ui exhortent les religieux à l'étude des lettres tant humaines que divines. Il y a bien de la dilïérence entre ceux qu'on appelle moines et entre les anciens solitaires, ([ui ont donné 'occasion ;\ ce nom. Ceux (|ui renoncent à tout ce qui n'est pas tout à fait nécessaire, tant à l'égard de l'esprit qu'à léj^ard du corps, font très bien, mais il n'est pas tout à fait nécessaire et même il n'est pas convenable que beaucoup de gens les imitent. Les plus savants hommes des temps passés sont sortis des menas-
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tères qui étaient de véritables écoles... Blâmer cela, ce serait être ingrat, tant envers eux qu'envers la Providence. Il est juste qu'on loue, qu'on estime et quelquefois même qu'on imite ce grand et généreux détachement des SoUtf^ire^ de la Trappe, et le P. Mabillon serait h blâmer s'il y trouvait à redire. Mais je crois que M. l'Abbé de la Trappe serait encore à blâmer, s'il désapprouvait les belles occupations du R. P. Dpfti MabiHpft et de quelques autres excellents hommes de son Ordre qui lui ressemblent...
Esquisse d'un « Ordo Caritatis ».
[Il n'est pas douteux que Leibniz ait admiré de façon intense l'organisation des ordres religieux. Ses lettres à Magliabecchi, le bibliothécaire du duc de Modène,ne laissent aucun doute sur ce point. — Il vovait en certaines vocations la mai'f(ue d'une « force d'esprit extraordinaire (1) )),et n'achnollail pas les critiques vulgaires de la vie monastiqur. « Ceux qui ignorent ou méprisent » cette vie monastique, dit-il, « ne goûtent qu'une vertu commune et vulgaire; ils prennent sottement pour mesure de l'obligation des hommes envers Dieu, cet anéantissement et cette froideur de vie, cpii règne dans des âmes sîins zèle et sans ferveur (2). »
Mais ne pourrait-on transposer des Ordres en un Ordre ? « Instituatur Societas sive ordo Caritatis...
(i) (ÎBiuunoT, II, 53n.
(a) V. PB G., I, 5t)q, Sjsl. théol,
Compositiis sit ex contemplativis et activls », lisons-nous dans un précieux fragment que M. Gouturat a publié (1),
Les contemplatifs chanteraient des hymnes à Dieu, scruteraient la nature et les arts; — les actifs pratiqueraient la médecine, s'occuperaient des pauvres et des malades. — Les uns et les autres dédaigneraient la splendeur extérieure ; ç^flanunés par le vrai amour de Dieu, «musiciens, poètes ou savants, ils connaîtraient de mieux en mieux sa gloire.
(i) Coutlhat, Opuscules et Fragments inédits, pp. 3-5,