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Paris, Savine

quel est le moyen concret par lequel le Saint- Siège devrait, suivant les désirs du Tsar, conconrir à cette œuvre, — coopération qu'il est prêt à accorder largement, — le Saint- Père, pour rinslant, se borne à donner, en ])rincipe, sa pleine adhésion. Confiant dans la droiture et dans la magnanimité des sentiments de Sa Majesté, il sait que, quelles que doivent être les solutions, la justice et le droit, qui ont à notre époque subi tant de blessures, resteront entièrement sauvegardés et intacts. »

Telle était, en substance, la note du V'atican. Le Saint-Siège y parlait le langage d'une autorité religieuse et morale : ilse tenait dans la sphère des grandes idées, de ces principes souverains que les individus et même les peuples n'osent jamais contester ouvertement, lors même qu'ils les violent. Il se définissait dans le passé, il se définissait dans le présent; les deux définitions se recouvraient; et, pour seconder l'initiative impériale, il n'avait qu'à les réaliser une fois de

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plus. D'examiner ou de discuter les détails de cette initiative elle-même, il s'en gardait soigneusement ; une adhésion de principe lui paraissait tout à la fois plus généreuse et plus discrète. Il ne se précipitait ni ne se refusait. D'un bout à l'autre de ce document, on observait beaucoup de dignité et beaucoup de sérénité. Il va de soi que la question romaine était passée sous silence : Léon XIII, gravement recueilli en face de la communication du Tsar, songeait à l'humanité sans faire retour sur lui-même.

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Quelques mois s'écoulaient, et, le 16 janvier 1899, M. Teliarykoft adressait au Saint- Siège un second message : c'était la circulaire du comte Mouravieff aux représentants diplomatiques accrédités près du Tsar, datée du 30 décembre 1898 et contenant le programme de la future conférence. Le cabinet de Saint-Pétersbourg, de rechef, faisait une exception en faveur du Pape, en lui transmettant un document uniquement destiné aux puissances représentées auprès du Tsar.

Le cardinal Rampolla répondait, à la date du 10 février. Dès le début de sa réponse, il tenait à relever, avec une insistance digne de remarque, u la louable intention, visible à la simple lecture de la circulaire, d'éliminer daus la mesure du possible les obstacles,

nombreux et sérieux [ne idochi, ne lievi)^ qui surgissent en une matière aussi délicate et complexe ; » et, souhaitant que la conférence fiit « féconde en résultats |)raliques », il augurait que » l'achèvement d'une aussi noble entreprise couronnerait d'une auréole de gloire le siècle finissant ». Ainsi, à Rome comme à Saint-Pétersbourg, on consentait qu'à la faveur de certains silences, certaines pierres d'achoppement, toujours redoutables, fussent préalablement écartées.

Les huit articles du programme élaboré par M. le comte Mouravieff sont encore présents à toutes les mémoires ; les sept premiers concernaient des questions d'ordre plutôt technique : non-augmentation des effectifs, emploi des explosifs et des torpilleurs, police des guerres maritimes et des guerres continentales; le huitième était ainsi conçu : « Acceptation, en principe, de liisage des bons offices, de la médiation et de l'arbitrage facultatif, pour des cas qui s'y prêtent, dans le but de prévenir des conflits armés entre les

nations; entente au sujet de leur mode d'application et établissement d'une pratique uniforme dans leur emploi. » Le cardinal secrétaire d'Etat constatait soigneusement la différence entre ce huitième article et les sept premiers. Sur ceux-ci, le Saint-Siège s'abstenait de <( porter un jugement » ; planant dans «la sphère des principes régulateurs de la morale et de la civilisation chrétienne, » il applaudissait en termes généraux aux propositions du Gouvernement impérial, et se félicitait que le Tsar, en face des formidables progrès de l'art militaire, réclamât, « au nom de l'humanité, les tempéraments opportuns ». Quant au huitième article, le cardinal RampoUa le soumettait à une étude approfondie et formulait une opinion précise.

«( Il manque, écrivait-il, dans le consortium international des États, un système de moyens légaux et moraux propres à déterminer et à faire prévaloir le droit de chacun; il ne reste, dès lors, qu'à recourir immédiatement à la force; de là l'émulation des Etats

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dans le développement de leur puissance militaire... A rencontre d'un état de choses si funeste, l'institution de la médiation et de l'arbitrage apparaît comme le remède le plus opportun; elle répond, à tous égards, aux aspirations du Saint-Siège... Peut-être, — et ceci sera mieux mis en relief* dans les discussions de ]a conférence, — peut-être ne peut-on pas espérer que l'arbitrage, obligatoire par sa nature même, puisse devenir, dans toutes les circonstances, l'objet d'une acceptation et d'un assentiment unanimes. Une institution de médiation, investie d'une autorité, revêtue de tout le prestige moral nécessaire, munie des indispensables garanties de compétence et d'impartialité, n'enchaînant point la liberté des parties en litige, serait moins exposée à rencontrer des obstacles. » Cette indication, telle quelle, témoignait de l'intérêt spécial avec lequel le Vatican avait envisagé l'article huitième du paragraphe. Le cardinal affirmait, en effet, que le Saint-Siège « se souvenant de ses traditions, organe de

concilialion et de pai\ en lie les peuples, attachait la plus haute importance » à cette question... « En même temps, continuait-il, le Saint-Siège fait les vœux les plus ardents pour que, dans les conseils des puissances, le principe de la médiation et de l'arbitrage trouve un accueil favorable et soit appliqué le plus largement possible. Il accompagne de ses plus vives sympathies une telle proposition; il se déclare toujours disposé à coopérer de toute sa bonne volonté, pour qu'elle ait une issue favorable; car il est convaincu que, si un accord international avait effectivement lieu sur ce point, il en résulterait, pour la cause de la civilisation, un des plus heureux succès. »

Là s'arrêtait la réponse du Vatican : comme celle du mois de septembre, elle était, tout ensemble, volontairement discrète et sincèrement chaleureuse. A mesure que se définissait le programme de la conférence, à mesure que s'en éclairaient les grandes lignes, le Saint-Siège délimitait, de son coté, les ques-

lions à Foccasion desquelles il serait en mesure d'apporter un concours efficace, et s'occupait de discerner à l'avance les discussions dans lesquelles il pourrait, s'il s'y trouvait convié, dire une parole et jouer un rôle utiles au bien des peuples. Ce n'était point la première fois, d'ailleurs, que les questions théoriques se rattachant à l'idée d'arbitrage occui)aient l'attention du Vatican. Elles s'étaient déjà présentées à l'esprit de Pie IX entre 1868 et 1870. En septembre 1868, un groupe de catholiques anglais avait réclamé « avec instance la création à Rome, sous la protection du trône apostolique, d'un collège dont la mission seraitl'enseignement du droit des gens et qui serait en ces matières un foyer de science et un arbitre suprême ». L'Appel d'un Protestant au Papepour le rétablissement du droit public des Nations^ dédié à Pie IX, à la même époque, par un autre Anglais, David Urquhai'l, émettait des vœux analogues. Et le synode patriarchal des Arméniens, en 1870, avait demandé à Pie iX

de proposer an Concile œcnménique l'insli- Intion d'un tribunal permanent d'arbitrage dans la Ville éternelle, « afin que les Gouvernements fussent ainsi délivrés de la terrible nécessité d'entretenir perpétuellement des armées considérables ».

L'f]urope, à ce moment du siècle, n'avait point encore mesuré les charges et les périls de la paix armée; elle n'en avait point encore pesé l'inquiète lourdeur ; et déjà, le 10 février 1870, quarante Pères du Concile du Vatican proposaient à Pie IX des mesures préventives pour garantir le maintien de la paix sans épithète. « La condition présente du monde, expliquaient ces quarante théologiens, est devenue intolérable, à cause du développement des armées et de la conscription. Seule l'Église peut apporter un remède à de telles calamités. Encore que toutes les oreilles ne soient pas ouvertes à sa voix, elle commandera toujours à d'innombrables milliers d'hommes, et, tôt ou tard, réalisera ses desseins. Des hommes graves et experts en

politique sont persuadés qu'il est absolument besoin d'une déclaration, où seraient promulguées, d'une façon authentique, les parties du droit canon qui concernent le droit des gens et la nature de la guerre ^ »

La suspension du Concile etles graves soucis créés par l'occupation de Rome avaient empêché Pie IX de mettre ces vœux à l'étude. Mais les archives du Saint-Siège ne sont point des oubliettes; et les propositions du Tsar en 1898, dont plusieurs chancelleries européennes ne laissèrent point d'être étonnées et comme troublées, ne prenaient point au dépourvu la curie romaine. Elle apprend beaucoup et travaille beaucoup, mênie lorsqu'elle se tait et lorsqu'elle attend : silence et patience sont peut-être, en définitive, le meilleur apprentissage pour la préparation de l'avenir.

1. Nous empruntons beaucoup de ces drtails à un excellent article de M. Chrétien, professeur à ri'niversilé de Nancy, publié danski Herue f/ènèrnle de droit 2»?('r/(r/fiO/m/pt<6/?c de mai 1899.

Cet avenir, dont on osait à peine escompter réchéance et dont le Pape et le prince Lobanoff s'étaient vraisemblablement entretenus comme d'une lointaine possibilité, survenait inopinément, par l'entreprenante initiative du Tsar : le Vatican était tout prêt à y faire face et bien outillé pour y pourvoir. On s'en rendait compte à Saint-Pétersbourg, et M. le comte Mouravieff, à la date du 23 février, chargeait M. Tcharykoff d'exprimer au Vatican ses remerciements pour « la réponse pleine de sympathie du Pape » et pour ses <( dispositions profondément et sincèrement favorables envers la grande œuvre de l'apaisement général ».

Tandis qiio se poursuivait, entre le cabinet de Saint-Pétersbourg et le Vatican, cet échange de marques de confiance qui étaient beaucoup plus que des courtoisies, une partie de la presse italienne commençait d'afficher des inquiétudes très vives. Elle demandait au Gouvernement royal, elle demandait même k la Russie si le Tsar continuerait, jusqu'au bout, de témoigner au souveiain du Vatican des égards spéciaux ; elle interprétait ces égards comme une sorte d'offense envers l'Italie, et s'alarmait à l'avance de la présence éventuelle d'un représentant du Pape à la conférence, comme si cette présence eût été, pour l'édifice unitaire, le plus grave des périls. Supposer un seul moment que la solidité de cet édifice fût à la merci d'une telle

LA CONFÉRENCE DE LA FlAYE So

éventualité, c'est ce que jamais on ne se serait permis à Saint-Pétersbourg, de crainte de paraître impertinent. Mais il fallait bien se rendre à l'évidence, puisqu'un certain nombre d'organes du Quirinal multipliaient comme à l)laisir cette supposition. Et la diplomatie accréditée près le Quirinal, non moins que celle accréditée près le Vatican, observait avec une curiosité stupéfaite ce déchaînement d'anxiétés. « Que ferait le Pape à la conférence? » La Tribuna et Y Italie, spécialement, s'évertuaient à soulever les voiles de ce redoutable avenir. On commençait |)ar la raillerie, et l'on demandait si les gardes suisses et les gendarmes du Vatican seraient impliqués, eux aussi, dans les combinaisons tendant à la réduction des armements, si le Pape s'engagerait à ne pas faire construire de torpilleurs, et s'il serait en mesure d'arrêter les foudres du ciel pour appliquer la décision qui proscrirait le lancement de projectiles du haut des aérostats. Mais ces plaisanteries avaient un terme; on ne tardait poiut à évoquer le

nom de Cavour, et ce souvenir devenait un prétexte d'effroi.

C'est dans un congrès, à Paris, en 1856, que Cavour avait préparé l'unité italienne : il avait obtenu, par des artifices de génie, que l'Italie embryonnaire trouvât sur le tapis vert des diplomates une place et un rang qu'elle n'avait point encore atteints sur la carte de l'Europe ; et les regards décontenancés de M. de Buol, représentant de l'Autriche-Hongrie, avaient assisté, impuissants, aux savantes évolutions de Cavour. Nul doute qu'en 1899 Léon XllI voulût faire comme le grand homme d'État piémonlais : son représentant à la conférence de la paix susciterait brusquement la question romaine, et, de même qu'une assemblée de diplomates, surprise par un ministre habile, avait commencé de faire l'Italie, de même une autre assemblée de diplomates, surprise par un prêtre, commencerait ou achèverait de la défaire. Il fallait bien prendre garde : la Trihuna, suppliante et menaçante, l'exigeait du Quirinal. Et c'est

en vain que la Perseveranza et le Popolo romano^ organes plus modérés et toutensemble plus fiers, soustraits apparemment, F un et l'autre, aux influences maçonniques, insistaient pour qu'on laissât entrer un délégué du Pape, et pour qu'en même temps on donnât ordre au représentant de l'Italie, de ne tolérer, de la part du prélat, aucune indiscrétion périlleuse : la Trihuna semblait défiante à l'égard de l'aréopage pacificateur où ces deux personnages se rencontreraient; elle préférait que l'Italie n'afîrontât point, sous les regards du monde, un duel diplomatique, et que le Gouvernement du Roi triomphât sans péril, par l'exclusion préalable du Pape. M. le comte Mouraviefî, pourtant, avait eu soin de déclarer, dans la circulaire du 30 décembre : « Il est bien entendu que toutes les questions concernant les rapports politiques des États et l'ordre de choses établi parles traités, comme en général toutes les questions qui ne rentreront pas directement dans le programme adopté par les cabinets, devront être absolu-

ment exclues des délibérations de la conférence. » Mais si délicate est la question romaine, et lltalie est, à cet endroit, si difficile à rassurer, que ces affirmations préalables du comte Mouravieff paraissaient insuffisantes : il était vraiment plus prudent que le Pape fût absent de la conférence.

Ce n'est point seulement de Tàpreté de ces inquiétudes que la diplomatie européenne demeura frappée ; ce fut aussi, et surtout, de rimpétueuse précipitation avec laquelle elles s'exprimèrent. « Nous pouvons affirmer de la façon la plus nette et sans craindre d'être démentis, écrivait à la date du 3 février VOsservatore romano, que la diplomatie pontificale n'a fait un seul pas, qu'elle n'a point exprimé le plus lointain désir, qu'elle n'a tenté aucune démarche, directe ou indirecte, pour entrer à la conférence de la Paix. » L'article de VOsservatore était évidemment inspiré parle Vatican. Et le cabinet de Saint-Pétersbourg, en effet, constatait une singulière différence d'attitude entre les deux

pouvoirs installés à Rome : l'un d'eux, celui qui avait été l'objet d'un privilège de la part du Gouvernement russe, s'abstenait de toute importune sollicitation ; l'autre, au contraire, qui avait été traité par la cbancellerie russe à l'égal de tous les autres Etats, n'attendait même pas que son voisin eût demandé d'entrer, pour supplier que son voisin fut laissé dehors. Et pendant de longues semaines un monologue bizarre se prolongea. « Faites sortir le Vatican, » disait une voix tantôt impérieuse et tantôt éplorée, celle de la presse italienne. Mais le Vatican, se retranchant dans une fière réserve, ne répliqua pas une seule fois : « Faites-moi entrer. »

Le Vatican laissait faire l'Italie. Voilà plus d'un quart de siècle que M. Visconti-Venosta, ministre de Victor-Emmanuel, avait, dans la circulaire du 18 octobre 1870, affirmé que l'occupation de Rome n'amoindrissait en aucune façon la situation du Saint-Siège. La loi des garanties avait à plusieurs reprises trouvé d'intelligents commentateurs, qui vou-

laienl faire comprendre et qui semblaient prouver que le Saint-Siège, grâce à cette loi, était plutôt rehaussé. Le Vatican, sceptique, attendait la première épreuve solennelle; et tous les amis de Tltalie royale auguraient avec confiance qu'elle se tirerait de cette première épreuve avec son élégance coutumière. Mais le hasard voulut que M. Visconti- Venostanerentrâtauxafîaires qu'au printemps de 1899 et qu'il eut comme prédécesseur M. l'amiral Canevaro. Or, M. l'amiral Canevaro avait fait une démarche sur laquelle le Quirinal ne pouvait revenir ; et M. Visconti-Venosta dut, à son corps défendant, accepter l'onéreuse succession d'une politique qu'il regrettait.

Dans la première quinzaine de février, à peu près à la même heure où le cardinal Rampolla délimitait, avec un tact scrupuleux, les questions qui lui paraissaient relever de la compétence du Saint-Siège, et celles, plus techniques, que cette puissance morale s'abstiendi'ait (rabordei*. M. l'amiral Cane-

varo, ministre des Affaires étrangères du royaume d'Italie, signifiait au Gouvernement du Tsar et au Gouvernement de la Reine Wilhelmine, qui avait accepté de donner l'hospitalité à la conférence, que le Saint-Siège devait être tenu à l'écart de toutes les questions. Les juristes propices à la Consulta se mirent immédiatement à l'œuvre ; et tout d'un coup l'on vit surgir des commentaires nouveaux de la loi des garanties, commentaires absolument inverses de ceux qui étaient proposés à l'opinion européenne depuis trente ans.

Dans une grande revue, un professeur de Sienne expliquait que le Pape n'est point propriétaire des palais apostoliques eux-mêmes, et la preuve en était que la loi des garanties déclare ces palais inaliénables ; il expliquait que les hauts personnages envoyés auprès du Pape, par les souverains et par les républiques, avec le titre d'ambassadeurs, n'avaient point, à proprement parler, un caractère diplomatique et que leur mission était plutôt d'ordre adminislratif ; et la preuve en était que l'article

de la loi des garanties prévoit la présence auprès du Pape d' « envoyés des Gouvernements extérieurs, » mais qu'on y cherche en vain les mots « agents diplomatiques, Etats, puissances, souverains ». Tous les commentaires étaient à l'avenant; et l'on ne sera pas surpris si cette exégèse fort autorisée de la loi des garanties est invoquée tôt ou tard, par le V^atican, contre l'esprit même de cette loi. La conclusion de l'article était que le Pape n'est point un souverain, qu'il n'est point une personne juridique de droit international : en un mot, depuis la loi des garanties, sa situation était trop amoindrie pour qu'il eût le droit d'être représenté à La Haye. La circulaire du 18 octobre 1870, signée du nom respecté de M. Yisconti-Venosta, recevait ainsi un démenti; et le Vatican continuait d'observer, avec un intérêt croissant et une réserve impeccable.

On faisait remarquer, dans d'autres organes, que, lors même que la loi des garanties, commentée d'une certaine façon, implique-

railla souveraineté du Saint-Siège, le Saint- Siège ne pouvait se prévaloir d'une telle souveraineté, tant qu'il ne reconnaîtrait pas la loi même des garanties. Que le Pape fît d'abord adhésion au Quirinal : on lui permettrait peut-être, ensuite, le voyage de La Haye. 11 pourrait jouer au souverain s'il consentait tout d'abord à se comporter en sujet. A la faveur de ce raisonnement, ce n'était plus par la grâce de Dieu, mais par la grâce de Montecitorio, que le Pape demeurait ou redevenait souverain. Ella loi des garanties, ainsi interprétée, courait un autre péril: promulguée jadis en faveur de l'indépendance du Pape, elle semblait ratifier ou supposer sa dépendance. Il était temps de se taire sur cette loi. Dans la vieille monarchie française, plusieui's siècles avaient passé, avant que le cardinal de Ret/ ne constatât qu'il est prudent de tenir dans l'obscurité les lois fondamentales du royaume ; dans la jeune monarchie italienne, on faisait la même expérience, à bref délai, pour l;i loi^ fondamentale

d'après le Conseil d'Etat, dite des garanties pontificales.

Les journaux du Vatican ne se mêlaient point volontiers à ces polémiques : hostiles à la loi même, peu leur importait comment elle était expliquée ; et tout au plus concluaientils, àvued'œil, qu'elle manquait évidemment de clarté. Ils n'admettaient point que la souveraineté du Pape fût une question de jurisprudence et se refusaient à introduire, dans un tel débat, les arguties de la chicane. La Consulta, somme toute, — et c'est ce qu'ils se bornaient à constater, — prétendait apprécier, en arbitre suprême, le degré de courtoisie et d'égards que les divers Etats du monde chi"étien avaient le droit de témoigner au Pape; et, si le Pape voulait que les permissions de la Consulta fussent généreuses, il devait préalablement mériter cette générosité. Mais la diplomatie du Vatican, tout au contraire, avait manqué d'empressement à l'égard du nouveau royaume : le grief était suffisant... « On a l'air de s'étonner, disait textuelle-

ment le journal l'Italie, si on n'aime pas de se trouver en compagnie de pareil monde. » Et parce que ce contact était désagréable, on insistait pour qu'un « pareil monde » fût consigné à la porte de la conférence de La Hâve.

Le cabinet deSaint-Pélersboiirg, en recourant aux bons offices du Gouvernement de La Haye, n'ignorait point, à coup sûr, que, dans la capitale du royaume des Pays-Bas, un internonce représentait Sa Sainteté; ne pourrait-on pas affirmer, même, que le choix du Tsar Nicolas fut dicté par cette considération ? La diplomatie du Ouirinal, en Hollande, était donc habituée à coudoyer la diplomatie du Vatican; qu'à l'occasion de la conférence un tel contact se continuât, ce ne serait point un fait nouveau; l'imprévu serait, tout au contraire, que, parmi les Gouvernements représentés auprès de la reine Wilhelmine, le Saint-Siège, seul, ne fût point admis dans l'auguste assemblée. M. de Beaufort, ministre des Affaires étrangères du royaume des

Pays-Bas, crut devoir accorder au Quirinal cette satisfaction inattendue ; la circulaire d'invitation à la conférence, datée du 6 avril, ne fut point expédiée à la Curie. 11 ne dissimula point qu'en agissant ainsi il tenait compte des intraitables volontés du Ouirinal.

La Russie avait multiplié les efforts pour convaincre le cabinet de Rome que l'exclusion du Pape serait vue d'un mauvais œil par la chrétienté. La République française avait été, sans équivoque, avertie par un grand journal de Rome qu'on la soupçonnait de souhaiter la présence d'un représentant pontifical à la conférence de La Haye et que c'était l'heure, ou jamais, pour les amis de l'Italie, de montrer l'aloi de leur amitié. Le Gouvernement de la reine Victoria avait laissé entendre, en termes assez clairs, que, si l'on saisissait l'occasion de la conférence de la paix pour pousser sur les bords du Tibre le crie de No popery^ les rives de la Tamise dédaigneraient d'y faire écho. Seul le cabinet

de Berlin avait prêté un concours indirect aux soucis de Tltalie royale : il avait fait savoir que, si Tune des grandes puissances s'abstenait de répondre à Finvitation de la reine Wilhelmine, lui-même s'efîacerait à son tour; mais la démarche était assez voilée pour qu'il pût, d'autre part, affirmer officieusement, par un journal libéral de Munich, que l'empire d'Allemagne n'avait nullement travaillé à faire exclure le Pape de la conférence,

L'Italie seule était responsable, et c'est une responsabilité qu'elle acceptait avec allégresse. On ne se faisait point faute, dans les sphères où l'on s'occupe de droit international, de la juger avec défaveur. M. Stead, l'un des plus zélés artisans de l'œuvre de pacification qui honorera les dernières années de ce siècle, se plaisait à rendre publics ses rapports épistolaires avec le cardinal Rampolla, et demandait même, dans une de ses lettres, si Ton n'était pointamené à conclure qu'une certaine forme de souveraineti' temporelle est indispensable à la Papauté pour l'exercice de son

autorité spirituelle ^ M. Pillet, directeur de la Revue générale de droit internatioiial joublic, consulté par M. Stead, lui écrivait à la date du 22 avril : <( L'exclusion du Saint-Siège de toute réunion instituée dans un but pacifique, nous paraît renfermer un oubli singulier du passé et une méconnaissance singulière aussi du rôle bienfaisant et pacifique que remplit aujourd'hui encore la Papauté-, » Et ni M. le

i. « L'absence d'une représentation du Saint-Siège à la conférence, écrivait M. Stead au cardinal liampolla le 8 mai 1899, est un grand désappointement. Vous avez pourtant cette consolation, que le relus d'admetire le délégué papal a fait naître, dans l'opinion d'un protestant au moins, un argument solide en faveur de l'idée de conférer au Pape quelque souveraineté territoriale qui lui donnerait un titre à être représenté, de droit, dans une conférence internationale; mais je pense que la souveraineté territoriale, dans l'intérêt même de la Papauté, devrait élrc réduite à un irréductible minimum suflisant pour assurer au Pape le rang de souverain territorial. »

2. Revue ijcnéralc de droit lHteriiation(iipubliv,\899,i).X\i. i/organe si autorisé de MM. Pillet et Faucliille publia, à la suite de la conférence, une série de consultations des plus éminents spécialistes de droit international. Plusieurs abordèrent la question de l'exclusion du Pape. M. Dcspagnot, professeur à l'Université de Bordeaux, jugr <( idlenient cliimériques » les craintes de la Consulta t|u"il hésiU* (I H les croire sincères » ; il répute

sénateur Keesen, au Parlement belge, ni M. le député Schaepman, au Parlement hollandais, exprimant l'un et Fautre les doléances de leurs coreligionnaires catholiques, ne dépassaient en sévérité le calviniste Journal de Genève, qui traitait de maladroite et d'odieuse l'exigence de la Consulta.

Mais la Tribuna ripostait qu'un organe protestant n'insérerait pas de pareils articles, « si le Gouvernement italien s'était toujours comporté de façon à faire entendre bien clai-

« une maladresse » l'exclusion du Pape ; « le Pape, dit-il, continuera à être accepté ou choisi plus fréquemment que n'importe quel autre souverain comme médiatçur ou arbitre dans des conflits internationaux. Il paraîtra le rival heureux de l'œuvre collective des puissances )i. {Op. cit., 1899, p. 868-869.) — M. Brusa, professeur à l'Université de Tuiin, estime que « le Saint-Siège aurait pu, utilement et sans danger, être admis à la conférence »... {Op. cit., 1899, p. 889.) — « Le résultat moral de la conférence, écrit M. de Olivart, professeur à l'Université de Madrid, eût gagné en élévation si le Pape avait pris une coopération etTective à ses délibérations... S'il faut regretter l'incident, c'est seulement pour la conférence d'abord, et ensuite pour l'Italie, qui, au point de vue du droit comme de la politique, avait tout à espérer et rien à craindre de la présence de son ennemi. (Op. cit., 1899, p. 8o8-8o9.)

rement qu'il ne pouvait tolérer que le Pontife continuât à être un prétendant ». Une partie de la presse italienne poussait à de nouvelles mesures de rigueur le Gouvernement du roi; et le mécontentement même que témoignait l'opinion publique internationale semblait être une raison nouvelle d'affirmer, une fois pour toutes, les droits de l'Italie, et de les affirmer en un langage volontairement rude. On commentait, par exemple, avec une affectation répétée, la victoire remportée sur le Saint-Siège; on allait même jusqu'à dire, — en quoi l'on avait raison, — que c'était là, par surcroît, une victoire sur d'autres puissances. Or on ne se lasse point de vaincre; Thabitude en est douce à prendre; et, c'est pourquoi, plusieurs semaines durant, les lecteurs de certains journaux italiens purent avoir l'illusion que le Vatican prodiguait les plus humiliantes démarches pour obtenir, à la conférence de la Haye, une sorte de demi-représenlalion, comme qui dirait un strapontin prélatice. au lieu d'un bon fauteuil

diplomatique. En fait, c'était le cabinet même de Saint-Pétersbourg qui, dans le courant de mai, proposait encore à la Consulta un moyen de venir à quelque résipiscence, et d'agir galamment à Fendroit du Saint-Siège et de l'Europe. La Consulta résista, comme pour continuer d'être victorieuse. Il est des cris de triomphe qui peuvent paraître détonner, à l'ouverture d'une conférence pour la paix.

Léon XIII, avec beaucoup de tact, voulait ignorer tout ce fracas : il se préoccupait, exclusivement, de seconder l'œuvre pacificatrice dans la mesure où l'Italie lui en laissait la possibilité.

LA CONFERENCE DE LA HAYE l03

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Le 11 avril, le Pape recevait solennellement les cardinaux : il renouvelait, en termes fort élevés, l'expression de ses sympathies et de ses vœux pour l'initiative du Tsar, et c'est dans l'histoire même de l'Eglise, pacificatrice par son essence et pacificatrice dans le passé, que Léon XllL trouvait des points d'attache pour ses sentiments personnels. Ce discours, entendu d'abord parle Sacré Collège, fut immédiatement transmis à la presse de l'univers : d'un geste souverain, Léon XIII prenait sous sa protection la conférence pour la paix, et l'effet de ce geste était d'autant plus grand, qu'aucune protestation ne raccompagnait. On s'étonnait, en lisant cette sorte de préface pontificale de la conférence, que Léon XIII ne fût pas admis dans cet uni-

versel cénacle des nations ; et Ton admirait que lui-même n'affectât aucune surprise, qu'il n'épanchât aucune plainte. Entre son altière sérénité et Tinquiète perturbation qui semblait agiter l'autre pouvoir, le contraste allait croissant. « Rendre plus rare et moins sanglant le terrible jeu de la guerre, déclarait Léon XllI, et préparer ainsi les voies pour une vie sociale plus calme, c'est une entreprise de nature à faire resplendir dans l'histoire de la civilisation celui qui a eu l'intelligence et le courage de s'en faire l'initiateur. Nous l'avons saluée, dès le principe, avec le zèle qui convient, en pareille circonstance, à celui qui détient la mission suprême de promouvoir et de répandre sur la terre les douces vertus de l'Evangile. Et nous ne cessons pas de faire des vœux, pour que l'effet réponde, abondant et général, à ses hautes intentions... La mission de l'Eglise est pacifique et pacificatrice, par sa nature... Il suffit de rappeler combien de fois il est arrivé aux pasteurs romains de me'lrc un terme à des oppressions, d'empê-

cher des guerres, d'obtenir des trêves, des accords, des traités de paix... Malheur à ht civilisation des peuples, si, à certaines heures critiques, l'autorité papale ne fût point accourue pour mettre un frein aux instincts inhumains de l'ambition et de la conquête, en revendiquant, de droit et de fait, la suprématie naturelle de la raison sur la force! J'en atteste les noms, indissolublement associés, d'Alexandre IIl et de Legnano, de saint Pie V et de Lépante. »

Bien loin que le Pape manifestât aucune rancœur, même aucune amertume, il semblait plutôt que cette évocation de la journée de Legnano, — journée demeurée clière aux âmes italiennes, — fût comme un sourire de Léon XIII à la péninsule : on l'eût accusé d'être un |»rétendant, s'il avait ajouté quelque commentaire à ce sourire. Une faisait allusion à rilalie que pour rappeler l'époque où elle secondait et applaudissait les succès pacificateurs d'Alexandre 111; et, grâce à cette fibre guelfe (\v'\ toujours vibre au-delà des Alpes,

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on entrevit en Italie, comme dans le reste du monde, l'achèvement etla portéede la pensée de Léon XIII.

Un mois après, une réponse survint : elle était datée de Lipburg et signée de la reine Wilhelmine. La reine mentionnait Fallocution papale du il avril ; et, rendant hommage à la « parole éloquente du Pape, » qui s'est (( toujours prononcée avec tant d'autorité en faveur de la paix », elle exprimait l'espoir qu'il verrait la conférence « d'un œil sympathique » et qu'il « voudrait bien donner à l'œuvre entreprise son précieux ap})ui moral ». Le cabinet de laHaye, par une telle démarche, faisait ce qui lui semblait encore possible, politiquement, pour intéresser le Saint-Siège aux travaux de la prochaine conférence et pour l'associer, ultérieurement, à l'exécution des mesures qui seraient décidées. C'est à peu près au même moment qu'un journal de Naples, le Don Marzlo^ annonçait que les représentants du royaume d'Italie sortiraient de la conférence de la Haye, si l'on propo-

sait à la conférence de rendre hommage à la lointaine coopération du Souverain Pontife. La coïncidence entre la courtoisie sincère de la reine \Yilhelmine et Tombrageux acharnement de la Consulta fut très remarquée au Vatican. Ainsi, l'Italie royale multipliait précautions sur précautions, et chacune de ses exigences prenait un aspect d'ultimatum : après avoir menacé de ne point entrer, elle menaçait de sortir.

Décidément les assurances du comte Mouravieff, d'après lesquelles les résultats destrait('S ne seraient point discutés, ne suffisaient point à dissiper les inquiétudes du Quirinal. 11 semblait qu'il se rendît compte que l'état de choses existant à Rome n'est point le résultat des traités, que la convention du 15 septembre 1804, échangée entre le roi galant liomme et l'empcj-eur des Français, fut le dernier acte diplomatique relatif à la Ville éternelle et que l'assaut du 20 septembre 1870 ne fut pas explicitement ratifié par le protocole des nations. L'histoire n'aime pas les situations

obscures et confuses; il advient qu'elle les prolonge, mais en les prolongeantelle s'amuse à les embrouiller ; et, ces situations, un jour, deviennent une cause de gêne, non seulement pour ceux qui en bénéficient, mais pour leurs voisins. La question romaine, en 1899, a contraint la conférence à se priver d'un concours qui eût été un élément de succès.

La conférence s'ouvrit, dans la seconde quinzaine de mai : YOsservatore romano, à rinstigation du Vatican, la salua d'un article sympathique, qui ne contenaitni insinuations, ni récriminations. Comment s'en déroulèrent les travaux et quel couronnement on en peut attendre, ce n'est point ici le lieu de le dire. On crut observer que, dans les discussions délicates relatives à l'arbitrage, la principale préoccupation des représentants de l'Italie fut d'écarter toute combinaison où le Saint-Siège pourrait jouer un rôle prééminent; il serait injuste de leur reprocher d'avoir été fidèles à leur con?i2:nc. On sentait, à la conférence,

qu'en raison des instructions qu'ils avaient reçues, ils n'avaient pas la même indépendance d'esprit queles représentants des autres États; et, comme on savait, par ailleurs, la générosité dateurs dispositions personnelles, on s'entendait pour respecter leur contrainte tout en les en plaignant. Leur vigilance même, au demeurant, donnait l'illusion d'une invisible présence du Pape.

La lettre qu'écrivit Léon XIII à la reine des Pays-Bas, en date du 29 mai, a été officiellement publiée : il remerciait la gracieuse souveraine pour « l'intention qu'elle avait eue de solliciter l'appui moral du Saint- Siège » ; il expliquait que le Saint-Siège, désigné par sa «■ haute investiture », pour être le « médiateur de la paix », considérait comme son office, non seulement un concours moral, mais une coo|)ération effective; et la définition même du ministère apostolique, l'histoire du Souverain Pontificat, les souvenirs de son propre règne, étaient allégués par Léon XIII à l'appui de cette déclaration ; ren-

dant hommage, enfin, au (( but éminemment bienfaisant » de la conférence, il promettait que, malgré « l'anormale condition » du Saint-Siège, malgré « les obstacles qui paraissent surgir », il continuerait « de remplir cette traditionnelle mission, sans aspirer à d'autre but que le bien public... » C'est avec ces sentiments éminemment pacifiques que Léon XIII demeurait absent de la conférence de La Haye ; et, quant aux représentants de ritalie, dont la vigilance élait tournée vers un autre objet, Léon XIII essayait de désarmer leurs soupçons et de leur rendre quelque liberté de travail pour l'œuvre commune, en donnant Tordre à son intelligent internonce, M^' Tarnassi, de s'éloigner, quelques semaines durant, de la capitale des Pays-Bas.

M. l'amiral Canevaro, même tombé du pouvoir, put se sentir complètement vainqueur; devant les représentants de son souverain, le terrain était déblayé. Le souvenir de celte victoire durera longtemps; le près-

lige en a peu duré. A peine était-elle assurée, que beaucoup d'hommes politiques de la jeune Italie l'ont déplorée. Il y avait, au-delà des Alpes, une sorte d'apologétique nationale, qui commen(;ait à être classique. On étalait la grandeur du pontificat de Léon XIII, la splendeur réitérée des manifestations jubilaires, l'admiration dont Tentoure le monde chrétien, et l'on en concluait que jamais la Papauté ne fut plus haute et jamais plus libre. Or, c'est l'Italie seule qui, prétextant que le Pape a cessé d'être souverain, lui a fermé les portes de la conférence de La Haye. Il se plaignait, précisément, que la perte de toute souveraineté temporelle l'empêchait d'exercer, dans toute sa plénitude, l'influence qui convenait au chef de la catholicité; l'Italie avait-elle intérêt à paraître justifier les l)laintes du Pape? Lorsque, en 1887, M. le duc Léopold Torlonia, syndic de Rome, avait, à l'occasion du premier jubilé ponlilical, porté ses compliments au cardinal-vicaire, délégué de Léon XIlï pour la gérance de

l'évêché de Rome, M. le duc Torlonia fut révoqué par un décret, signé de M. Crispi et de tous ses collègues; la preuve sembla faite, dès lors, que le Pape est le seul évêque d'ïtalie avec lequel le maire de la ville épiscopale doive s'abstenir de tous rapports. La presse modérée du royaume regretta cette maladresse ; mais cela ne regardait que les Romains. Lorsque, en 1891, un pèlerinage d'ouvriers français se termina par des bagarres dont l'origine exacte est demeurée passablement confuse, le ministère italien probiba pour un temps le retour de ces manifestations. L'on put juger qu'une pareille interdiction était peu compatible avec la liberté du Pape ; mais cela ne regardait, après tout, qu'une élite de i)iétés ferventes. En 1899, l'atteinte a été singulièrement plus grave. Le Tsar avait nettement marqué qu'il désirait la collaboration de Léon XIII à la conférence de la paix. Ce vœu personnel était partagé par les spécialistes du droit international : moins de deux ans auparavant, le septième

congrès universel de la paix, tenu à Budapest, sous la présidence de M. le général Turr, avait remercié le Pape de ses nombreux actes pacificateurs et l'avait requis, « humblement, instamment », de continuera se faire lechampion de la « grande croisade de la fraternité du genre humain » et de seconder les Gouvernements civils dans leurs projets de pacilique entente. Ni dans les congrès d'études, même sevrés de toute attache confessionnelle, ni dans les cabinets des souverains, même séparés de l'Eglise, on ne concevait qu'à une conférence internationale pour la paix le Saint-Siège pût faire défaut. Léon XllI, pourtant, a été tenu à l'écart. Et, lorsque les fidèles dans les nations catholiques, lorsque les curieux dans les nations protestantes, ont interrogé leurs Gouvernements sur les raisons de cette exclusion, les Gouvernements ont répondu, avec des ambages qui trahissaient quelque contrariété : « C'est parce que la question romaine existe. »

Comme les Gouvernements eux-mêmes,

nous ne sortirons point ici du rôle de témoin ni du domaine des constatations : à l'occasion d'une œuvre de paix pour laquelle tous les bons vouloirs semblaient devoir être associés, l'Italie a jugé nécessaire de rappeler l'existence d'une question romaine ^ Ce n'est point ici notre dessein ni notre rôle d'entrer dans l'étude de cette question; elle est ])our nous un spectacle que nous n'attendions pas, bien loin de le chercher, et que M. l'amiral Canevaro nous a volontairement ofîert. Mais, en même temps qu'il nous l'offrait, il en modifiait les perspectives et il en renouvelait l'aspect. La Consulta, naguère, invitait Pie iX et Léon XIII à concentrer leurs regards sur les grandes questions morales qui intéressent l'humanité, et l'on voyait parfois des publi-

l. M. Brusa, professeur de droit international à l'Université de Turin, estime que 1" " intérêt bien entendu de rilalie » lui conseillait d'admettre la présence du Pape à la conférence; et il ajoute: « Les droits de l'Italie sur Rome, sa capitale historique indispensable, se fussent trouvés siniiulièrement affermis [Revue (jcnéralc de droit public international, 1899, p. 889).

cistes comme R. Bonghi tracer à la souveraineté spirituelle du Pape un superbe programme (Faction universelle. En 1899, pour la première fois depuis l'occupation de Rome, riuimanité rassemblée s'est mise en face de Tune de ces grandes questions ; elle a fait appel à la souveraineté spirituelle du Pape ; l'un des articles du programme semblait en passade se réaliser... Et, sur ces entrefaites, un veto est intervenu, celui de la Consulta elle-même : les représentants des rois et des peu|)les, réunis à La Haye, ont constaté qu'en dépit des communs désirs de Léon Xill et de la chrétienté, l'activité internationale du Saint-Siège était comme frappée de paralysie. Et, tandis que l'Italie enregistrait un succès, le Saint-Siège et les peuples enregistraient une expérience.

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