‹ Lendemains d'unitéChapitre 19 sur 44 · Hinaldi, op. cil., p · texte numérisé non relu

Hinaldi, op. cil., p

sont prostituées et ces deux dignités avilies, les crises sont toutes prochaines. Beaucoup de misères calabraises s'expliquent par là^

En haut, à la sphère supérieure, de grands propriétaires, inaccessibles en leur absentéisme, ne connaissant souvent leurs terres que par le revenu qu'ils en tirent, et ne s'imposant d'autre souci que celui d'adapter aux besoins d'une oisiveté coûteuse les exigences des contrats agraires; à un degré au-dessous, des entrepreneurs de fermages, forts de leur situation d'intermédiaires et en abusant, non moins indispensables à ceux qui les emploient qu'à ceux qu'ils emploient, laissant espérer au possesseur de la terre que les redevances convenues afflueront à sa cassette, à l'heure dite, avec l'impeccable ponctualité d'un coupon de rente, et prétendant d'autre part édicter eux-mêmes, par leur propre volonté.

I. l.c r;i|ip(iit do M. Uranca on 188:i sur les Ahruzzes et les C-alabres, piiblié au tome IX des Atti délia Giiinta perrinchicsta a(j)aria, doit louinuis êUo consulté: nous nous en sommes servi avec fruit.

Ja loi de Toiïre et de la demande sur le marché de sueur humaine où ils sont attendus comme clients; puis, en descendant encore d'un échelon, voici venir les fermiers sous-adjudicataires, les petits colons, acceptant des conditions onéreuses de sous-location sans savoir s'ils seront en mesure d'y faire face; enfin, tout en bas, les journaliers, sollicités par la faim de mettre leurs bras au rabais. D'étage en étage de cette hiérarchie factice, où les idées brutales de dette et de contrainte se sont substituées à toute notion du devoir social, un flot de souffrance circule, s'accroissant et s'appesantissant davantage à mesure qu'il descend. Ces êtres humains qui sont, les uns après les autres, presque malgré eux, les victimes et tout ensemble les agents d'une dureté légale, les esclaves et en même temps les bénéficiaires de la lettre contractuelle, composent tous ensemble, et tous à leur détriment réciproque, une sorte de pyiamide. dont la lourdeur écrasante opprime une base qui n'en peut mais : cette base.

c'est la terre. Bon gré, mal gré, la terre, épuisant ses énergies naturelles, doit satisfaire, année par année, aux sommations de ses maîtres asservis'. Le régime économique, de haut en bas, transforme les hommes en autant d'usuriers : ceux qui sont trop inlimes pour avoir, au-dessous d'eux, un prochain à exploiter, ont du moins le sol à piétiner; c'est le sol, alors qu'ils maltraitent et tyrannisent. Les âges chrétiens croyaient à la fraternité des hommes, et les mythes païens célébraient la maternité de la terre : l'une et l'autre sont violées.

Vainement chercheriez-vous, entre lepaysan

1. Le professour Ettoro Ciccotti parl.-iif, pu 1897, do la « serviluilê" ('■crasaiile, connue ou n'en vil. jamais peulètre sous la tyrannie bourbonienne, qui pèse sur celle masse de débileurs » ; etilajoulait en noie: «Je dois encore une fois demander pardon aux Bourbons si, eu parlant de tyrannie, j'ai employé leur nom, de préférence à tout autre, comme terme de comparaison: mais la bingue liabilude m'a trabi, et )mis cet écrit est antérieur à certains autres événements récents » (la répiession sanglante de l'émeute milanaise par les soldats d<' la maison de Savoie"). Voir CiccoUi, Mczzogiorno e setlcntrionc d'Italia, p. 94 (Lib. de \a Hicista Popolare, 1898).

de l'intérieur des Calabres et la terre calabraise, cet échange de ménagements, de coquetteries, de promesses, d'où résultent l'aisance des cultivateurs et la prospérité des cultures. La familiarité, faite d'accoutumance et de gratitude, qui, dans beaucoup de pays, attache l'homme à son lopin, est en passe de se relâcher là-bas, si même jamais elle fut solidement nouée. Riche ou pauvre, seigneur ou gueux, le Calabrais, par l'effet des circonstances historiques, vit éloigné de son domaine. L'histoire nous montre les populations des Calabres toujours guettées par les roderies de deux ennemis, les brigands et la malmHa: de là leur attrait invariable à se grouper en grosses bourgades pour réprimer le frisson de la peur, et à percher ces bourgades sur des éminences pour prévenir le frisson de la fièvre. Aujourd'hui les brigands ont disparu ; mais la fièvre subsiste : elle est toujours l'ennemie qui met en fuite ; elle impose un surcroît de fatigue aux paysans, qui doivent soir et matin cheminer une ou deux

heures entre la terre où ils travaillent et le villag,e où ils dorment. 11 en est un certain nombre, pourtant, que les exigences de leur besogne retiennent en rase campagne, sous Fabri précaire de quelques appentis : ils sont là comme des déportés ; la pauvre bête humaine, si odieusementsoustraiteàtoutesles conditions de Thygiène, devient bientôt une brute. Que les philanthropes, alors, réclament pour ces demi-sauvages, premier noyau de populations vraiment rurales, des installations décentes: « Ce sont des brutes »,objecte-t-on, et l'on s'autorise des effets mêmes de leur abjection pour les y condamner à perpétuité.

On pourrait en maints endroits, et dès lors OH devrait, au prix de quelques travaux d'assainissement, refaire lentement une population rurale, fixant son existence sur les lieux mêmes où elle la gagne, dissiper en elle, peu à peu, la crainte de la vie des champs, en l'associant ou en l'intéressant à l'œuvre de l'amélioration du sol, et l'éveiller,

enfin, à l'amour même de cette vie, en la faisant participer à l'abondant surcroît de ressources qu'assureraient un air purifié et un sol mieux soigné. Déjà, dans certaines parties de la province de Reggio, commence, avec le concours de quelques grands propriétaires, ce repeuplement des campagnes : les maisons de colons [case coloniche) y deviennent plus dignes d'être habitées par des êtres à forme humaine. Mais combien rares sont ces exceptions et combien lents en sont les succès!

Améliorer leurs terres est une besogne dont beaucoup de propriétaires n'ont nul souci : elle impliquerait des efforts de gérance et de contrôle à peu près incompatibles avec leurs notions actuelles sur la propriété. S'ils dépensent quelques parcelles de leur revenu dans le pays même auquel ils le doivent, ils les affectent le plus souvent à arrondir leurs domaines, à multiplier leurs têtes de bétail, bref à accroître leur cai)ital brut. Quant à introduire des cultures nouvelles, quant à

prendre Tinitiative de travaux d'amendement ou de dessèchement, quant à perfectionner enfin les procédés d'industrie agricole, un très petit nombre y songent, un moindre nombre encore y consentent. On cite, parmi cette élite, dans la province de Catanzaro, M. le baron Baracco, dont l'activité entreprenante et généreuse a vulgarisé l'usage des machines agricoles, multiplié les abris pour le bétail, et substitué, à la vieille coutume de faire fermenter les olives dans le pressoir seigneurial, une méthode plus scientifique de fabrication de l'huile : l'exemple est plus connu qu'il n'est compris et plus vanté que suivi'.

L'Etat italien, dans les vingt dernières années, a dépensé quelque argent et beaucoup de sollicitude pour établir, dans les villes de quelque importance, des écoles pratiques d'agriculture, susceptibles d'initier aux progrès agronomiques, sinon les héritiers des

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