CHAPITRE QUATRIÈME
L'EMP EREU R
Le Priace impérial au jubilé militaire de Tempereur Guillaume. — Ses discours animés de sentiments pacifiques . — 90* anniversaire de Tempereur. — Premiers symptômes d'indisposition du prince impérial. — Cure à Ems. ~~ L'opinion européenne s'émeut. — Indiscrétion de la presse. — Médecins allemands et anglais. — Voyage à Londres. — Gravité du mal. — Séjour à San Remo. — Courage et confiance du Prince. — Lettres, à ce sujet, du prince et de la princesse. — Projets de faire abdiquer le prince. — Le prince Guillaume. — Ordonnance impériale conférant la signature au prince Guillaume. — Aggravation du maU » Le prince Guillaume à San Remo. — Mort de l'empereur Guillaume.
L'année 1887 semblait s'ouvrir sous les meilleurs auspices pour la maison de Hohenzollern. Le !•' janvier de cette année, l'em-
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pereur Guillaume célébrait le 80* anniversaire de son inscription sur les listes de l'armée. A la tête des généraux, venus pour complimenter le vieux souverain, marchait, en sa qualité de feld-maréchal le plus ancien, le prince impérial. L'allocution du prince, à l'occasion de cet événement tout militaire, ne respirait rien de cette ardeur belliqueuse, qui n 'aurait choqué personne en pareille circonstance ; elle est, au contraire, animée de cet esprit de paix et de ce désir d'apaisement, qui, depuis des années, caractérisaient tous les discours pubUcs de l'héritier de la couronne.
(c Dans la solennité de ce jour », disait-il, » Votre Majesté reporte ses regards en arrière » sur les seize années que la paix a libéralement » bénies et qui ont ^té consacrées avant tout » au développement tranquille et à raccroisse— » ment des forces de l'Empire, rétabli après » tant d'années d'attente et de luttes. » Après avoir célébré le mérite de l'empereur pour' la réorganisation de l'armée, il ajoute : quo « le peuple le regarde avec une joyeuse con- » fiance comme le défenseur de la paix. »
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Le 22 mars suivant, l'empereur Guillaume entra dans sa 91" année. A cette occasion, les souverains de l'Europe s'étaient rendus en personne à Berlin, ou y avaient envoyé des princes de leurs familles, ou bien encore des ambassades extraordinaires, pour féliciter l'empereur nonagénaire, dont la belle verdeur semblait défier les atteintes d'une si haute vieillesse. Sur les réceptions et les fêtes brillantes de la cour se projetait, en ce moment, une ombre qui assombrissait les assistants.
Le prince impérial, disait-on, affecté d'un enrouement opiniâtre avait dû, à plusieurs reprises, faire excuser son absence. Quelques jours après les fêtes, on apprit que les médecins avaient conseillé au prince une cure d'eaux pour faire disparaître son mal de gorge. Le 14 avril, il se rendit à Ems et rentra à Potsdam un mois après, sans avoir trouvé dans ces eaux la guérison espérée. Dès ce moment le mal fut jugé déjà assez grave pour qu'on mandât, sur le conseil des médecins ordinaires, un spécialiste anglais. Depuis lors les journaux allemands et, à leur suite, la presse
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européenne, s'occupaient de la maladie du prince impérial d'une façon qui, malgré les intentions sympathiques de la plupart de ces organes, n'en offrait pas moins un spectacle pénible en raison des bruits contradictoires qu'ils lancent dans le public, et de l'impression fâcheuse que la lecture de ces nouvelles ne pouvait manquer de produire sur le prince malade. A cette abondance de nouvelles, colportées par les journaux, se joignirent bientôt des controverses entre les médecins spécialistes des différentes facultés allemandes, et surtout entre ceux-ci et les spécialistes anglais. Les journaux de médecine se mêlèrent à cette polémique ; le cas du prince fut traité dans les cours publics, dans les salles de clinique.
La feuille officielle de Berlin s'attachait à calmer les esprits par des bulletins rassurants. Le public se montrait incrédule et croyait plutôt ceux qui affirmaient la malignité du mal. Au mois de juin, il fut question d'une opération, conseillée par les chirurgiens allemands, et que le spécialiste anglais avait empêchée en déclarant que l'issue pourrait en
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être fatale et que dans le cas le plus favorable le prince perdrait à jamais l'usage de la voix. Le voyage du prince en Angleterre fut alors décidé. Les fêtes du cinquantième anniversaire de Tavènement au trône de la reine Victoria étaient proches : la présence du prince impérial, son gendre aîné, paraissait indispensable. Installé dans un quartier paisible d'un faubourg de Londres, le prince suivait le traitement de son médecin anglais. Il prit part encore aux fêtes royales ; mais il changea bientôt de résidence. Après un court séjour dans Tîle de Wight, il se rendit en
Ecosse, au château royal de Balmoral. Les médecins anglais exprimaient l'espoir certain d'une prompte et complète guérison.
Le bulletin officiel du 1*' septembre constatait l'amélioration notable de l'état du prince, en ajoutant que les seules précautions à prendre étaient le ménagement de la voix et le séjour dans un pays ni humide ni froid. Sous ce dernier rapport, les avis varièrent assez souvent. Partis d'Angleterre, le prince et sa famille se rendirent îl Toblach, dans le Tyrol. On observa
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bientôt les effets fâcheux de ce séjour, et l'on choisit Venise, que le prince quitta cependant au bout de dix jours, pour aller faire une courte station à Baveno, sur le lac Majeur, et de là, se rendre le 5 novembre à San Remo, définitivement adopté comme résidence d'hiver.
Pendant ce temps les controverses avaient 4:*epris de plus belle. L'amour-propre national paraissait se mettre de la partie. Le monde médical de Berlin voyait d'un œil méfiant un spécialiste anglais diriger le traitement, à l'exclusion des représentants de la science allemande ; les journaux formulèrent ces plaintes, qui trouvèrent de l'écho dans la population.
De conserve avec cette polémique marchaient des récits sur les moindres détails de la maladie; presque tous démontraient qu'elle était incurable et qu'un dénoûment fatal était à prévoir à bref délai.
En effet le mal empirait. Le médecin anglais, en présence des attaques de la presse allemande, demandait lui-même l'adjonction de spécialistes allemands. Une consultation, qui, par suite, eut lieu le 12 novembre, ne fit
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qu'augmenter l'inquiétude générale. Partout, en Allemagne comme à l'étranger, les sympathies pour le prince impérial se manifestèrent avec une chaleur rarement observée en pareille occasion. En France même, le ressentiment national se taisait devant Tinfortune d'un prince dont tout le monde appréciait le caractère élevé et les sentiments humains.
Le prince lui-même montrait, dans cette crise terrible, un courage et un sang-froid qui excitaient l'admiration générale. Il s'élevait contre les nouvelles pessimistes des journaux et défendait énergiquement son médecin anglais. Le 4 décembre, il écrivit à l'ancien précepteur de ses fils une longue lettre, où il rendait compte de quelques opérations qu'il avait subies et qui l'avaient laissé très bien portant, gardant bon appétit et étonnant toutes les personnes qu'il rencontrait par « sa mine florissante ». Il taxe d'exagération les récits des jouriiiauxet plaisante ceux qui ne croient pas à une bonne tournure de la maladie ; les hommes qui le soignent, en outre des soins de la princesse impériale, possèdent son entière con-
fiance « en dépit des attaques auxquelles ils » sont en butte ». « Je ne désespère nullement », écrit-il, « et j'espère quand même, » après un repos prolongé, pouvoir consacrer » de nouveau, comme autrefois, mes forces à la » patrie. Profondément touché des preuves » nombreuses d'intérêt, qui m'arrivent de tout » VEmpire, ainsi que de l'étranger, je vois » avec une sincère gratitude qu'on a confiance » en moi et qu'on compte sur mon caractère.
» De pareils témoignages dans de telles cir- » constances sont pour moi un vrai trésor, » que je tiendrai en honneur toute ma vie. »
Des sentiments analogues sont exprimés dans une lettre de la princesse impériale .« Nous » traversons », écrit-elle le 7 décembre, « une » période d'épreuves graves sous tous les rap- » ports. Mais savoir que la nation ne nous » oublie pas, qu'elle espère et sent avec nous, » c'est là un sentiment infiniment consolant, » qui nous soutient et nous rend heureux. Si » Dieu le veut, cette confiance sera conservée » au prince impérial comme un bien précieux » et lui sera la meilleure aide pour atteindre
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» son but. Combien de temps lui sera-t-il en- » core donné? qui peut le savoir? Mais » lorsqu'on le voit si frais et si florissant, on w doit se fier à ses forces et à son bon tem- » pérament et espérer que la santé ne lui » fera pas défaut pour Taccomplissement de » ses devoirs, alors même que, dans le cas » le plus favorable, il serait obligé de se mé- )) nager pendant longtemps et pourrait peu » se servir de sa voix. »
Le prince n'était peut-être pas toujours très convaincu du bien fondé de ces espérances; car, à la même époque, il écrivait à un de ses amis pour lui exposer la gravité de son mal, en ajoutant que tout son espoir reposait en Dieu.
Pendant que le prince se trouvait ainsi, par suite de sa maladie, éloigné du siège du gouvernement, l'empereur Guillaume avait été luimême atteint d'une grave indisposition, comme il en subissait depuis quelques années dans la saison d'hiver, et qui, eu égard à son grand âge, donnait sujet à de sérieuses inquiétudes. On s'en préoccupait à Berlin dans les hautes ré-
gions du gouvernement et de la cour. Parmi les personnages dirigeants,quelques-uns, obéissant à des considérations de diverse nature, eussent voulu simplifier la situation, en amenant le prince impérial à se dessaisir, temporairement ou à titre définitif, de ses droits comme héritier de la couronne ; si le prince se fût prêté à ces projets, c'est son fils aîné, le prince Guillaume, qui aurait pris sa place, d'abord comme coadjuteur de l'empereur malade, ensuite, si les circonstances venaient à l'exiger, comme régent, sinon comme souverain. Très avancé dans les bonnes grâces de son impérial grand-père, le jeune prince, d'après la rumeur publique, n'était pas opposé à ces projets, pourvu que le prince impérial y donnât son assentiment. C'est à cette fin qu'une grande consultation des médecins avait été ordonnée en novembre, à San Remo, et que, de Berlin, des démarches étaient faites auprès du prince malade pour obtenir son adhésion. Les lettres, que nous venons de citer, du prince et de la princesse, témoignent d'une disposition d'esprit qui ne répondait pas trop à
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l'ordre d'idées en faveur à Berlin. Le degré d'insistance qui semble avoir été employé auprès du prince ressort des termes du passage de la lettre de la princesse, parlant des épreuves « sous tous les rapports » qu'ils subissaient- Cette lettre confirme aussi ce que l'opinion apprenait sur la résolution du prince de maintenir sa position dans toute la plénitude de ses droits. Cette pensée perçait dans toutes ses réponses au Reichstag, aux Chambres allemandes et aux nombreuses adresses formant des vœux pour sa guérison. Encore au mois de janvier 1888, répondant à une adresse de la municipalité de Berlin, il affirmait ne pas partager les appréhensions qu'on concevait de son état, et priait ses amis de Berlin de croire aux assurances qu'il leur donnait ; en même temps il insistait pour que Berlin ne changeât rien à ses fêtes de la saison et qu'on évitât de troubler le commerce de la capitale . Un acte avait cependant été accompli par l'empereur Guillaume, au mois de novembre, à l'époque de son indisposition, en vue de pourvoir à toutes les éventualités. A la date du 17 no-
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vembre, Tempereur avait rendu une ordonnance, contresignée par le prince de Bismarck et chargeant le prince Guillaume, en cas d^empêchement de l'empereur et en raison de l'absence du prince impérial, de le suppléer pour les ajSaires courantes du gouvernement et notamment pour la signature royale. A vrai dire, cette ordonnance ne confiait aucun pouvoir gouvernemental au jeune prince : c'est en quoi elle différait de la suppléance inst^uée en 1857 par Frédéric-Guillaume IV en faveur de son frère. Au surplus, l'ordonnance de l'empereur ne fut promulguée que le 7 mars suivant, le vieux souverain ayant promptementreconquisla santé. On verra bientôt dans quelles circonstances la promulgation eut lieu. Les espérances du prince impérial, relativement à une amélioration de son état, ne se réalisèrent point. Le 9 février, une grave opération chirurgicale devint nécessaire, ; elle réussit dans les limites attendues sans modifier la nature même du mal. De nouveau les bruits les plus alarmants se répandirent en Europe, où Ton partageait l'émotion générale
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de l'Allemagne. On s'était habitué à considérer le prince comme un pacificateur et un modérateur et, à part l'intérêt tout humain qu'on prenait au sort qu'il supportait avec un véritable héroïsme, on s'inquiétait devantl'idée de le voir disparaître avant le temps et avant d'avoir réalisé les espérances qu'on fondait sur son avènement au trône.
Dans le courant de février, la nouvelle circula que l'empereur Guillaume se proposait de se rendre lui-même à San-Remo pour revoir son fils, constater l'état de sa santé, se consulter avec les médecins, peut-être aussi dans le but de régler les questions de régence ou de règne. Les rigueurs de la saison obligèrent l'empereur à renoncer à ce projet, du moins à le différer. A sa place, le prince Guillaume alla, le 2 mars, rendre visite à son père, auprès duquel demeurait déjà, depuis quelque temps, avec les autres membres de la famille, le prince Henri, second fils du prince impérial. Le séjour du prince Guillaume n'y fut que de courte durée. L'état de l'empereur, peu satisfaisant lors du départ du prince, empira tout à coup
au point de nécessiter le prompt retour de celui-ci à Berlin. Le 9 mars, quinze jours avant l'accomplissement de sa quatre-vingt-onzième année, Guillaume P*" expira.
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L'état du prince impérial s'améliore an momeot de la moft de l'empereur Ouillaome. ^ II part pour Berlin. — Rencontre avec le roi d'Italie. — Les ministres mandés à Leipzig. — Le nouvel empereur a préparé ses manifestes, qm*il communique au chancelier. — Proclamation an peaple.
— Différence de système avec celui da règne précédent. — Rescrit au chancelier. — Programme da nouveau règne.
— L'empereur y traite toutes les grandes questions poliliques et sociales. — Sentiments de paix. — Le programme répond à l'attente du parti libéral. — Arrivée de l'empereur Frédéric au château de Charlottentiourg. — Messages aux Chambres prussiennes et au Reichstag allemand. — Proclamation aux habitants de l'Alsace-Lorraine.
Par un contraste singulier et peu attendu, pendant que Tempereur Guillaume agonisait à Berlin, le malade de San Remo se remettait des suites de l'opération : c'est ce que constatèrent, le 6 mars, les médecins anglais et allemands, dans un bulletin signé par tous. Ils niaient
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toute divergence entre eux et priaient les journaux d'être sobres dans leurs récits et leurs appréciations. Ils constatèrent encore cette amélioration dans leurs bulletins du 8 et du 9. Le télégramme qui arriva dans la matinée de ce dernier jour avec la nouvelle delà mort de l'empereur Guillaume, causa au prince une vive et longue émotion sans le faire hésiter un instant dans ses résolutions. Il télégraphia aussitôt au prince de Bismarck pour l'engager, lui et les autres ministres» à continuer à lui prêter leur concours, et annonça qu'il quitterait San Remo le lendemain 10, se dirigeant sur Berlin. Ce premier acte du nouvel empereur était signé du nom de Frédéric, et Ton ne tarda pas à apprendre que le prince impérial Frédéric-Guillaume s'appellerait comme roi de Prusse Frédéric III, continuant ainsi la série des Frédéric, qui s'était arrêtée au roi Frédéric II, dit tegr.„d.
Le samedi matin, ainsi qu'iU'avait annoncé^ l'empereur Frédéric, accompagné des siens, se mit en route, acclamé par la population de San Remo et salué, sur tout le parcours en Italie^
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parles habitants. A la station de Sanpierdarena, le roi Humbert, accompagné de son premier ministre, M. Crispi, attendait l'empereur. « Tu as perdu ton père », lui dit-il,«je suis » venu à ta rencontre, pour te dire toute la » part que moi et mon peuple nous prenons à » ta douleur, et pour être le premier à te féli- » citer personnellement de ton avènement au » trône. » L'empereur, empêché de se servir de la voix, écrivit sur un feuillet de son carnet : « Je vois dans ta démarche une nouvelle )) preuve de ta grande amitié pour moi. Que » Dieu m'aide et me guérisse, et cette amitié » sera encore plus solide entre nos deux mai- » sons et nos deux nations. » A Milan, il y eut une réception officielle, la dernière sur territoire étranger. Le train impérial passa par Brescia et Vérone, puis par les pays autrichiens, et arriva le dimanche 11 à Munich, où le prince régent de Bavière vint à la rencontre de l'empereur.
L'empereur avait invité le prince de Bismarck et les autres membres du ministère à venir le rejoindre à Leipzig, où le train
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arriva dans la soirée. Après la présentation de tous ces personnages aux deux souverains, le chancelier resta avec l'empereur pour commencer l'expédition des affaires pressantes.
Pendant le trajet, le souverain communiqua au prince de Bismarck ses manifestes, qu'il avait déjà préparés et auxquels le chancelier ne trouva à faire aucune objection.
Le premier manifeste s'adressait au peuple.
L'empereur y énumérait tous les titres de gloire du défunt empereur, dont les efforts avaient unifié l'Allemagne et constitué l'empire sur des bases solides. L'empereur Frédéric se propose de continuer l'œuvre dans le même esprit que celui qui l'avait fondée :
« Faire de l'Allemagne le foyer de la paix, de » concert avec les gouvernements fédérés, et » travailler, avec les organes constitutionnels » de l'Empire et de la Prusse, à la prospérité » du pays allemand. »
Dans ce document, émanation personnelle de l'empereur, le souverain semble indiquer la nuance qui fera différer son règne de celui de son prédécesseur. A celui-ci appartiennent
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la fondation de l'empire par les victoires militaires, la création de l'imposante armée, gardienne de la paix. L'œuvre de guerre étant accomplie, il s'agît de développer les institutions, le bien-être moral et matériel de la nation, de miliger les aspérités du régime autoritaire pour opérer le bien de concert avec les organes constitutionnels. Ce manifeste parle au cœur, s'adresse au sentiment de la nation. Un rescrit, adressé au chancelier, prince de Bismarck, fait encore mieux connaître la pensée de l'Empereur : c'est un véritable programme de règne.
Après avoir payé un tribut d'éloges chaleureux au chancelier pour les grands et longs services rendus au défunt empereur et au pays, Frédéric III lui expose, en détail, ses idées sur la direction future des affaires de TÉtat.
Comme dans son manifeste au peuple, l'empereur met en avant la consolidation des institutions constitutionnelles de l'empire et de la Prusse. Il fait allusion aux diverses tentatives de modifier les institutions parlementaires dans un sens rétrograde, pour décla-
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rer qu'il faut éviter de trop fréquents changements des lois organiques ; le gouvernement doit pourvoir à sa tâche, sans toucher âux bases des institutions existantes. Il faut donc respecter, en Prusse, tous les droits acquis et, dans Tempire qui est une confédération
d'Etats, les droits des gouvernements fédérés et du Reichstag ; en retour, il faut que les gouvernants et le parlement respectent aussi ceux de l'empereur- D'ailleurs les droits des deux parties ne doivent servir qu'à l'avancement du bien public, qui est le but suprême ; il faut aussi donner satisfaction aux vœux nationaux, qui viendraient à se manifester d'une manière certaine.
Cette base constitutionnelle établie, l'empereur aborde, les divers points de son programme. Il n'entend pas toucher à l'orj tion de l'armée, qu'il maintient telle trouve constituée et augmentée par comment votées. Mais si l'armée grandes colonnes de l'édifice, il ei autre, non moins indispensable p( nir. L'armée, c'est la force matéri
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c'est la iorce morale. Les institutions de l'empire et de la Prusse devront être scrupuleusement observées : elles ne sont pas le produit d'un caprice royal ou de quelque engouement des masses populaires. L'empereur semble vouloir rappeler à la suite de quelles tourmentes et de quelles formidables crises intérieures ces institutions ont été concédées et établies par ses prédécesseurs.
La question religieuse est d'une importance majeure dans un Etat, comme la Prusse, où les deuK grandes églises se partagent les âmes ; dans un empire, comme l'Allemagne, dont plusieurs États, avec la majorité de leurs habitaniSj diffèrent de religion avec la dynastie impériale. Il y a là de grands ménagements & * dans l'intérêt général, des droits à ler dans l'intérêt de la paix publique.
irnement prussioii a toujours joué de Dutes les lois (ju'il ost ailé en guerre iliolif]uo. La population cathof dos Provinces Rhénanes urirnii les plus fidèles et catholicité. Un gou-
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vernement protestant n'a pas facilement prise sur une telle population. Frédéric - Guillaume III, entraîné par des conseillers imprudents, n'avait pas vu la fin du conflit avec ses évêques. Frédéric-Guillaume IV n'avait eu rien de plus pressé à faire, le lendemain de son avènement, que de rétablir la paix par de larges concessions. Guillaume P*" avait laissé raviver le conflit,^ et M. de Bismarck avait essayé sa force sur l'Eglise catholique : empereur et ministre, lassés d'une lutte de six ans, avaient fini par mettre bas les armes. L'empereur Frédéric a voulu établir plus qu'une trêve ; il a proclamé l'ère de la paix, en rappelant l'exemple de ses ancêtres des siècles précédents, qui avaient inscrit la tolérance religieuse en tête de leurs chartes et qui doivent à la pratique de ce principe les commencements de la prospérité matérielle de la Prusse. Dans son manifeste, l'empereur Frédéric exprime la volonté que tous ses sujets jouissent du bienfait de cette tolérance : il indique par là son intention de mettre définitivement un terme au conflit entre TÉtat et l'Église. Il vise aussi
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le mouvement anti-sémite, dont il a été parlé déj à dans ce livre, et qui, dès son début, avait été sévèrement condamné par lui, alors prince impérial.
Après la question religieuse, les questions sociales et économiques. L'empereur est là sur un terrain qui lui est familier et quMl a exploré en tous sens, aussi bien sous le rapport scientifique qu'avec l'expérience d'un homme qui a vu les choses de près. Naguère aucun mouvement dans le domaine de la vie sociale ne trouvait un observateur plus attentif et plus bienveillant à la fois que le prince impérial. Là encore il est l'adversaire de tout parti pris. Dans son rescrit au chancelier, il déclare qu'il veut appuyer et encourager tons les efforts tendant à guérir les maox, à concilier les intérêts divergents. Ce qu'il ne veut pas, c'est laisser enraciner la croyance que TËtat puisse, par son intervention, remédier définitivement à tous les maux de la m>* ciété. Il ne repousse pas les mesures l^riatives prises à ce sujet sous le règne précédent ; mais il manifeste son intention de ne pas dé*
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velopper outre mesure ce que Ton a appelé le socialisme d'État. Puis, logiquement, il passe de ce sujet à la question de renseignement.
Répandre Tinstruc^on de plus en plus parmi les masses, c'est certainement le devoir d'un gouvernement éclairé. D'autre part, est-il bon de remplir d'une foule de sujets scientifiques des esprits mal préparés à les comprendre et à appliquer sagement ce qu'on leur a enseigné. Est-il bon de donner, au nom de l'État, une instruction supérieure à des individus dont l'existence devra généralement se consacrer aux occupations modestes, mais utiles, de la vie pratique? Qui voudrait l'affirmer, en présence de cette légion de déclassés, sortis de leurs rangs et incapables de rendre service à la société, mais rendant celle-ci responsable de leur impuissance et de leurs déceptiens, maudissant même l'Etat qui les a instruits ? L'empereur, dans son rescrit, s'occupe de cette maladie de notre société. Il appelle à son aide, contre elle, l'éducation de famille, trop négligée au profit de l'instruction, cette éducation qui enseigne aux jeunes gens de mo-
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dérer leurs passions, et surtout leurs prétentions pour la vie et de se fortifier contre la parcimonie du destin, en sachant ordonner les conditions de leur existence matérielle par des goûts simples et par l'épargne.
Avec une grande élévation de pensée, le rescrit impérial, en terminant, accentue le caractère de pacification et d'apaisement que Frédéric III entend imprimer à son règne.
C'est le développement paisible de son empire qu'il a en vue : après avoir vu la guerre de près et y avoir exposé sa vie, il la repousse comme moyen d'accroître la gloire de son nom, pour n'ambitionner, dans l'histoire, d'autre mérite pour son règne que celui d'avoir été bienfaisant et utile à toutes les classes de son peuple.
Tels furent les manifestes d'avènement de Frédéric III. Elaborés dans la retraite de San Remo, loin du tourbillon politique de la capitale et en dehors de toute influence intéressée, ils frappèrent l'opinion en Allemagne, et peut-être autant au dehors, par la sobriété des termes en môme temps que par la profon-
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deur de la pensée. Ils répondaient largement aux espérances que depuis longtemps on avait attachées à cet avènement, et justifiaient par un nouveau titre les sympathies de l'Europe.
La prochaine arrivée du nouvel empereur avait été annoncée au Reichstag, dans sa séance du 9 mars/ par le chancelier. Le souverain et l'impératrice Victoria, sa femme, arrivèrent dans la soirée du 1 1 au château de Charlottenbourg, résidence d'été des rois de Prusse, à deux lieues de Berlin. L'anxiété avait été grande: on craignait pour l'empereur, naguère si souffrant, les fatigues du long voyage et l'effet du brusque changement de climat. Ces appréhensions se dissipèrent, lorsqu'on apprit le 12 que le souverain se portait relativement bien et avait pris en main la direction des affaires.
Après les funérailles de l'empereur Guillaume qui eurent lieu le 16, il fallait régler les questions constitutionnelles concernant le changement de règne. La charte prussienne prescrit qu'à son avènement le nouveau roiprê-
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tera serment à la constitution devant les deux Chambres réunies. Dans l'état de santé de l'empereur Frédéric, il fallait renoncer à une semblable solennité. En conséquence, le souve-^ rain envoya le 19 à l'assemblée des deux Chambres réunies de la Diète de Prusse un message, dans lequel, se référant au manifeste adressé au peuple, il déclarait avoir parfaitement conscience des devoirs que lui impose la constitution. Toutefois, ajoutait-il, l'état de sa santé ne lui permettant pas pour le moment de remplir la formalité prescrite du serment, il prenait l'engagement « de respecter fermement et » scrupuleusement la constitution du royaume » et de gouverner d'accord avec elle et les » lois. » L'Assemblée adopta aussitôt une adresse en réponse à ce message, pour donner acte au souverain de son engagement et le remercier d'être accouru , malade, pour prendre les rênes de l'État.
L'empereur adressa le même jour un message au Reichstag de l'empire. La constitution impériale ne renferme aucune disposition relative au changement de règne : elle port^
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simpleipent que la dignité impériale appartient au roi de Prusse. C'est, par conséquent, le légitime successeur du roi défunt qui, en prenant possession de son trône, devient ainsi en même temps empereur allemand. Le message impérial se bornait donc à notifier au Reichstag Tavènement de Frédéric, en promettant l'observation de la constitution de l'empire et en remerciant encore l'Assemblée, au nom de feu l'empereur, d'avoir voté à l'unanimité la récente loi militaire. Le Reichstag répondit au message par une adresse conçue en termes très chaleureux.
Un autre manifeste impérial fut adressé aux populations d'Alsace-Lorraine, « pays d'empire », soumis directement à l'Empereur, qui y exerce toutes les prérogatives de la souveraineté. Ce document affirmait la volonté de l'Allemagne de ne pas se dessaisir de sa conquête de 1870 et de garder des provinces qu'elle déclare avoir reprises à la France, qui, sous Louis XIV, les avait enlevées à l'empire allemand. Le manifeste impérial invitait les populations d'Alsace-Lor-
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raine à se soumettre au nouvel ordre de choses, leur promettant, en échange, la protection et la sauvegarde de leurs droits et de leurs intérêts.
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Fin du récit. — Emotions de Frédéric III et de l'impératrice. — Attaque des journaux contre l'empereur et l'impératrice. -^ Revirement d'opinion des libéraux. ^ Qualités d'esprit et de cœur de l'impératrice Victoria. — Froideur de l'aristocratie. — Popularité de l'empereur Frédéric dans l'Allemagne du sud. — Les partisans du régime parlementaire espèrent en lui. — L*avènement de Frédéric III désonente le monde politique. — Sympathies de l'Europe pour Frédéric III. — Mot de Bossuet sur la vraie fin de la politique.
Nous sommes arrivés à la fin de notre récit.
Nous connaissons la préface de Phistoire du règne de Frédéric III; mais nous ignorons quel sera le lendemain de cette histoire d'hier et d'aujourd'hui. Les c .^mins des rois, plus que ceux des simples mortels, sont semés d*épines, de ronces et même de larmes. Celles-ci inaugurent le règne de Frédéric.
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De fortes émotions étaient réservées à l'empereur et à rimpératrice dès les premiers jours de leur reiltrée dans leurs Etats. Les journaux et, dans le nombre, quelques organes aux- (juels on attribuait des attaches gouvernementales, s'occupaient d'affaires d'intérieur de la famille impériale ; ils mêlaient à des rumeurs mal garanties des critiques contre les souverains et surtout contre la souveraine. L'impératrice Victoria avait déjà appris à connaître la mobilité de l'esprit public. Son mariage avait été salué en 1858, nous l'avons vu plus haut, avec enthousiasme par les classes moyennes et populaires. Par contre, à la cour de Frédéric-Guillaume IV, entièrement à la dévotion de la Russie et de l'empereur Nicolas, on ne prisait guère une union du prince héritier avec une princesse appartenant à une nation qui était la grande rivale de la Russie. Puis F Angleterre représentait le régime, i^onstitutionnel et parlementaire, contre lequel la cour de Prusse et le parti féodal, à cette époque, cherchaient à réagir de toutes leurs forces. C'é-
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taient là autant de raisons pour les classes moyennes et populaires d'accueillir avec joie une union qui promettait dans l'avenir d'émanciper la Prusse de la tutelle russe. Par la suite, les journaux libéraux, représentants de cette opinion, les chefs du parti libéral modéré, inspirateurs de ces journaux, faisaient visiblement cause commune avec le prince royal et sa femme contre le parti réactionnaire, comme ils l'avaient fait naguère avec le prince de Prusse dans la période précédant son avènement. La princesse Victoria ne se mettait pas en avant et ne recherchait pas la popularité. Esprit sérieux et idéaliste, elle s'efforçait de mériter les sympathies que son origine d'Anglaise libérale lui avait values, en se rendant utile dans la sphère relativement restreinte d'une princesse assujettie à une sévère discipline de famille et de cour. Elle s'occupait activement de toutes les œuvres en vue du relèvement matériel des classes populaires et encourageait la fondation et le développement d'institutions tendant à ce but. Elle et son mari, en attirant à eux le monde des
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artistes et des savants, en stimulant les uns et les autres, en leur donnant dans leur société la position à laquelle leur talent et leurs travaux les autorisaient à prétendre, comblaient une lacune à la cour impériale, où la grande politique et les goûts militaires avaient fait négliger quelque peu les lettres et les arts libéraux. La princesse Victoria s'intéressait en particulier au relèvement des arts industriels, à l'enseignement des artisans et au perfectionnement de tout ce qui est travail manuel. De telles occupations rendent de grands services à la nation, mais ne procurent pas la popularité qui s'attache à une activité bruyante. Les masses la connaissaient peu; tout un parti à la cour avait gardé ses préventions contre l'élément anglais, qui était venu se greffer sur l'élément plus particulièrement prussien qu'allemand et plus brandebourgeois que prussien. Le prince impérial partageait jusqu'à un certain point l'effet de cette indifférence ou de ce manque de bienveillance. Par un contraste tout à fait en dehors des traditions historiques, le prince
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prussien était mieux connu et mieux apprécié dans le sud que dans le nord de l'Allemagne. Quelques feuilles libérales faisaient bien son éloge, à l'occasion de ses anniversaires, l'appelaient même le « favori » du peuple; mais c'était tout. En revanche, Munich, Stuttgart, Carlsruhe, Francfort l'acclamaient quand il s'y montrait, et lui témoignaient une constante affection, comme à quelqu'un dont l'avenir leur appartenait.
Toutefois les hommes publics d'opinions libérales, les parlementaires, au nord comme au sud, étaient unanimes à se ranger de son côté. Quelque confiance qu'ils eussent dans le génie du prince de Bismarck et surtout dans son talent de diriger la politique extérieure de l'empire, ils n'en supportaient pas moins avec une certaine impatience la méthode de gouvernement aux allures impérieuses qui est le propre de tous les grands hommes d'Etat, qu'ils s'appellent Richelieu, Mazarin, Pitt, Guizot, Thiers ou Bismarck.
C'est le changement, le correctif de cette méthode que les Hbéraux attendaient de l'avè^
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nement du prince impérial, dont l'esprit libéral, ouvert aux idées modernes, sympathisait avec le régime parlementaire sous lequel la princesse sa femme avait été élevée et dont celle-ci était profondément imbue.
C'est dans ces dispositions d'esprit qu'était venue les surprendre la maladie du prince impérial. Au spectateur éloigné qui avait remarqué naguère l'attachement des libéraux pour le Prince et se trouvait aujourd'hui en présence de leur froideur, la pensée s'impose que, à mesure que le mal progressait et prenait un caractère alarmant, ils entrevoyaient une fin rapide qui les priverait d'un appui puissant. Ils semblaient se préoccuper de l'éventualité que le vieil empereur survivrait à son fils et qu'il ne serait pas donné à celui-ci de rendre service à leur cause.
Voilà sous quels auspices l'empereur Frédéric était monté sur le trône. L'événement déconcerta les politiciens et même les hommes d'Etat. On aurait dit que tous, ils avaient préparé les marches de ce trône et composé
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peut-être le personnel du règne pour un successeur, qui, d'après ce qu'ils avaient fini par croire, ne serait pas le prince impérial Frédéric Guillaume. On ne revenait pas deTétonnement de voir tout à coup ce souverain malade, défiant les fatigues et les souffrances, venu dans la capitale prendre possession du trône vacant, ayant à ses côtés une compagne vaillante, qui avait fait bonne garde autour de lui à San Remo, l'entourant des soins les plus tendres et s'attachant à le secourir et à le soutenir.
Le désarroi dans les esprits était encore augmenté par la polémique qui s'était ouverte de nouveau dans la presse au sujet du traitement de la maladie du souverain. Au moment où nous terminons ce récit, une nouvelle crise avait, dans Fétat de l'empereur, fait redouter une issue fatale ; elle s'est heureusement terminée. Elle a eu ce bon résultat de réduire au silence des controverses fâcheuses, dont l'écho avait pu pénétrer dans la chambre de l'impérial malade, en ajoutant la douleur morale à celle du corps.
L'opinion de l'Europe, plus constante dans ses impressions, n'a cessé d'accorder à l'empereur Frédéric des sympathies, méritées par l'homme de bien, héros de la souffrance, et par le souverain, dont le beau manifeste rappelle la pensée de Bossuet définissant la vraie fin de la politique : « Rendre la vie commode et » les peuples heureux. »