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LA LOGIQUE DU PROHAHLR ET LE PROBLÈME RELIGIEUX

TheoJicée, Dix., Prélim., § a8-3a.

28.,. L'art de juger desraisons vraisemblablesn'est pas encore bien étalili, de sorte que notre Logi(|ue à cet égard est encore très imparfaite, et que nous n'en avons presque jusqu'ici que l'art de juger des démonstrations. Mais cet art suffit ici : car quand il s'agit d'opposer la raison à un article de notre foi, on ne se met point en peine des objections qui n'aboutissent qu'à la vraisemblance : puis(|ue tout le monde convient que les mystères sont contre les apparences, et n'ont rien de vraisemblable, (juand on ne les regarde ([ue du côté de la raison ; mais il sullit qu'il n'y ait rien d'absurde. Ainsi il f:n!l des démonstrations pour les réfuter.

29. Et c'est ainsi sans doute qu'on le doit entendre, quand la Sainte Ecriture nous avertit (|ue la sagesse de Dieu est une folie devant les bommes, et quand saint Paul a remarqué que l'Evangile de Jésus- Cbrist est une folie aux Grecs, aussi bien qu'un scandale aux Juifs ; car au fond, une vérité ne saurait contredire à l'autre, et la lumière de la Raison n'est pas moins un don de Dieu que celle de la Révélation. Aussi est-ce une chose sans difficulté parmi les Théologiens qui entendent leur métier

que les motifs de crédibilité justifient, une fois pour toutes, l'autorité de la Sainte Ecriture devant le Tribunal de la Raison, afin que la Raison lui cède dans la suite, comme à une nouvelle lumière, et lui sacrifie toutes ses vraisemblances... C'est à quoi tendent plusieurs bons livres que nous avons de la vérité de la Relig^ion, tels que ceux d'Augustinus Steuchus, de Du Plessis-Mornay, ou de Grotius : car il faut bien qu'elle ait des caractères que les fausses religions n'ont pas ; autrement Zoroastre, Brama, Somonacodom et Mahomet seraient aussi croyables que Moïse et Jésus-Christ. Cependant la Foi Divine elle-même, quand elle est allumée dans l'àme, est quelque chose de plus qu'vme opnion, et ne dépend pas des occasions ou des motifs qui l'ont fait naître ; elle va au-delà de l'entendement, et s'empare de la volonté et du cœur, pour nous faire agir avec chaleur et avec plaisir, comme la loi de Dieu le commande, sans qu'on ait plus besoin de penser aux raisons, ni de s'arrêter aux difcultés de raisonnement que l'esprit peut envisager. 30. Ainsi ce .que nous venons de dire sur la Raison Humaine, qu'on exalte et qu'on dégrade tour à tour, et souvent sans règle et sans mesure, peut faire voir notre peu d'exactitude, et combien nous sommes complices de nos erreurs. 11 n'y aurait rien de si aisé à terminer (jue ces dis])ules sur les droits de la foi et de la raison, si les hommes voulaient .se servir des règles les plus vulgaires de la Logi(|ue, et raisonner avec tant .soit peu d'attention. Au lieu de cela, ils s'embrouillent par dos expressions ^jbli<|ues et ambiguës, (pii leur donnent un beau

champ de déclamer, pour faire valoir leur esprit et leur doctrine : de sorte qu'il semble qu'ils n'ont point d'envie de voir la vérité toute nue, peut-être parce qu'ils craignent qu'elle ne soit plus désagréable que l'erreur, faute de connaître la beauté de l'Auteur de toutes choses, qui est la source de la vérité.

31. Cette négligence est un défaut général de l'Humanité, qu'on ne doit reprocher à aucun en particulier... L'exactitude nous gêne, et les règles nous paraissent des puérilités. C'est pourquoi la Logique vulgaire (laquelle suffît pourtant à peu près pour l'examen des raisonnements qui tendent à la certitude) est renvoyée aux écoliers ; et l'on ne s'est pas même avisé de celle qui doit régler le poids des vraisemblances, et ([uï serait si nécessaire dans les délibérations d'importance. Tant il estvrfii que nos fautes pour la plupart viennent du mépris ou du défaut de l'art de penser ; car il n'y a rien de plus imparfait que notre Logique, lorsqu'on va audelà des arguments nécessaires ; et les plus excellents philosophes de notre temps, tels que les Auteurs de l'Art de penser, de la Recherche de la vérité, et de l'Essai sur l'entendement, ont été fort éloignés de nous marquer les vrais moyens propres à aider cette faculté qui nous doit faire peser les apparences du vrai et du faux : sans parler de l'art d'inventer, où il est encore plus diiïîcile d'atteindre, et dont on n'a que des échantillons fort imparfaits dans les Mathématicpies.

^46 LÀ LOCilQUE DU PROBABLE

Extrait cViine lettre inédite au 11. P. Isenschc.

F" a verso.

... Ne trouvez-vous pas plaisant que ce Général (1) a écrit presque en même temps contre les Turcs, contre les Français et contre les Jésuites? Il n'y a pas longtemps (|ue je mandai cela à un Jésuite en riant, qui prit le parti de ne rion répondre à cet article. Cependant, je vois que })lusieurs habiles Jésuites sont à présent du sentiment du Général... lime semble qu'autrefois le P. Esparsa était aussi anti-probabiliste. Il y a longtemps que je médite en jurisconsulte un ouvrage :Dc(fradibus probationum. Les Logi(pies, même celles des plus habiles, (comme l'art de penser) passent cela.

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