M., III
{ij IvLoi'i', III, 234. Lettre à llabbeus de Liclitenstern, 14 février
thécaire du duc Jean-Frédéric, à Hanovre. Une lettre à la comtesse de Kielmannsegge nous fait entrevoir l'afTolement de Leibniz. Il était alors absorbé dans les plus hautes pensées mathémaiiques ; il eût eu besoin de longues méditations silencieuses ; et un départ, qu'il soupçonnait définitif, le contraignait de les sacrifier. On a l'habitude de refuser à Leibniz une nature passionnée et véhémente. Volontiers on se le représente modéré et éclectique. Pourtant, il est facile de découvrir la mélancolie qu'il ressentit alors.
Son activité à Paris fut donc essentiellement mathématique. Il nous dit même n'être resté si longtemps en France que pour se perfectionner en mathématiques (1)'. Il ajoute que la mathématique ne fut point pour lui une fin, mais un exercice logique, et pour ainsi dire l'apprentissage d'une méthode applicable plus tard aux problèmes de la vie. Quelques-uns, il est vrai, ne songeant qu'aux extériorités, croyaient Leibniz simple géomètre. Telle fut l'aventure qu'il prête à un de ses amis, lequel nous raconte ainsi sa déconvenue : « Je le suri)ris un jour lisant des livres de controverses; je lui témoignai mon étonnement, car on me l'avait fait passer pour un mathématicien de profession, parce qu'il n'avait presque fait autre chose à Paris. Ce fut alors qu'il me dit qu'on se trompait fort, qu'il avait bien d'autres vues, et que ses méditations principales étaient sur la théologie; qu'il s'était appliqué aux mathématique.s, comme à la scolastique, c'est- :\-iiiie
(1) Kwpp, IV, 444.
seulement pour la perfection de son esprit, et pour apprendre l'art d'inventer et de démontrer, qu'il croyait d'y être allé à présent aussi loin qu'aucun autre (i). »
Ne serait-ce pasphilistinisme d'un nouveau genre que de ne point parvenir à concilier tant de textes contradictoires? Leibniz n'a-t-il pas été un artiste avant tout, qui a travaillé les mathématiques en toute fantaisie? Là, sa verve se donnait entière, et peut être sa joie était-elle plus pleine que partout ailleurs. Oui, mais en un autre sens, il s'exerçait ainsi au symbolisine : La caractéristique universelle n'est-elle pas étroitement attachée à la méthode infinitésimale (2)? L'ambition de mathématique universelle devait s'étendre à la métaphysique, à la morale, à la théologie. De là, l'unité de la vie intellectuelle. 11 y a quelque chose de mystique en la croyance de Leibniz à l'absolue valeur des interférences. Le ft vœu » dont il parle quehjue part s'applique aussi bien aux projets d' « Ordre de charité » qu'aux desseins d'Encyclopédies et de caractéristiques. Bien plus : cette volonté mystique, initiatrice de tant d'efforts multiformes, sauve souvent de la banalité tous les espoirs de réduction conceptuelle.
Leibniz quitta Paris en octobre 167G. 11 passa huit jours à Londres, puis arriva en Hollande, où il
(1) Ki.opp, IV, 454.
(2) Cf. GouTDRAT : La Logique de Leibniz, d'aiJrés des documents inédits, Paris, 1901, pp. 84-85.
demeura sans doute deux mois (1). 11 vit Spinoza à La Haye. Autrefois, on pensait que la conversation de ces deuK hommes avait été dénuée de portée philosophique. Cette affirmation ne se fondait d'ailleurs sur aucune preuve, et a priori on eût pu supposer le contraire. Aujourd'hui, les documents nous font pressentir des entretiens métaphysiques. Ces entretiens furent répétés et prolongés. « J'ai vu Spinoza en passant par la Hollande », écrit Leibniz, « et je lui ai parlé plusieurs fois et fort longtemps (2) ». Un texte inédit est plus probant encore : « Je l'ai entretenu quelques heures, passant à La Haye, el j'ai appris le reste de quelques-uns de ses sectateurs que je connaissais assez familièrement (3). » Il connaissait en effet quelques amis de Spinoza : Le mathématicien Tschirnhaus, le maître de Spinoza Franz van den Knde (4), qu'il était allé voir à Paris au faubourg Saint-Antoine, et plusieurs autres. Ce sont des familiers de Spinoza qui lui avaient dit que Descartes pensait tout bas ce que Spinoza disait tout haut (5). De l'œuvre de Spinoza il savait, d'ailleurs, quelque chose, et le Traité théologico-politique lui avait été signalé en 1070 (6).
Une telle rencontre n'a pu être dépourvue de signification métaphysique ou religieuse. Sans doute, plus tard, Leibniz se séparera souvent du spino-
(1) Cf. Lunwic SiKm : Leibniz und Sj)ino;(i, Berlin, 1890, p. 48.
(2) Gbbiukdt: Math. Schr., 1, 179.
(3) Inéditi, Théol., VI, 17, f» 1, vorso.
(4) Sur Fkarz van iik:h Kjcdk, cl. (Iouchoim» : Jicnoll de Spinoza, pp 15-10.
(5) Incdils, Théol., VII, (), f 12.
{6) LuDwio 8tki«, pp. 32-33.
zisme, qu'il affectera (pour des motifs assez médiocres) de comprendre d'une façon toute populaire. Mais ailleurs il écrira : « Je trouve » dans \ Etliiquc « quantité de belles pensées conformes aux miennes 1). » La complexité de Leibniz, à la fois sincère et calculateur ; plus encore peut-être, son rôle, assez ambigu, de philosophe créateur et de diplomate officiel, inquiétèrent et choquèrent Spinoza. « 11 m'a paru », écrivait un jour Spinozn, « un homme libéral et versé dans toutes les sciences ; mais avant de lui envoyer si vite mes ouvrages, je désirerais savoir ce qu'il fait en France (2;. »
A la fin de décembre 167G, Leibniz arrivait à Hanovre. En aucun autre moment de sa vie, peutêtre, il n'eut besoin d'une force plus géniale que lors de ce changement brusque et total. 11 rentrait en Allemagne, enveloppé d'une de ces légendes grandiloquentes qui cachent surtout une curiosité indiscrète. Arnauld avait écrit à la cour hanovrienne
(1) « J'y trouve quantité de belles pensées conformes aux miennes, coninie savent quelques uns de mes amis, qui l'ont été aussi de Spinoza. » ((Correspondance inédite avec Justel, f" 3"), verso). Cf. Ludwig Stein, p. 307. Les analogies entre le spinozisme et le leibnizianisme sont certaines et n'ont pas été encore relevées avec exactitude. l'our que l'étude fût féconde, il fallait d'abord <[ue Spinoza lui-même fût ressaisi en sa complexité vraie. Cf. la récente et curieuse étude de M. Brochard : Le Dieu de Spinosa, ap. Revue, de Mélapliysique, mars liK)8, élude d'ailleurs trop unilatérale encore, quoique fort précieuse à celui qui voudrait édifier une interprétation nouvelle du spinozisme. et aussi Spinoza et ses contemporains, IV; Leibniz, Rev. de Met-, janvier lOOfi, par M. Brunschwicg. Cf. Cierhahut, III, 575 ; Spinoza « aurait raison, s'il n'y avait pas de monades ».
(2) FouciiEtt DE Caueil. — Leibniz, La Philosophi'; Juive et la cabbale, Paris, 1861, p. 6, note 2. Lettre de Spinoza à Schuller,
qu'il ne manquait à Leibniz que la vraie religion pour être un des grands honimes de son siècle (f. Depuis 1669, d'ailleurs, le duc Jean-Frédéric réclamait Leibniz, lequel n'avait échappé que grâce à Boineburg à cette trop prompte réclusion (2).
Le milieu officiel de Hanovre était paradoxal. Une des clauses essentielles du Traité de Westphalie y était violée : Jean-Frédéric, gagné au catholicisme, devait gouverner des Protestants. Des enquêtes minutieuses commencent de nous révéler la vie compliquée de cette petite Cour. Depuis 1651, date de la conversion de Jean-Frédéric, jusqu'en 1676, date delà venue de Leibniz, ce furent une série de luttes pour obtenir l'exercice privé du culte, puis le culte au grand jour, enfin la liberté de convertir des sujets prolestants. Un prêtre italien, Maccioni, bientôt vicaire apostolique (1667), dirigeait toutes les affaires religieuses et, par ordre de la Cour romaine, préparait une restauration du catholicisme dans le Hanovre. Leibniz fut ainsi soudainement jeté en plein tumulte. Maccioni venait de mourir l'août 1C76). Mais son œuvre était partout saisissable. On songeait encore aux protestations qu'avaient soulevées la création d'un cimetière catholique à i'Egidienthor et les tentatives de processions. Kien, d'ailleurs, n'avait été obtenu des nobles, et, dans le peuple, la plupart des convertis étaient bientôt tombés à la charge de Jean-Frédéric (3).
H) OiiiiHAiiRii, I, l'.M. i'.t. HouNKi,, Li'ilmis und dcr iMudgraf ICrnst von Ilessen-Hheinfch, l'mncfoit, 1847, t. I, p. 3ty.
(2) Kix)ii', V, !iy.
(3) Voir KôcuiH, Publicationen aux d. h. p. Siaalsarohiven,
Diplomatie mesquine, politique déclamatoire et verbalement ambitieuse, appauvrissement de toute vie religieuse profonde; voilà ce que trouvait Leibniz, alois qu'il était encore imprégné de ses conversations avec un Malebranche, un Huyghens, un Spinoza. Sans doute il écrira plusieurs fois que les vertus de Jean-Frédéric sont si rares « que lui obéir vaut mieux que toute liberté (1 ». Mais ce sont là phrases de commande et il lui fallut toute la richesse de ses souvenirs pour transposer constamment en affaires européennes quelques problèmes secondaires. Pourlant, Jean-Frédéric, admirateur de Louis XIV, essayait sincèrement d'agrandir sa politique (2). il n'était pas un isolé. Sa femme, Henriette-Bénédicte, était la fille d'Anne de Cionzague^ Ses relations avec la Cour de France étaient, par suite, fréquentes, et quand Bossuet, dans l'Oraison funèbre de la Palatine, parlera de « Jean-Frédéric, duc de Brunswick ei de Hanovre, souverain puissant qui avait joint le savoir avec la valeur, la religion catholique avec les vertus de sa maison, et... le service de l'Empire avec les intérêts de la France » (.3), il ne prononcera pas une simple phrase : Il avait d'ailleurs de spéciales raisons de grossir quelque peu l'importance du Hanovre. Dans le vieu.x monastère de Maubuisson, l'Abbesse Louise-HoUandine, rêvait, en un désir simple et tenace, de convertir le Hanovre protestant.
t. X.X et LXIir ; et L. et l'Onj. rel.. Ile partie, chap.ii, Le Milieu kanovrien.
(1) GuiIltALBR, I, 192.
(2) GUHBAUER, I, 216.
(3) Bossuet, Oraison funèbre d'Anne de Gomague,
36 lETRODUCTION
C'était donc par la politique religieuse que le Hanovre se sauvait le mieux des minuscules intérêts. Ainsi et ainsi seulement, il se trouvait mêlé, d'une part aux vastes plans de la Cour romaine, de l'autre aux desseins précis et pour ainsi dire dynastiques de la famille Palatine. Quand Leibniz, à peine établi à Hanovre, devient négociateur officiel, il s'assure une des dernières possibilités qui demeuraient d'un rôle vraiment européen.
En effet, un grand projet s'élaborait, qui lui donna l'occasion d'exercer de suite ses facultés d'organisateur. Une tentative d'union religieuse, dont l'histoire n'est pas faite, agitait l'Allemagne officielle. Christophe de Rojas, de la famille des Spinola, avait de 1061 à 1677 cherché à provoquer un rapprochement catholica-protestant. En 1675, on décidait à Vienne de recueillir les déclarations des théologiens protestants d'Allemagne. Spinola est chargé de la mission et se rend en Saxe, puis à Hanovre. Kn 1678, Jean-Frédéric dirige officiellement le projet, et reçoit une lettre approbative d'Innocent XI. Au même moment s'inaugure la correspondance de Leibniz et de Bossuet.
A Hanovre même, Leibniz trouvait un milieu théologique susceptible de provoquer des discussions. 11 se rencontrait avec le théologien protestant Molanus, nomuié président du Consistoire hanovrien en 1(577, et avec Sténon, le vicaire apostolique successeur de Maccioni.
Molanus est le négociateur officiel du parti hanovrien protestant. C'est lui qui énonce h Bossuet les concessions que pourraient faire les Prolcstants;
INTRODUCTIOM
c'est à lui que Bossuet envoie ses Réflexions motivées et développées, le thème irréductible de toute la négociation ultérieure franco-germanique. Sans doute, Leibniz prendra bientôt le principal rôle et se substituera même presque entièrement à Molanus. Mais ce fut là triomphe intellectuel plutôt que priorité normale. En face de Molanus se trouve le Catholique Sténon. Ce Sténon, de son vrai nom Stensen, né Protestant danois, bientôt converti au catholicisme, prêtre à partir de 1G75, est un personnage étrange, savant hardi, divinateur de la géologie précise, théologien timide et philosophe sans doute assez pauvre. De cet authentique naturaliste, finalement honteu.x de sa science, Leibniz semble avoir éprouvé quelque pitié. Pourtant les discussions furent entre eux nombreuses et importantes. Les Inédits de Hanovre nous en livrent les résultats; on y voit s'élaborer chez Leibniz le concept théologique de « bonne volonté » ; en même temps on y découvre^ à propos d'une page de saint Chrysostome, un essai de fusion du « libre examen » prolestant et de « l'autorité » catholique (1).
Les idées théologiques alors dominantes dans les milieux protestants conciliateurs de l'Allemagne du Nord dérivaient essentiellement de l'Université de Helmstiidt. Fondée vers la fin du xvi" siècle, elle comptait en 1630 plus de seize mille étudiants. Son maître le plus célèbre, Calixtus, avait essayé de retrouver, par delà des divergences actuelles, une
(1) Voir l'analyse des textes inédits relatifs à Sténon, aingi que d'importants extraits ap. Leib. et VOrg. rel , pp. 253-257.
union théorique telle qu'on la pourrait dégager de l'Eglise chrétienne des premiers siècles. 11 voulait isoler les dogmes où toutes les Eglises s'accordent, même inconsciemment. L'union, pensait-il, se doit extraire des principes que les deux Eglises reconnaissent simultanément. Les croyances sont au fond unes; et toujours les dogmes nécessaires au salut ont été enseignés par l'Eglise (1).
Cette doctrine, qui fut qualifiée de « syncrétisme », fut autant détestée des Protestants orthodoxes que des Catholiques. Leibniz souhaitait qu'on la répandît dans leè autres Universités. Sinon l'intolérance triompherait à jamais. Plus tard, les Universités d'iéna, Altdorf, Ilinteln, Kiel, Kœnigsberg et Halle, seront à peu près gagnées au syncrétisme (2).
Tel nous apparaît, en lignes très sommaires, le milieu hanovrien entre IGTO et 1080 environ. JNous n'y voyons surgir aucun esprit de première valeur. Ce sont partout des hommes représentatifs d'idées collectives ; ils font partie de groupes, plutôt qu'ils n'expriment des pensées individuelles. Leur entreprise était à, la fois médiocre et puissante, dénaturée par bien des intrigues mesquines, et pourtant sincèrement voulue (;à et là. Bossuet n'y sera mêlé que beaucoup plus tard. Au point de vue politique, l'art
(1) Cf. «HT riiistoirfi fort int^rossanlo <1o co mouvoinent, — histoire (|ul n'est pas encore faite, — IIknkk, Die Universiu'lt Ilehnst'iiil iin sechssehnten Jahrhundnl, lliillo, 1833, 2 vol. inl2.
(2) Voir les lotlros inédites h Eisâchiol SpaQlicim, du 24 octobre iO'jri, et B. d. (to Si).
eût été sans doute de l'en écarter tout à fait. N'allaitil pas croire, en ell'et, que l'on doit truiislbriner en discussion théologique un débat tout diplomatique (1)? Leibniz prendra plaisir à cette lutte. 11 y verra surtout un conflit d'idées, y mettra toute son ingéniosit'î et souvent son ardeur passionnée. Mais, à ses yeux, le projet viable sera ailleurs, et les milliers de liasses théologiques conservées à Hanovre révèlent de façon incontestable que la tentative pratique fut dès le début et demeura italo-germanique. Les Archives ou. Vatican, méthodiquement explorées, expliqueront sans doute quelque jour quel a été le rôle exact de l'Evêque de Neustadt Spinola et de son successeur l'Kvêque Comte de Buchaim.
Si complexes qu'elles fussent, ces négociations étaient trop mélangées d'intérêts pour ne pas risquer d'étouffer en Leibniz le libre développement de l'esprit. Par bonheur, il était devenu, au cours de quatre années de voyage, un « Européen ». Il avait nettement conscience d'un agrandissement intellectuel, et s'était hâté, avec une angoisse parfois fébrile, d'apprendre tout ce que Paris était capable de lui suggérer. 11 revenait en Allemagne, ayant vu, grâce à son double séjour en Angleterre et en Hollande, l'Europe du Nord. De la sorte, il avait su créer en lui-même un point de vue «européen». Comment y demeurer fidèle, lors de besognes parfois précieuses mais le plus souvent arides et limitées? D'abord, en insérant dans certaines missions
(1) Il faut négocier plutôt qu'écrire (Lettre inédite h Schleinitz, s. h-).
imposées toute la passion qu'il eût mise à une carrière entièrement libre ; ensuite, en maintenant en lui-même, par volonté, une vie « européenne ». Spinoza, plus héroïque et sans doute plus mystique, fut froissé de l'ambiguïté d'une existence qui ne se résigne pas à la lutte obscure et veut la sécurité, surtout l'influence immédiate et l'éclat. Or, Leibniz enfermait bien aussi en lui-même un chercheur isolé et dédaigneux des extériorités. Seulement, il ne croyait pas, et sans doute il n'eût point voulu croire que la méditation du penseur doit exclure l'ardente communication avec autrui. Il correspondit avec tous. Un jour, il énumère ceux de France, de Hollande, d'Allemagne, d'Italie ou d'Angleterre à qui il est en droit d'écrire (1). La liste qu'il développe avec emphase s'augmentera toujours. Par son immense correspondance, il réussit à vivre la vie européenne. En même temps, il s'im.prégna de vie locale. Ses travaux de minéralogie, qui devaient l'amener à écrire radn)irable Prologée (2), il les poursuivit non dans les laboratoires, mais au milieu de la nature même. Déjà, en 1075, il avait écrit à Colbert que la minéralogie tst encore tout approximative, parce que jusqu'à présent on a examiné les minéraux sans considérer les lieux d'où on les tire (3). C'est dans le Harz qu'il travaille. Plus lard, ce sera en Dalmatie et en lllyrie. Toujours il aura le sens
(1) Il faut noter (jutî lu corrospondiinco do Loibniz avait souvent un caractère officiel. Lcilitii/. ilevait donner h. son nitiitro (les rnnseJKncmonls sur le mouvomcnt (général européen. Cf. Kloim», IV, :<H0-3H1.
{2) Cf. A. UK Lai>i>aui.it, Traitd de (fJoloffic. Introduction.
(3) Kloit, IH, 212.
de la nature réelle, et dégagera ses idées les plus théoriques des recherches les plus concrètes et les plus humbles.
Désonnais sa vie extérieure s'écoulera sans changements très notables. Jean-Frédéric meurt en 1(J79. Son successeur, le duc Ernest-Auguste (1079- 1098), est un Luthérien modéré, marié à une Calviniste assez indifférente, pour laquelle on célébrait cependant un office spécial dans la chapelle du château [\). C'était une femme peu religieuse, assez spirituelle et alerte, mais sèche et superficielle. Elle voulait le plus souvent poss'ble, tous les jours (2), obtenir de Leibniz des entretiens philosophiques. Dès lors, voici pour lui de nouvelles et décisives difficultés. Ce ne sont plus seulement les travaux de commande qui l'accablent ; mais les conversations surchargées d'un philosophisme extérieur menacent d'altérer sa pensée. En fait, à travers ses œuvres les plus puissantes, telles que la Tfiéodicée et les Nouveaux Essais, je ne sais quelle nonchalance mondaine un peu lourde se mêle tout à coup à l'intime discussion des problèmes (3).
Aucun milieu ne pouvait davantage déformer la réalité religieuse. Sans doute, les projets d'union se multiplièrent. Et l'on aurait tort de croire que nulle sincérité ne les inspira. Mais il ne faudrait point
(Ij GuilRAUEK, II, 15.
(2) Témoignage d'Eckhart, ouv. citô, p. 217.
(3) Cette nonchalance disparaît, au contraire, en des œuvres telles que le « Discours de métaphysique », la « Monadologio », le De rerum orighiatione radicali, etc.
conclure qu'un projet devient digne de tout respect parce qu'on y découvre quelques mobiles stncères. Car cette sincérité est-elle fondée sur des idées un peu subtiles et rares? quelque désir profond et véhément y est-il enveloppé ? Dans la cour hanovrienne, où des causes politiques dominaient les eiïorts religieux, il y avait en quelques hommes un timide rêve d'union. Mais en quoi cet état d'âme était-il intéressant et religieux? Nous verrons que, contrairement aux thèses courantes, le mérite de Leibniz a été de conquérir une sincérité moins élémentaire que celle de ses contemporains.
Il lui fut bientôt donné de manifester cette sincérité complexe. Au printemps de 1683, Spinola arrivait de nouveau à Hanovre pour obtenir des « déclarations » protestantes. Dès le mois d'avril de la même année, Leibniz signalait l'importance toute particulière d'un projet qui ne traite plus des « seuls articles populaires de la communion des deux espèces », du (( mariage des prêtres et choses semblables », mais qui « va plus avant et touche un peu plus à l'essentiel (1) ». '
Spinola partait du principe de la communion interne de ri^glise. Il accordait que les Protestants ne se trompent que sur un point de fait, quand ils refusent d'accepter le Concile de Trente, mais qu'un accommodement serait possible, s'ils reconnaissaient « sincèrement et de bonne foi le pouvoir des Conciles de l'Eglise catholique ». C'est donc une sou-
(1) IlOMNBL, I, 323.
INTKODUCTION 4 .{
mission mystique et tliéorique qu'il leur demande. Où trouver, d'autre part, les principes protestants? Ce ne sera pas dans les écrits particuliers, mais dans l'acte officiel de la Confession d'Augsbourg. Or, nous y voyons que les Protestants ne refuseront point « le jugement de l'Eglise déclaré dans un Concile général ». Dès lors, ils seront obligés de « se soumettre à un Concile général qui se tiendra en forme due, à moins que de renoncer ouvertement à la Confession d'Augsbourg ». C'est ce point précis que veut élucider Spinola : 11 demande aux diiïérents Princes protestants d'Allemagne, « s'ils sont encore dans le sentiment de leurs ancêtres, et prêts de se soumettre au jugement de l'Eglise universelle ». De plus, il tâche de réaliser une « réunion préliminaire, mais véritable », une sorte de « réconciliation » mystique et secrète, fondée sur la soumission au Pape, sur la reconnaissance du « pouvoir de r Eglise catholique et des Conciles œcuméniques qui la représentent ». Peu importe l'obstination sur la question de fait du Concile de Trente, puisqu'il s'agit d'un état spirituel « moralement invincible ». Il faudra mener les Protestants « par degrés » pour obtenir d'eux ce que l'on désire. Un tel pouvoir appartient au Pape ; « car il est constant qu'il est administrateur légitime de tous les biens spirituels de l'Eglise .universelle, surtout tenipore interconciiiiiri ; et si la chose se peut validement, le Pape la peut faire ; et si elle se peut licitement,... il semble qu'il la doive faire (1) »>.
(1) Toutes les citations contenues dans ce paragraphe soal;
Ce projet n'était pas une fantaisie individuelle. Rome en approuvait, seinble-t-il, certaines tendances, et Leibniz écrira plus tard que Spinola lui « a montré des pièces authentiques qui prouvent que le Pape, des Cardinaux y le Général des Jésuites, le Maître du Sacré Palais, et autres, qui ont été pleinement informés de ses négociations et desseins, les ont approuvés » (1). Tout récemment encore, un théologien protestant, le Docteur Briggs, déclarait que le tiième de tout effort irénique devrait (^tre cherché dans une enquête critique sur les projets de Spinola (2). Spinola, en effet, une fois informé des intentions protestantes, partit de Hanovre pour Rome. Il avait reçu les encouragements de la Compagnie de Jésus, qui lui donna le conseil de continuer (3). Mais les conditions posées étonnaient fort les Catholiques contemporains : « Je n'entends plus rien de l'affaire de l'Evêque de Thina », écrivait le Landgrave de Hesse-Rheinfels : « Je m'étonne le plus du monde qu'à Rome on lui permette celte affaire-là... (4) ».
Pourtant Leibniz n'avait pas grand espoir. D'autre part, Ernest-Auguste craignait que trop hâtivement on ne considérât comme des expressions de la vo-
extrnilcs du fragment do Leibniz intitulé : Des méthodes de réunion, up. V. dk Caubii., II, 1-21.
(1) KoMMKi,, II, i*Ji]. NuD souligné par Leibniz..
(2) (".f 1)k. Hkkjgs, l' Avicriqu: et la réunion de la Chrétienté (Revue catholique des Eglises, jnillot 1907).
(3) Inédits, Thèol., XII, 4, 1.
(4) IloMMKi., Il, 50 (novombro Kîfti). D'un fragment inédit (TheoL. XII, 4, f"" 7-8. Ictiro du 2 janvier lOlH)). il ressort elaircmenl (|ue L. eonsidéralL la n6j<ocialion franco-gorinani(|uo comme nuisible au auccès de l'affaire on Cour do Home.
lonté protestante les sommaires simplifications des théologiens. Bref, les points de vue n'étaient pas élaborés. A cette œuvre se consacra Leibniz. En mars 168i, il écrivait : « Je veux dresser un jour quelque écrit sur quelques points de controverse entre les Catholiques et Protestants, et s'il est approuvé par des personnes judicieuses et modérées, j'en recevrai beaucoup de joie. Mais il ne faut pas qu'on sache en aucune façon que l'auteur n'est pas dans la communion romaine. Cette seule prévention rend les meilleures choses suspectes (1). » a Un homme méditatif », dit-il ailleurs, « qui n'est pas éloigné de la Réunion, devrait composer une ExposUion de la Foif qni entrerait un peu plus dans le détail ((ue VExposliionde M. de Condom... Et celte explication serait soumise au jugement de quelques savants évêques parmi les plus modérés ; l'auteur y dissimulerait son nom aussi bien que son parti... 11 chercherait à fonder son exposition sur l'autorité de quelques savants hommes dans l'Eglise romaine. Mais tandis qu'il réclamerait d'eux un jugement, il ne leur demanderait pas s'ils sont de son avis, mais seulement s'ils croient que l'on peut tolérer un tel avis dans l'Eglise (2). »
Ce ne fut point là projet illusoire; et Leibniz rédigea un écrit de cette sorte, le Sf/stcma theologicuni, exposition sommaire, mais objective, de la doctrine catholique. Le manuscrit en fut retrouvé à Rome en 1839, et comme on ignorait alors les raisons qui
(Ij IIOMMBL, II, 28. (2) GUURAUER, II, 31.
avaient amené Leibniz à écrire l'ouvrage, on crut découvrir sa Confession personnelle. Une thèse s'écliafauda, et fut défendue par Albert de Broglie ; on parla d'une religion secrète, que Leibniz n'aurait pas osé avouer et qu'il aurait révélée en ce court, mais substantiel schéma (1). Pourtant le texte de l'ouvrage attentivement étudié eût suffi à démontrer qu'il s'agissait d'un écrit diplomatique. Mais des preuves plus incontestables sont maintenant saisissables. Les Archives do Hanovre sont pleines de fragments de môme ordre. D'autre part, les textes où Leibniz annonce sou projet de composer un écrit tout objectif se réfèrent sans nul doute au Syslema theologicum. Mais alors Leibniz n'était-il pas un diplomate insincère? Que penser de la vie religieuse d'un homme capable de simuler ainsi une foi qu'il ne possédait point?
Cette nouvelle conclusion ne valait pas mieux que la première. Elle témoignait d'une médiocre conception de l'esprit diplomatique. En quoi un écrit officiel, destiné, exactement, à préciser l'état d'une question, était-il susceptible de nous révéler quelque chose de la pensée intime de Leibniz? il s'agissait là dcxpo-
(1) Cf. Pensées de Leibnix sur la Ixeligion et lu Morale, par M. Eiucry, suivi du Système ihéologique do Leibniz, Iradiiit par lo i'ritice Albert do Hroglie, Toui-s, 1870. Le manuscril fut trouvé en i83'J par Mgr Lacroix, à Saiul-Louis-dos l''ran(;uis, et publié en lH-ii. Une preinifire édition avait jtaru en ISl'.t, d'après une copie qu'avait coinnmndt'o Kmery. l-o Ms. était allé de Hanovre & iloiuo par Buito do circonslunccs qui sont racontées dans l'ouvraKO d'Kniory, p. 2()S. — L'ouvrap^e dr Leibniz est en réalité siins lilrr, — les mots; d'l'!.i:aiiifn rclif/ii>ni.i chi istiainr inscrits an crayon sur le iA*. Ini'dits, Théologie 11,1, étant, d'une aulbonticité douteuse. — Lo texte latin se trouve dans F. im Caiikm., 1, pp. 531 et suivantes.
ser et, comme Leibniz le disait, de faire umvre de rapporteur fidèle. L]n matière de négociation religieuse, quelle meilleure méthode que de décrire en les simplifiant, avec la froideur désintéressée d'un critique, les problèmes qu'agitait la controverse du xvii° siècle? C'est là l'œuvre que voulut Leibniz dans le Si/sU'malheoiogician{\). Le desse'iù était fort intéressant et très moderne. Soulever à propos d'un tel écrit les questions de sincérité ou d'insincérité serait user d'une critique bien vieillie. Ce sont là pourtant les arguments que l'on fait valoir aujourd'hui encore, et peut-être la cause profonde de la faible importance que l'on croit devoir attacher parfois aux idées religieuses de Leibniz provient-elle de notre inaptitude à comprendre de façon quelque peu profonde l'esprit diplomatique (2).
Le 2 mars 1084, Arnauld écrivait au Landgrave de Hessen-Flheinfels : « Je ne sais que vous dire de votre ami. Car je ne puis deviner quelles peuvent être ses opinions philosophiques, auxquelles il appréhende qu'on le voulût obliger de renoncer s'il se faisait catholique... Puisqu'il vous déclare que s'il était né dans la religion catholique il y demeurerait, je ne
(1) Il ne faudrait pas croire, d'ailleurs, que le « Système Ihéologique " ne contient pas pour le critique des renseignements précieux sur les idées religieuses de Leibniz. Une analyse minuiieuse permettrait de préciser la question.
(2) Voir, plus haut, pp. 20 sqq.
vois pas comment il peut avoir la conscience en repos s'il ne se met en état d'y rentrer (1)... »
Arnauld témoignait qu'il ne comprenait en rien l'attitude leibnizienne. Seule, d'ailleurs, une indiscrétion du Landgrave l'avait informé des intentions de Leibniz. C'est que, de tous côtés, on espérait encore plus une conversion singulière que des abjurations collectives. Mais Leibniz s'irritait de cet investissement obstiné et surtout de ces communications imprévues de lettres confidentielles. 11 écrivait neltemeut au Landgrave : « Je souhaiterais que V. A. S. eût déféré ma très humble prière, de ne communiquer à d'autres ce que je n'avais écrit que pour elle seule, d'autant que cette communication ne pouvait avoir d'usage, puisqu'il n'est pas probable qu'un autre puisse deviner en quoi consistent les difficultés dont il s'agit (2). »
Personne en effet ne les pouvait entendre, et nous devons aujourd'hui éviter toute conclusion tranchée, quand nous cherchons à analyser l'âme trt''S nuancée de Leibniz. Mais comment ne pas voir en ces trop brutales espérances, dont Leibniz se sentait enveloppé, l'une des causes essentielles de la réserve qu'il manifeste presque toujours?
Des circonstances tout extérieures le firent p:irtir pour l'Italie en KISU. Il y allait chercher des documents sur les maisons de Urunswick et d'iCste. Voyage officiel en apparence. Mais Leibniz sut tou-
(I) lltiHUF.i., II. 32 cl 3i.
(i) UUMMIL, II, 3Ô.
jours transformer en sources de progrès intérieur les travaux imposés du dehors. 11 s'arrêta d'abord à Venise, et arriva à Rome en octobre 1089. Il travailla à la Bibliothèque vaticane, fréquenta chez tous les savants, et fut nommi'; membre de VAcademia flùco-matlieniatica. Avec le secrétaire du Pape Alexandre VIII, Rafai'l Fabretti, il visita les catacombes (1). 11 se lia avec plusieurs Jésuites, notamment avec le P. Grimaldi (2), qui s'apprêtait à quitter Rome pour emmener en Chine quarante Jésuites mathématiciens.
Il avait déjà perçu la force possible des Jésuites durant son séjour à Paris. Il avait connu alors le P. de la Chaise (3). En Allemagne, à Mayence, il avait été en rapports avec le P. Gamans (4). 11 avait correspondu avec le P. Kircher, le P. Fabri, le P. Kochanski (5), en 1070 et 1671. Mais c'est à Paris .sans doute que l'Ordre des Jésuites lui était apparu en son émergence concrète. Dès 1080, il avait écrit au Landgrave de Ilessen-Uheinfels comment il concevait la transformation possible des Jésuites; il les voyait pro-
(1) Giuseppe Barsotti, dans un travail paru à Rome (1787), est la source principale pour le séjour de Leibniz en Italie. Cf. Guii- R.vuKB, 11, 8S et suiv.
(2) Sur les rapports de Grimaldi et de Leibniz, cf. Hommel, II, 208 et 213 : P>ace Mateinatyczno-Fisyczne, Varsovie, t. Xll, (1901), p. 242; lettre inédite à Juctel, 24 mai 1692 ; préface des Nooissima Sinica.
(3) Ktopr, IX, 310 ; Rommbl, I, 279; lettre inédite au P. de Lachaise
(4) RoMMEi., I, 320.
(5) Les lettres au R. P. Kochanski, extrêmement importantes au point de vue des rapports de Leibaiz et du monde slave, ont été publiées dans les Prace Matematyano-Fizycsne, t. XII (1901), et t. XIII (1902), Varsovie, par MM. Boderaann et Dickstein.
pagateiirs de sa propre philosophie grâce à leur enseignement multiforme ; il espérait ainsi triompher du Cartésianisme et y substituer sa caractéristique universelle (1). Or, à Rome, il entrevoyait de bien autres possibilités. Les missions allaient-elles seulement porter en Chine cette doctrine atténuée dont parlait Pascal, qui supprime « le scandale de la croix et ne prêche que Jésus-Christ glorieux et non pas Jésus- Ghrist souffrant (2) ? « Leibniz approuvait un tel opportunisme. Mais il souhaitait que l'on mèlàt à la propagation du Christianisme une propagation des sciences européennes et que l'on arrivât h une fusion intellectuelle. Qu'était-ce, sinon le rêve d'une pénétration de l'Kxtrême -Orient par le leibnizianisme ? Kt n'est-ce pas à Home que des projets vieux de vingt ans se sont précisés (3j?
En même temps, Rome lui révèle la puissante organisation des Ordres. Avec le P. Sabbalino, à Bologne, il s'entretient longuement des Monastères (4;. lia conscience de l'œuvre immense accomplie par les Ordres du Moyen Age. Pourquoi dèslors ne pas attendre des monastères d'aujourd'hui une œuvre scientifique collective, qui ne détruise pas l'essence de chaque
(1) Pour co plan tlo réorganisation des Jésuites, voir I.eib. et VOry. rel,, l'" parlio, clmp. ii. — Sur lu caractérisliquo univorsollo, voir Ccutuuat, Logique de Leibniz, et spécialement le cliap. IV.
(2) Pascal, 5" Lettre provinciale, édit. des Grands écrivains I, 105.
(3) Allusion au projet do roiuiuiMo do ri'.n.vp'o, où fou voit le rAv6 lie pénétraliou on KxtnMntvOrioul nollonn'ul formulé — Cf sur cotto question, Leib. et l'Ory. rel., l'« partie, ch. i"', L'Kyyple.
(4) GuiiRAUKu, H, <.)2.
INTRODUCTION Hl
Ordre mais la parachève et la transpose? Bientôt Mabillon el l'Abbé de Rancé disputeront de la vt'ritable vie monastique. Leibniz suivra leurs débats avec passion, mais déplorera que quelque synthèse supérieure ne réunisse pas les monastères qui vivent la vie purement intérieure et ceux qui cherchent la gloire de Dieu à travers les antiquités et les médailles (1).
Le voyage en Italie n'est donc pas insignifiant. Leibniz voit non seulement Home, mais Naples, Florence, Venise, Padoue. A Venise il séjourne deux fois. C'est de Venise, le fait est à noter, qu'il écrit à Arnauld un admirable schéma de sa métaphysique (2). 11 poursuit ses recherches naturelles. Il étudie les lagunes vénitiennes et parcourt les mines de l'illyrie. Quand il écrit de Venise que son voyage lui « a servi en partie à lui délasser l'esprit des occupations ordinaires » (3), il songe à l'existence stérile qji'il va bientôt retrouver à Hanovre.
Joies brèves, en ellet, 11 se plaint, un jour, d'être « distrait » de ses méditations personnelles par les travaux d'archives et les lettres officielles. Ses ouvrages de dynamique et d'analyse sont interrompus. Ses amis le poussent à publier sa science de l'iniini ; « mais de tels travaux, les historiques exceptés, passent pour clandestins. Car vous le savez, dans les Cours on cherche et attend de tout autres choses >; (4). Il n'est pas douteux que Leibniz ait compté parmi
(1) Lettre inédite h Morell, le"" octobre 1697, et passim.
(2) Gerhakdt, II, p. 134 et suiv.