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LA (( GÉNÉROSITÉ

Gerhahdt, VII, 10^-108.

La Générosité, suivant la propre signification du mot, est la vertu qui nous élève à faire des actions dignes de notre genre, nature, extraction ou

oriu^ine. qiii est céleste, car comme dit saint Paul après un poète grec qu'il cite lui-même, nous sommes du jj^cnre ou de la race de Dieu qui est la fontaine des Esprits. Aussi est-ce dans ce sens qu'il convient à tous les hommes d'être généreux et d'agir suivant la noblesse de la nature humaine, pour ne pas dégénérer ni s'abaisser jus(ju'aux l)êtes...

Nous ne sommes... pas nés pour nous-mêmes mais pour le bien de la société, comme les parties sont pour le tout, et nous ne nous devons considérer que comme des instruments de Dieu, mais des instruments vivants et libres, capables d'y concourir suivant notre choix. Si nous y manquons, nous sommes comme des monstres et nos vices sont comme des maladies dans la nature, et sans dtmte nous en recevrons hi punition afin que l'ordre des choses soit redressé, comme nous voyons que les maladies affaiblissent et que les monstres sont plus imparfaits.

Par là nous pouvons juger que ces jirinci[)es de la (iénérosité et do la justice ou piété ne sont (|u'une mêtne chose, au lieu (|ue l'intérêt et l'amour-propre (piand il est mal réglé sont les principes de la lâcheté. Car la générosité, comme j'ai dit au commencement, nous approche de l'auteur de notre genre ou être, c'est-à-dire de Dieu, autant (pie nous sommes caj)al)les do l'imiter. Nous devons donc agir conformément à la nature de Dieu (qui est luiiuême le bien de toutes les créatures), nous devons suivre son intention (jui nous ordonne de procurer le bien conunun, autant cpi'il déju>nd de nous, puisque lu charité et lu justice ne consistent qu'en cela,

Nous devons avoir é^ard ii la di|^nité de notre nature dont l'excellence consiste dans la perfection de l'esprit ou dans la j)lus haute vertu. Nous devons prendre part au ])onheur tle ceux (pii nous environnent comme au nôtre, ne cherchant pas nos aises ni nos intérêts dans ce qui est contraire à la félicité commune ; enfin nous devons songer à ce (jue le puljlic souhaite de nous et(|ue nous souhaiterions nous-mêmes, si nous nous mettions à la place des autres, car c'est comme la voix de Dieu et la marque de la vocidion.

Mais si nous méprisons ces grandes raisons du bien général, pour le([ucl nous sommes faits, en cherchant nos avantages j)articuliers au hasard de la misère puhli(jue,nous ne saurions être généreux, quehjue profession que nous fassions de ne suivre dans nos actions «pie la gloire, et même nous ne saurions être heureux, (pu'hpies succès (jue puissent avoir nos entreprises, parce que les lois de l'univers sont inviolables, et il faut tenir pour assuré <(u'il n'y a point de crime cpii ne recevra son châtiment à proportion des maux (pi il a faits ou (lu'on doit juger qu'il pouvait faire.

LA PLAci: I) al:tiu:t est lk vhai point dk perspective Inédits, Politik iiml Volkswirtschaft. 8.

La place d' autrui (1) est le vrai point de perspective en politique aussi bien qu'en morale. Et le

(i) Souligné par Leibniz.

36 i LA VÉRITABLE VIB MYSTIQUE

précepte de Jésus-Christ de se mettre à la place d 'autrui ne sert pas seulement au but dont parle Notre- Sei^neur, c'est-à-dire à la morale, pour connaître notre devoir envers le prochain, mais encore à la politique, pour connaître les vues que notre voisin peut avoir contre nous. On n'y entre jamais mieux que lorsqu'on se met à sa place, ou lorsqu'on se feint conseiller et ministre d'Etat d'un prince ennemi ou suspect. On pense alors ce qu'il pourrait penser et entreprendre, et ce qu'on lui pourrait conseiller. Cette iiction excite nos pensées et m'a servi plus d'une fois à deviner au juste ce qui S( faisait ailleurs ; il se peut à la vérité que le voisin ne soit pas si mal intentionné, ni même si clairvoyant que je le fais, mais le plus sûr est de prendre les choses au pis en politique, c'est-à-dire quand il s'ap^it de se précautionner et de la défensive, comme il faut les prendre au mieux en morale lorsqu'il est (juestion de nuire et d'olîenser autrui. (Cependant la morale même permet cette polit i- ([ue... Ainsi on peut dire que la place d'autrui en morale connue en politi(juc est une place propre à nous faire découvrir des considérations qui sans cela ne nous seraient point venues : et que tout ce que nous trouverions injuste, si nous étions à la place d'autrui, nous doit paraître, suspect d'injustice. Et même, tout ce ([ue nous ne voudrions pas, si nous étions à cette place, doit nous arrêter, pour rexaminer plus mûrement. Ainsi, le sens du principe est : ne fiim ou ne refuao point aiscnicni ce que lu vouilrnis ([uon ne te fit ou quon no te refusait

LA VÉRITABLE ViE MYSTIQUE 30d

l)âs (1); penses-y plus mûrement, après t'être mis à la place d'aulrui, (jiii te fournira des considérations propres à mieux connaître la conséquence (le ce que tu fais. On peut encore distinguer la volonté qu'on aurait, étant à la place de l'autre, qui peut être injuste..,, et le jugement qu'on ferait alors... La volonté est une marque inférieure au jugement ; mais ainsi l'un et l'autre n'est pas une marque certaine de la vérité et ne sert qu'à nous arrêter, à exciter notre attention, et à nous aider dans la connaissance des conséquences et de la grandeur des maux que cela pourra faire naître dans autrui.

biscoLu.s SL'ii L[:s hkaux si:.ntimi:ms (2)

Inédits : Philosophie, VIII, 10.

F" Ga-03.

Les Bons sentiments sont ceux qui tendent au bien ou à la vertu. Et l\[nie est bonne où ces sentiment dominent.

Les Grands sentiments sont ceux qui portent à faire quelque chose de grand. Et Vnme est grande quand elle en est remplie.

Les Beaux sentiments sont ceux (jui sont tout ensend)le bons et grands. Et Vàme est belle (3), quand elle est bonne et grande en même temps.

(i) Souligné par Leibniz, (a) Titre de Leibniz.

(3) Les mots imprimés en italiques sont soulignes dans le ms. Los alinéas sont conformes à ceux du ms.

Il y a du fi'rand encore dans le mal ; il y a des âmesgran des encore parmi les scélérats, et Machiavel a remarqué que la cause de la rareté des grandes actions est qu'il y a peu d'hommes fort bons ou fort méchants ; c'est-à-dire parce qu'il y a peu d'àmes grandes.

Le mal n'est qu'une privation, comme les ténèbres sont la privation de la lumière. Un certain prince était appelé grand par ses flatteurs lorsqu'il avait perdu une bonne partie de ses Etats ; mais la satire disait qu'il l'était comme l'est un trou ; plus on lui ôte, plus il devient grand. C'est ainsi que le mal est grand.

Comme le mal peut avoir de la grandeur, de même le bien peut avoir de la petitesse ou de la médiocrité. C'est ce qui arrive le plus souvent. Car j'ai déjà dit que le grand est rare partout. Mais quelque petit que soit le bien, il pourra être sufllsant pourvu ({u'il soit proportionné à nos talents et à nos forces. Il y a deux manières d'estimer les choses : ce qui est petit absolument devient considérable par ropport. Et quoiqu'on ait l'âme bornée à des petites choses, on y est très louable quand on y remplit son devoir.

Les talents sont nos forces internes. Mais ce qu'on appelle ordinairement nos forces est le talent des choses extérieures, dont Dieu nous a conliinié l'administration.

On peut avoir l'Ame grande, (juand les forces internoH sont grandes, (|uoi(ni(' les l)iens extérieurs ne répondent pas.

Les forces internes ou forces de l'âme sont de

deux sortes. Elles sont naturelles ou acquises. La nature nous forme, l'art nous achève.

Ceux qui dans l'éducation des enfants laissent tout faire à la nature ne considèrent pas assez la nature. Qu'ils aillent consulter les chasseurs, les écuyers et ceux qui gouvernent les chevaux, les chiens, les oiseaux; qu'ils aillent voir travailler les jardiniers qui taillent et qui redressent les arbres.

11 est vrai qu'il n'est pas en notre pouvoir d'augmenter les forces que la nature a produites. Et cependant, l'art nous peut donner des forces que la nature nous refusait.-

Gomment concilier ces deux vérités opposées? C'est que l'art réunit et emploie Jes forces que la nature avait dissipées et diverties. En joignant plusieurs petits ruisseaux dans un canal, on amasse assez d'euu pour faire agir des moulins, ou pour faire aller des bateaux. Un miroir concave brûle en assemblant les rayon '^ «lu ^^oleil, (jui étaient dispersés par l'air.

Il en est de même des forces de l'àme. Nous avons l'esprit dissipé naturellement, et nous sommes divertis dès iiotie enfance par mille l)agalelle.s (jui partagen-t notre attention. L'art ne fait que réunir et que diriger nos pensées.

\oyQz cet enfant connue il court au premier objet. Une grenouille, un papillon l'attirent. Nous ressemblons nous-même à un papillon ; qui voltige à l'entour du feu, tant, qu'il se brûle. La plupart des hommes sont enfants toute leur vie ; ils aiment à courir les bagatelles.

Nous ne devrions avoir qu'im seul aimant (|ui

36Ô LA VÉRlTAfeLE VIE MYSTIQUE

nous attirât et qui nous donnât de la direction. Cet aimant est le vrai bonheur. Mais nous en avons d'innombrables, qui nous font varier.

Les amusements nous détournent du vrai chemin et nous font perdre le temps de la course : comme à cette Atalante de la fable, qui ramassait des pommes d'or jetées pour l'arrêter, ce qui lui coûta toute sa félicité.

On voit des personnes graves ressembler au chat d'Esope. Jupiter changea un chat en fille, à la prière d'un jeune homme qui aimait éperdument le chat et qui ne manqua pas d'épouser la fdle. Elle était habillée magnifiquement le jour de ses noces et gardait le sérieux autant qu'il lui était possible. Mais une souris parut par hasaiul. Cet objet démontra toute sa gravité. Habits, appareils, tout fut jeté, renversé, foulé, pour courir après la souris. Voilà l'image des hommes qui n'ont pas assez de force d'esprit. Le moindre divertissement les fait négliger les plus importantes affaires.

FOI, KSPKRANCK V.T AMOUR (1)

i. — \J espérance est une foi en le fuiui\ comme la foi est, pour ainsi dire, une espérance en \oj)nsst'. Car croire, c'est espérer (|ue le passé, tel qu'on le

(i) Co Icjtlo est extrait d'un Plan do Crôalion d'une Société de» A ris et dos Sciences on Allomagno. Il est publié par Fouclicr do Caroil au lomo \ Il do son édition. Nous avons enliô< ronaonl traduit le loxlo à nouveau.

LA VÉRITABLE vrE MYSTIQUE 3(j9

rapporte, est vrai. De la sorte, la vraie foi et la vraie espérance ne consistent pas à seulement parler, ni même à seulement penser^ mais à penser pratiquement^ c'est-à-dire à agir^ comme si cela était vrai. Croire en Dieu, espérer en Dieu, c'est croire que Dieu nous aime et que, pour le réveil de notre amour envers lui. son Amour nous a été apporté par notre Sauveur et Médiateur; et ensuite, c'est espérer que, si en retour nous l'aimons de tout cœur, il en naîtra une amitié indissoluble, une amicitia vera et œterna, et que, dès lors, dans l'autre vie s'ensuivra une jouissance inelîable et sans iin.

5. — Ainsi \ espérance et la foi sont fondées sur \ amour ; et tous trois sur la connaissance. L'amour est une joie du sentiment-intime (Gemûth) issue de l'aperception de la beauté ou de l'excellence d'un autre sentiment-intime. Toute beauté consiste en une harmonie et proportion ; la beauté des choses ({ui recèlent sentiments-intimes ou entendement «jit dans la proportion entre entendement et puissance ; et dans ce monde, le fondement de la Justice, de \ ordre, des mérites, et même de la forme de la rvépubli(|ue, c'est que chacun possède un entendemont conforme à sa puissance, et une puissance toute proportionnée à son entendement. La puissance est-elle plus grande que l'entendement, celui ([ui la détient est ou un stupide a<>^neau, qui ne sait })oint en faire usage, ou un loup et un tyran, qui ne sait point en bien user. L'entendement est-il plus grand que la puissance, celui qui en est doué ■ doit être tenu pour opprimé. Ces deux excès sont

inutiles, — assurément même, dommagealîlcs. Si, dès lors, la beauté des esprits consiste dans la pro-^ portion de la science et du pouvoir, la beauté de Vespj^it souverain et infini consiste dans une infinité aussi bien de pouA'oir que de sagesse ; et, par suite, V Amour de Dieu, du souverain bien, consiste dans l'incroyable joie qui... jaillit au spectacle de la beauté ou proportion incluses là, — c'est-à-dire au spectacle de linfinité de la Toute-Puissance et de la Toute-Sagesse.

6, — D'autre part, la foi, l'espérance et l'amour sont afîermis de fayon admirable par cette con/Kv/ssance et certitude de la Toute-Puissance et de la Toute-Safjesse de Dieu. En ell'et, parce qu'il est la souveraine Sagesse, indéniablement Dieu est si juste et si bon, et d'avance nous a tant aimés, nous ses créatures, qu'il a accompli tout ce qu'il est en lui de faire (c'est-à-dire tout ce ({ue V Universelle Harmonie des choses permet qu'il accomplisse sans rendre morte notre volonté libre) ^ pour que nous aussi nous l'aimions ; et là-dessus repose la foi. Mais, étant aussi, en même temps, la souveraine Puissance, indéniablement il est assez tort poui' faire jouir de son amour, c'est-à-dire pour rendre éternellement heureux, ceux (pii répondent à son amour. Considération (jui fonde V espérance', et si l'espérance a bien saisi le cœur, à elle seule (îlle suffit pour rendre bieniieureux l'homme el lui faire tenir pour néjint, ou même j)our faveur, le malluuir, la pauvreté, la persécution, le mépiis, la maladie, le martyre, la moit.

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