PRIÈRES ÉTERNELLES
Extrait de la Thêodicée.
§ Si. — On dira aussi que si tout est réglé, Dieu ne saurait donc faire des miracles. Mais .il faut savoir que les miracles qui arrivent dans le monde étaient aussi enveloppés et représentés comme possibles dans ce même monde, considéré dans l'état de pure possibilité ; et Dieu, qui les a faits depuis, a décerné dès lors de les faire, quand il a choisi ce monde. On objectera encore, que les vœux et les prières, les mérites et les démérites, les bonnes et les mau-
(i) « Quant aux miracles (dont nous avons déjà dit quelque chose ci-dessus), ils ne sont pas tous peut-ôtre d'une même sorte : il y en a beaucoup apparemment que Dieu procure par le ministère de quelques substances invisibles, telles que les Anges... Jet ces Anges ou ces substances agissent selon les lois ordinaires de leur nature, étant jointes à des corps plus subtils et plus vigoureux que ceux que nous pouvons manier. Et de tels miracles ne le sont que comparativement, et par rapport à nous ; comme nos ouvrages passeraient pour miraculeux auprès des animaux, s'ils étaient capables de faire leurs remanpies làdessus... Mais la création, l'incarnation, et quelques autres actions de Dieu passent toute la force des créatures, et sont véritablement des miracles, ou même des mvstères » (Geuu.vkut, \I, a65, ThéodLée, §3/19).
vaises actions ne servent de rien. |mis([ue rien ne se peut changer. Cette objection embarrasse le plus le vulgaire, et cependant c'est un pur sophisme. ( prières, ces vœux, ces bonnes ou mauvaises actions^ qui arrivent aujourd'hui, étaient déjà devant Dieu, 1 lorsqu'il prit la résolution de régler les choses.^ Celles qui arrivent dans ce monde actuel étaient représentées dans l'idée de ce même monde encore possible, avec leurs elîets et leurs suites ; elles y étaient représentées, attirant la grâce de Dieu, soit naturelle, soit surnaturelle, exigeant les châtiments, demandant les récompenses, tout comme il arrive eirectivement dans ce monde, après que Dieu l'a choisi. La prière et la bonne action était dès lors une cause ou condition idéale, c'est-à-dire une raison inclinante qui pou\ ait contribuer à la grâce de Dieu ou à la récompense, comme elle le fait à })résent d'une manière actuelle. Et comme tout est lié sagement dans le monde, il est visible que Dieu, prévoyant ce qui arriverait librement, a réglé làdessus encore le reste des choses par avance, ou (ce qui est la même chose) il a choisi ce monde possible, où tout était réglé de cette sorte.
DEUX TEXTES RELATII'S A LA l'IUJiKE
Ce n'est pas que les prières puissent rien changer dans le temps, ou dans l'oi'dre immuable dos
(Icsliiis ; mais c'est que ces prières mêmes ont contribué à former cet ordre où elles entraient de tout temps (1).
II convient encore aux philosophes de prier Dieu ; car, bien ([ue tout soit écrit là-haut, il est encore écrit... <[ue les prières des bons seront considérées (2).
(i) Klopp, X, /|3.
(a) GiiaiiviiDT, 13riofu'eihsel.,^^8i.