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ET L'ITALIE DU SUD-EST

Naples, jadis, était la capitale économique de l'Italie du Sud; et, des provinces les plus reculées, c'est vers Naples que s'allongeaient les grandes routes et vers Naples que circulait la vie. Mais l'unité du royaume napolitain fut défaite par l'unité italienne, avec la complicité des chemins de fer : on ne réussit pas seulement à supprimer la domination des Bourbons; on atténua peu à peu, ou même on trancha les liens qui, rattachant entre elles les diverses régions du vieux royaume, donnaient à cette domination une sorte de raison d'être géographique ; et des liens nouveaux furent créés, tantôt par la force des choses.

tantôt par une volonté factice, entre ces diverses régions et les autres provinces italiennes. Le commerce avec Naples n'est devenu, pour les districts de l'ancien État napolitain qui confinent à la mer Adriatique, qu'un épisode de leur activité : Bologne et Milan, la Romagne et la Lombardie ont supplanté la capitale déchue, et c'est avec l'Italie du Nord que le Sud-Est de la péninsule communique le plus aisément. Les Napolitains, anxieux et dolents, souhaiteraient que Naples conservât en quelque mesure son hégémonie : M. le comte Giusso, l'un des hommes politiques qui connaissent le mieux les intérêts du Midi, essayait, il y a peu de temps, d'alarmer l'opinion italienne en faveur de la grande ville sacrifiée, réclamait des pouvoirs publics qu'ils offrissent au commerce napolitain, tant péninsulaire que maritime, des conditions plus propices, observait avec stupeur que le transport d'un quintal coûte aussi cher entre Foggia et Naples qu'entre New-York et Naples, et clemandaiL

à ritalie si le passagede rApennin devait èlre plus onéreux que celui de l'Océan '.

Mais les charmes de Naples, une ville qui plaît trop pour qu'on n'aime point à lui plaire, nepeuvent prévaloir contre la déviation définitive de certains courants économiques; le versant oriental de l'Apennin, que les trains express, impérieux traits d'union, rattachent directement aux provinces du Nord, subit la suzeraineté de ces provinces; jusqu'au fond de la terre d'Otrante, les journaux de Milan distancent etéconduisent les journaux deXaples, en dépit des lignes nouvelles de chemins de fer qui, bravant les abruptes murailles de la Basilicate, s'évertuent à relier directement avec Naples le talon de la botte italienne ; le Nord et le Sud-Ouest luttent de vitesse, d'habileté, de bonne fortune, pour la conquête du Sud-Est

1 . Sulla importanzache pito avère la citta di Napoli corne centra internazionale di cominercio per via di marc c di terra rrelazione c proposte délia commissionc nominata dal H. commissario pel manicipio di Xapoli lUelatoie: Girolamo Ci-'ssii, 0 n;:nsto IS06^, p. 25-32. .Naples, (liannini, ISUO.

et dans celte lutte, en général, c'est le Nord qui est vainqueur. 11 n'y a pas eu échange, contact réciproque, compénétration, entre le Sud-Est de l'Italie et le reste du royaume; il y aeu, plutôt, mainmise de l'Italie unitaire sur la région du Sud-Est : mainmise économique (car l'Italie a supprimé une partie des sources de richesse qui existaient dans ces parages et elle en a introduit de nouvelles) ; mainmise politique (car les destinées du Sud-Est ont été subordonnées aux visées et aux maximes de la triple Alliance, qui dictaient les visées et les maximes de l'Italie^).

Quels ont été, au cours du dernier quart de siècle, dans cet ensemble de provinces qu'on

1. Voir Colajanui, Il dissidio Ira il Nord e il Sud : csorlazioni di un parrncid a {Rome, libr. de Va. Rivista popolarc, 1899). Dès janvier 1891, M. Colajanni, à la Chambre, se faisait l'interprèle des lamentations de l'agriculture méridionale : il revenait sur ce sujet en 1892, à Toccasion du traité de commerce avec l'Autriche-Hongrie, et arrachait à M. Ellena, auteur des tarifs de 1887, Faveu que cette agriculluro avait été sacrifiée à l'industrie du Nord. La politique fédéraliste que soutient M. Colajanai tend à la suppression do la double mainmise dont nous parlons.

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appelle les Fouilles, leseffels de cette double mainmise, c'est ce qu'il nous paraît intéressant d'observer, ne fût-ce que pour nous expliquer, en retour, de quel poids commencent àpeser les revendicationsdes Fouilles dans les conseils politiques de l'Italie.

Non loin de la cathédrale de Bari, une courte ruelle, se glissant indiscrète entre quelques masures, étonne l'étranger par la singularité de son nom : elle s'appelle « rue Laisser faire à Dieu, Lasciar fare a Dio » . 11 semble qu'en dénommant cette ruelle on ait voulu définir l'indigène du Sud-Est et résumer d'un mot la philosophie de son existence, philosophie trop courte ou bien au contraire très profonde, suivant le point de vue où l'on s'attache. L'âme des Fouilles, — car les provinces italiennes ont encore conservé leur âme, — transparaît, avec ses vertus et ses lacunes, sans fard et tout entière, dans cet ascétique écriteau. « Laisser faire à Dieu, » tantôt cette maxime est le paravent de la paresse, et lanlùt un noble symbole cl'endu-

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rance : on l'étalé complaisamment lorsqu'on ne sait point agir; on la garde en soi, avec jalousie, presque avec orgueil, lorsqu'on sait souffrir.. L'homme des Fouilles, dans tous les sens du mot, laisse faire à Dieu. Ainsi s'expliquent les apparentes complexités de son être et les contradictions superficielles de sa vie.

On est religieux dans le sud-est, au moins à fleur de cœur; et peu s'en faut pourtant que cette région, comme au temps de Frédéric 11, ne soit « une épine dans l'œil du Pape » : les conseils d'abstention politique que donne le Saint-Siège aux catholiques d'Italie, scrupuleusement écoutés dans le Bergamasque, assez fidèlement suivis en Vénétie, en Lombardie, en Piémont, à Rome, sont au contraire, dans les Fouilles, généralement enfreints ; il est telle circonscription où le nombre des votants dépasse 88 0/0^; lors

l.En marsJ897, dansjla circonscription de Castellaneta (province de Lecce) l'aflluence des électeurs aux urnes fut évaluée à 88,13 sur 100 inscrits; une seule

même qu'il s'agit de la prise de Rome, la F*ouille catholique laisse faire à Dieu ; ou plutôt, sur ce terrain politique, le vrai Dieu, c'est le pouvoir central, c'est l'autorité royale, c'est la force de l'État ; et si dans toute l'Italie l'opinion catholique était aussi effacée, nous allions dire aussi inexistante que dans les Fouilles, les inquiétudes des grandes puissances au sujet de la liberté du Pape, les inquiétudes des fidèles au sujet de l'intangibilité morale de la capitale commune de la chrétienté, seraient malaisément rassurées. On est travailleur dans le Sud-Est, mais sans cette imagination novatrice qui est Tune des formes de l'esprit de progrès; et le même motif qui rend le paysan laborieux le rend tout en même temps routinier. C'est une fa-

circonscription eut un plus ç;rand nombre de votants, colle d'Acerra (province de Caserte), où la proportion du nombre des votants au nombre des inscrits était de 89,79 pour 100. Confrontez, avec ces chiffres relatifs au Midi, la situation électorale du Bergamasque, où l'arrondissement de Zogno nous offre moins do H votants sur tOO électeurs in^ciils {Statistica délie Elezioni generali pulitiche, 21 e 28 marzo 4897, p. xv.)

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çon de passivité qui maintient Ténergie de l'homme des Fouilles, et c'est encore une façon de passivité qui l'entrave et l'immobilise. Les écoles' d'oléiculture, d'agriculture, de commerce, d'arts et métiers, qu'ont fondées dans ces provinces le Gouvernement ou les municipalités, n'ont eu qu'un médiocre succès ; et les essais scolaires que M. Pavoncelli, le grand viticulteur de Cérignole, voulut tenter sur ses domaines, sont demeurés sans récompense. La Fouille est la région de l'Italie méridionale qui compte le plus d'illettrés : en 1892, sur 100 conscrits, 62 ne savaient pas lire^ Et combien, paruii les autres, considéraient et traitaient la lecture comme une connaissance que l'on perd de vue! Un notable de Bari, chargé de faire passer certains examens, m'expliquait, comme un cas assez fréquent, l'anormale histoire de certains jeunes gens qui quittent l'école avec des certificats convenables et mérités, et qui, peu

1. Annuario Slalisticu Ualiano, ISOli. p. 139 (lioiin^ Bertero, 1896.).

d'années après, sont quasiment brouillés avec l'alphabet : la spontanéité du travail, le self-help intellectuel, sont en Fouille extrêmement rares.

Il en est de même du self-heljj économique. On est ennemi de la dépense, épris d'une sobriété lacédémonienne ; pour quatre sous par jour, on pratique l'art de vivre longtemps. Lorsque les cuisines populaires de Bari se mirent en mesure d'offrir à leur clientèle, même durant la belle saison, les plats chauds et copieux qui étaient l'ordinaire des mois d'hiver, la clientèle négligea cette attention : se départir de la frugalité serait rompre avec une habitude. Mais nulles provinces, en revanche, ne semblent plus rebelles à l'organisation de l'épargne et aux institutions de crédit. On eût moutonnièrement suivi les classes dirigeantes, si celles-ci avaient daigné s'en occuper; mais les classes dirigeantes, malgré l'exemple que donnait dès 1880, dans la province voisine de Basilicate, M. le député Fortunato,

abdiquèrent cette mission éducatrice. Leur insouciance était si notoire, que le congrès des coopératives de Bologne, en 1880, émit le vœu que les coopératives du Nord formassent un fonds collectif pour promouvoir et soutenir, dans le Midi, la diffusion du crédit'. M. Pavoncelli, il y a quelques années, installa, pour les nombreux ouvriers qu'il emploie, une coopérative de consommation : le rapide échec qu'elle obtint, — plus de 4.000 francs perdus en deux ans sur un mouvement de fonds de 37.000 francs, — dénota, chez les paysans de la Capitanate, une sorte d'incapacité à comprendre les institutions économiques et à s'associer solidairement pour leur bien-être commun, et la tentative de crédit agricole qu'ébaucha d'autre part la maison Pavoncelli lui coûta 55.000 francs et l'ennui d'un insuccès-. Les

1. Voir les discours de MM. Fortunato et Luzzatti prononcés à ce Congrès : Délia âlffuùone dcl crcdito mutuo nellc provincie meiidionali (Bologne, Azzoguidi, d880}.

2. Pavoncelli, Un'azienda cinaiia in Capitanata, p. 60- 61 (Cerignola, 1897).

dépôts aux caisses d'épargne n'ont pas dépassé, pour chaque liabitant des Fouilles, une moyenne de 15 fr. 74, alors que cette moyenne, pour l'ensemble des populations italiennes, s'élevait à 60 Ir. 75'. Les antiques Moïiti frumentari^ qui prêtaient le grain et se laissaient rembourser en grains, établis dans l'Italie méridionale, il y a un siècle et demi, par le cardinal Orsini, pape sous le nom de Benoît XIll, sont tombés en une incorrigible désuétude, victimes de la déloyauté, de l'incurie et de l'oubli^. C'est que les campagnards des Fouilles s'attardent volontiers dans une sorte de torpeur individualiste, où périclitent d'ailleurs, sans sauve-

1. Lo Re, Capltanata triste, p. 70 (Cerignola, 1895). — Au 31 décembre 1893, la haute Italie, avec une population de 13.630.904 habitants, avait dans les caisses d'épai'iine, caisses postales, coopératives de crédit, banques populaires, une somme de dépôts s'élevant à 1.498.463.000 francs ; et l'Italie méridionale, avec une population de 11.6G8.273 habitants, n'avait comme épargne que 284.i'/2.606 francs (Colajanni, Rivista popolare, la juillet 1897, p. 9).

2. Lo \\q, Capltanata triste, seconda série, p. 5-8 (Cerigndhi, tipoi;r. délia Scienza e diletto, 1896).

garde ni garantie, les droits de Tindividu ; l'isolement résigné, qui les désarme, semble avoir pour eux plus d'attraits qu'une action commune ; et leur défiance contre les organisations de crédit, défiance qui peut aujourd'hui, à la suite de certaines banqueroutes, leur paraître justifiée, n'était rien de plus, à l'origine, qu'une conséquence naUirelle de leurs habitudes de laisser faire et de laisser aller'. De père en fils, l'indigène du Sud-Est laisse faire à Dieu... et il laisse faire à d'autres ~.

1. M. Cosinio de Giorgi, La Puglia e il suo dissesto econoinico, p. 0 (Florence, impr. de la Rasseyna Nazionale, 1899), écrit à ce sujet : « Le plus grand défaut des populations des Fouilles est de se dénigrer entre elles. La confiance dans les autres est fort rare en ce pays : de là, le manque d'esprit dassociation et de coopération. » — Certains Italiens du Nord, très hostiles aux Fouilles, reprochent à leurs députés de n'avoir jamais su se grouper à la Chambre, si ce n'est une fois pour lutter contre le phylloxéra ; et ils appellent méchamment ce premier et unique essai d\initàpu(/liese, le miracle du phylloxéra. [Supplemeuto al Caff'aro, de Gênes, 25 nov. 1899;.

2. M. Cosimo de (iiorgi, op. cit., p. 7-9, estime que les populations des Fouilles sont susceptibles de plus d'initiative que nous ne paraissons le croire. Il cite les voies ferrées qu'a fait construire la province de Lecce, la

Ces autres sont les Italiens des provinces septentrionales, ou bien parfois des Allemands et des Français. Ils sont très bien reçus en Fouille lorsqu'ils y viennent comme producteurs ou comme gérants d'entreprises; car ils y sont attendus, les énergies autochtones ayant besoin d'eux pour manœuvrer. Ils sont plus fraîchement accueillis lorqu'ils se présentent comme marchands et comme fournisseurs, car l'article nouveau, là-bas, est d'ordinaire frappé d'interdit. L'acheteur, dans les Fouilles, goûte l'article suranné, qui a fait ses preuves d'usage et de vieillesse ; il retarde volontairement, se montre, par système, rétif aux innova-

fondation de la société de navigation La Pui/lia. Le mal, pour lui, c'est l'absence d'une division du travail entre la production agraire et la production industrielle. Le propriétaire est contraint, tout ensemble, d'être cultivateur, de manipuler ses produits et de les vendre. Les sociétés destinées à la manipulation rationnelle des huiles et des vins sont toujours restées à l'état de projet. 11 nous semble bien que ces lacunes sont le témoignage d'une certaine timidité d'initiative et que, même sur ce point, M. Cosimo de Giorgi n'est pas loin de nous donner raison.

lions, et confère, sur son terroir, une investiture posthume de la mode ù ce qui partout ailleurs est démodé; la Fouille, prudente, aime mieux rester à la remorque que dépasser à l'avant-garde. Mais lorqu'il s'agit de prendre une part docile, même très fatigante, à quelque besogne industrielle inédite, les concours laborieux sont tout de suite dispos. Et ces tempéraments timides qui semblent, à part eux, considérer la vie comme une halte plutôt que comme une marche, deviennent, pour le développement industriel, les meilleurs des serfs. Ils laissent tout faire, même le progrès; et, comme agents dji progrès, ils se prêtent à l'embrigadement, voire même à l'exploitation.

Si Ton veut les retrouver tels qu'ils aiment à être, dévots de la tradition et dévots de leur autonomie, discrètement soupçonneux à l'égard des nouveautés sans y être systématiquement hostiles, lentement accessibles aux évolutions du progrès, mais rebelles aux coups de théâtre de la vie économique, c'est dans la terre d'Otrante qu'il faut descendre : la civilisation unitaire, avec ses prétentions un peu tapageuses, n'a point encore eu le temps d'y pénétrer n'y même d'y étendre son vernis.

Il y a peu de villes d'Italie qui donnent l'impression de l'achèvement, qui paraissent complètes, satisfaites d'elles-mêmes; la plupart ont l'air d'être en construclion ou en destruction : témoin Rome, à qui ses nou-

veaux quartiers composent une enceinte de plâtras; témoin Turin, que surplombent, sur l'une des rives du Pô, la carcasse d'une tour ambitieuse, et, sur l'autre rive, un squelette d'église s'effritant. Lecce, qui commande les abords de la terre d'Otrante, est une petite ville coquette et fîère, heureuse telle qu'elle est, complaisante à jouir d'ellemême. On l'appelle la Florence du Sud, l'Athènes des Fouilles, et ces périphrases ne lui déplaisent ni ne lui disconviennent; elle sait faire valoir l'homogénéité de son architecture, la bonne tenue de sa voirie, les charmes communicatifs de son hospitalité. Les beaux-arts y sont assez en honneur pour qu'on se pique d'introduire le goût esthétique dans les plus humbles œuvres de la technique industrielle; on y travaille le carton-pàle avec une jolie délicatesse^ ; beaucoup d'églises

l.«Un coquet, un précieux bijoux de ville, écrit M. Paul Hourucl ; ft j'ai reçu pour elle ce coup do foudre de sympathie que l'on a pour les choses et pour les personnes... Avant d'être venu ici, je n'attachais aux termes de baroque et de rococo qu'un sens de déplai-

lointaines, même étrangères, demandent à ce coin de la Fouille les statues de leurs saints; et les artistes locaux qui peuplent ainsi le paradis sont àLecce considérés comme des notables, et méritent de l'être ^ Lecce a ses érudits, aussi; et ce qui la distingue, c'est qu'elle les conserve et les fait servir à son illustration. Si certaines localités des Fouilles, comme Molfetta, semblent être de vraies pépinières de professeurs, il advient en général qu'ils s'exportent dans les diverses universités du royaume, oublient la Fouille pour n'y plus revenir, ou bien n'y re\iennent que pour flâner. Lecce, loin d'inspirer ces infidélités, fait à l'érudition locale une place dans sa vie ; lorsqu'elle charge ses savants de colliger ses

sance et de prétention. Lecce m'aura révélé qu'ils peuvent aussi être synonymes de fantaisie légère, d'élégance folle et de grâce heureuse... (Bourget, Sensations d'Italie, p. 227, Paris, Lemerre, 1891.)

1. Voir la curieuse brochure : La modellatiira in carta, publiée à Lecce en 1895 (Tipografia cooperativa) ; et la notice de M. Cosimo de Giorgi sur l'artiste E. Maccagnani, dans la publication collective intitulée : Lecce : 1881, p. 41-53 (Lecce, Spacciante, 1881).

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vieux souvenirs, de donner à ses rues toute une série de noms historiques en attendant qu'ils leur donnent les leurs, elle se confie elle-même, presque à titre de patrimoine, à leurs mains poussiéreuses et dévouées ; elle les aime et ils l'aiment; et l'un d'eux, M. le professeur Cosimo de Giorgi, a dédié à sa ville et à sa province des monographies excellentes', comme on en souhaiterait, mais en vain, pour beaucoup de points de la Fouille. 11 y a des bourgs, des peuples même, qui fabriquent leur gloire comme s'ils se tissaient un suaire, pour s'y ensevelir et pour achever d'y mourir ; Lecce, tout au contraire, se berce pieusement dans la mémoire de son passé, sans jamais s'y assoupir. Avec la force de résistance qui n'appartient qu'à une élite de villes, elle a su, sans routine ridicule, sans archaïsme suranné, garder quelque chose de ses mœurs, de ses traditions, de son indé-

I. De Giorp, La pi'ovlnci a di Lecce : bozzetti di viaggio, 2 vol. (Lecce, Spacciante, 1882); — id. Geografui fisica e descrittira delta provincia di Lecce, 2 vol. (Lecce, 1897).

pendance municipale; et la terre d'Otrante elle-même, à laquelle elle fait un bien curieux portique avec ses architectures de rococo, est la région des Fouilles qu'a le mieux respectée l'invasion perturbatrice des nouveautés.

Si Ton range sous la rubrique de communes rurales toutes les localités qui comptent moins de 6.000 habitants, et sous celle de communes urbaines toutes les petites villes qui dépassent ce chiffre, on observe avec surprise que, sur 100 habitants de la province de Bari, 12 seulement peuvent être qualifiés de ruraux, et 40 sur 100 dans la province de Foggia ; en revanche, dans celle de Lecce, chaque centaine d'habitants se décompose en 54 ruraux et 46 citadins : c'est à M. le baron Angeloni, l'intelligent et minutieux auteur de l'enquête agraire de 1884, que nous empruntons ces chiffres ^ Les très grosses bourgades, servant de dortoirs aux ouvriers agricoles et aux petits cultivateurs, désertes aux heures

i.Atti délia giunta per rinchienta aurarin. vol. XII, fasc. I, p. 38 (Rome, Forzani, 1884).

(le jour, ronflantes aux heures de nuit, et jannais vivantes, sont plus rares dans la terre d'Otrante que dans les provinces contiguës; dans une ville comme Lecce, par exemple, il n'y a presque pas de paysans ; les campagnes environnantes retiennent un personnel sédentaire. Beaucoup d'exploitations rurales sont des noyaux de population. De bizarres constructions appelées truddioi^ immémoriales de dates, assez analogues aux nouraghes de la Sardaigne^ abritent, tantôt temj^orairement, tantôt continûment, les Journaliers agricoles et leurs familles ; ce sont de formidables amas de pierres, en forme conique, dans l'intérieur desquels sont aménagées des chambres. L'habitation, souvent, définit l'habitant : on s'en rend compte en comparantces monuments d'une architecture rudimentaire et robuste, monuments faits pour durer, avec les appentis provisoires et misérables où se tassent, en d'autres régions, les travailleurs des cam-

1. De (iiorgi, La pr ovine ia di Lccce, bozzetti, II, p. 142 et 208.

pagnes. L'équitable métayage, les très longs fermages, survivance de l'ancienne coutume de Femphytéose, demeurent fréquents dans la province de Lecce^; on n'y connaît pas encore certains types nouveaux de pactes agraires, oppresseurs pour le paysan, et qui, mettant en un brutal contact la liberté des deux contractants, ne relèvent d'aucune autre règle que de la licence du plus fort. Chaque bourgade rurale, là-bas, conserve quelques traits de son individualité, qui d'ailleurs vont s'effaçant : c'est Poggiardo qui fixe le prix des grains, et c'est Campi qui fixe le prix des vins ; cela s'appelle « donner la voix des céréales, donner la voix des vins »; et cette voix, résonnant dans ces villages, a de l'écho dans toute la région. Car la terre d'Otrante a gardé une certaine unité économique : telle localité, pour le marché de tel produit, maintient ses traditions spéciales d'hégémonie, reconnues dans le reste du pays; il n'y a pas

i. I contratti (Kjnnii in Itnlia, \\. "iO^-iiOS :Romc, Bertero, 189i).

de centre où se ramasse tout Tensemble de la vie agricole et commerciale; et cette décentralisation même, qui laisse moins de prise aux influences exotiques, garantit en quelque mesure l'autonomie de la terre d'Otrante et préserve, pour quelque temps encore, certaines parcelles de son originalité ^

Nous observons, dans cet extrême Sud, Tune des rares régions d'Italie, la seule peutêtre, où la ])etite industrie domestique (industria casalinga) soit encore développée. Le royaume de Naples, il y a |)eu d'années, comptait une multitude de familles qui, dédaigneuses des offres commerciales, pourvoyaient elles-mêmes à leurs propres besoins : on tissait, dans cliaque foyer, les habits nécessaires ; c'est une coutume qui s'efface

1. Au point de vue religieux même, certains villages de la terre d'Otrante, résistant partiellement à la poussée des influences latines, ont consei^vé quelques habitudes du rite oriental : il faut lire, sur l'esprit particulariste qui distingua longtemps la terre d'Otrante en matière de liturgie, les intéressants travaux de M. Jules Gay {Byzantinischc Zcltschrift, t. IV; et Revue d'Histoire t (le Littérature religieuses, t. II).

aujourd'hui; le bon marché des importations a eu raison de la routine patriarcale; les vêtements indigènes, laborieusement fabriqués par la mère et par la fille, passeront bientôt à l'état d'exceptions ou de reliques; ils affubleront des mannequins dans les musées d'archéologie locale ; et Tltalie du Sud-Est s'habillera à Bologne ou à Milan. Mais la la terre d'Otrante, elle, au moins au fond des campagnes, continuera quelque temps encore de se vêtir elle-même ; l'originale fierté de la mode et la jalouse indépendance du rouet domestique tiendront en respect certaines tentatives d'unification.

Ce sont les industries de luxe, jadis prospères dans plusieurs bourgades, qui, du fait de l'unité, ont couru les plus grands périls : le temps n'est plus où Nardo pouvait lutter avec Faenza par ses céramiques artistiques, avec Catanzaro par ses tissages ^ : les Italiens

1. A son tour, la ville calabraise de Catanzaro assiste avec tristesse à la décadence presque complète de son industrie des étoffes en soie, Jadis renommées. Voir Tin-

du Nord, en en Iran l en rapports avec cette région lointaine, n'ont pu que constater, à S. Pietro diLama, à Grottaglie, la décadence progressive de ces travaux de poterie qui, dès les temps les plus anciens, dénotaient le goût esthétique et riiabilelé technique des populations de la Messapie ; et les seules fabrications dont la prospérité demeure parfaitement intacte sont celles qui résultent des besoins mêmes de la région, comme à Castrignano, par exemple, celle des tissus de coton, qui garderont quelque temps encore une clientèle locale, ou comme à Gallipoli la fabrication des tonneaux. Si donc la viabilité de la terre d'Otrante a été passablement négligée, cette négligence même a conjuré certains dangers. Car les nombreux villages qu'on abandonnait à leur isolement ont conservé l'habitude de proportionner leur production

léressant volume: Statuti delV arte delta seta in Cdtanzaro, preceduti da una relazione f'atla alla Clamera di cornmcrciu ed Arli sulla uriginc, progressa e decadenza delC arte délia neta in. Catanzaro, dal sun segretario Filippo Mciriiicola S. Khn-u CaUuizaru, tipot;r. tiiuuicipak', U

aux besoins locaux et de mesurer constamment le rayon de leurinfluence commerciale ; ils n'ont pas subi cet enivrement de la « mégalomanie » économique, auquel ont succombé d'autres districts de la Fouille. Et sans doute, dans la terre d'Otrante comme ailleurs, la culture du coton, qui rapportait, au moment de la guerre de sécession, le quadruple du prix normal, abattu en retraite devant l'invasion des cotons américains ; les terres à blé, à peu près respectées dans les circonscriptions de Brindes et de Tarente, ont été plantées en vigne dans celle de Gallipoli; d'imprudents déboisements ont singulièrement réduit la superficie des forêts ^ ; mais en dépit de ces vicissitudes, la terre d'Otrante ne s'est jamais départie d'un certain équi-

1. M. Cosimo de fiiorgi a constaté que, dans la première moitié du siècle, il y avait dans la seule province de Lecce, quatre-vingt-dix mille hectares de bois, et que c'est à peine, aujourd'hui, s'il en reste dix mille. Or, les pluies sont beaucoup moins abondantes, sur ces terres déboisées, qu'elles ne l'étaient il y a cent ans; de là un péril, qui va s'aggravant [La Puylia e il suo dissesto cconomico, p. 15).

libre de ciilltires, d'une certaine stabilité d'intérêts; parce que lointaine, elle fut prudente ; parce que prudente, elle demeure beureuse.

Il advient que cette prudence même amène la province de Lecce à n'accepter qu'avec discrétion certaines bonnes fortunes, que lui offre la générosité de l'État. Voilà cinq ans qu'on la convie à la culture du tabac; l'activité de M. le syndic Pellegrino a fait créer à Lecce un laboratoire de tabacs orientaux ; on remontre aux paysans qu'un hectare rapporte 120 francs, s'il est cultivé en blé, et 794 francs si l'on y introduit le tabac oriental à petites feuilles ; on a pu provoquer ainsi, en faveur de l'acclimatation de cette nouveauté, un certain nombre d'adhésions intelligentes ; mais en 1897, des plants de tabac dont l'État proposait la culture, à peine un tiers ou les deux cinquièmes étaient utilisés. A cette richesse inédite, cadeau d'un pouvoir éloigné, on préfère l'huile, « l'or liquide », cadeau de Dieu. L'olivier, source de cet « or liquide, »

abonde dans la terre d'Otrante : jusqu'au xvf siècle, Lecee avait deux enceintes, l'une de pierres, l'autre d'oliviers, qui caressaient de leurs branches tordues les murailles de la ville ; on fit brèche dans cette seconde enceinte, et, pour des raisons stratégiques, l'olivier fut consigné à deux kilomètres de Lecee ; mais au-delà de ce rayon il est exubérant de vie. Bien que la plupart des huiles soient fabriquées avec des procédés trop rudimenlaires pour mériter la réputation d'huiles de table, l'olivier reste, à l'heure présente, la plus sûre richesse du pays : 117 communes sur 130 ont des pressoirs, et plus de 6.300 personnes consacrent, chaque année, à la production de l'huile un certain nombre de leurs journées*. La santé de l'olivier, dans la terre d'Otranle, est la santé du peuple lui-même-.

1. Xotizie siille condizioni industriali délia pruvincia di Lccce, p. 35 (fasc. XXXII des Annali di Statistica. Rome, Bertero, 1891).

2. Il faut consulter, sur la province de Lecee, la publication trimestrielle que fait pai-aître la Chambre de Commerce, par les soins éclairés de M. Marzano, sous ce titre : Le condhio)ii economiche delta provincia di Lccce (Lecee, Lazzaretti).

La province de Bari fut moins sage et moins raisonnable : couverte d'un entrelacs d'oliviers et de vignes, elle développa prodigieusement cette dernière culture aux dépens de la première ; de terribles infortunes en résultèrent, qui lui fuient communes avec la province de Foggia, et dont nous parlei'ons tout à rbeure à l'occasion de cette dernière région. Son liuile, qu'elle sacrifiait au vin jusqu'au moment où le vin cessa de se vendre, rivalise parfois avec celle de la Rivière de Gênes, non point seulement en abondance, mais même en délicatesse : c'est une richesse stable, etdun excellent aloi. iMais cette province, largement ouverte aux hommes du Nord, et par conséquent aux nouveautés, s'est laissé jeter dans toutes les agitations et dans

tous les périls des mêlées économiques.

C'était une ville fort originale que le vieux Bari. Elle se pelotonnait modestement autour de la basilique de Saint-Nicolas; et participant du rayonnement qui faisait resplendir au loin la figure de l'évêque de iMyre, elle était, comme la personne même du saint, un lien entre le monde latin et le monde slave. Ce lien ne s'est point rompu ; aux pèlerinages que faisait fréquemment à Bari la famille princière du Monténégro, un voyage nuptial a succédé. Mais derrière la vieille ville, qui semblait avoir fait vœu de pauvreté et profession de sainteté, et qui resserre entre la basilique et la mer le tissu compliqué de ses venelles, une cité nouvelle est sortie du sol, jalouse de s'élargir, de s'aérer et de s'enrichir; elle prétend être, tout à son aise, une grande place d'industrie et de commerce.

On constate, au début de tout développement industriel, une période d'exaltation, où sévit l'ivresse du travail producteur :

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Fêtre humain, durant cette phase d'illusions, se sent tout fier d'être un créateur de richesse ; cet orgueil le fait passer outre à la dureté des fatigues quotidiennes; il veut produire et encore produire; l'institution du repos dominical lui paraît une insulte à son activité désireuse de s'épancher ; et il s'avance, plein de fougue, vers une période de résipiscence durant laquelle, lassé de sa propre ardeur et déçu par les résultats, il réclame la limitation de la production, la diminution des heures de travail, le chômage hebdomadaire. La province de Bari n'est point encore sortie de la première période : les progrès industriels y sont rapides, allègres et variés. L'extraction de l'huile des grignons à l'aide du sulfure de carbone est à Bari l'une des industries les plus florissantes; c'est à des initiatives françaises qu'elle est due. Travail de la laque, fabrication de boîtes en bois pour échantillons, fabrication d'appareils de gymnastique, sont d'importation récente dans cette ville ; et ces importations réussissent.

L'induslrie des colonnades imprimées, après avoir appartenu, tour à tour, à des maisons anglaises et allemandes, est pratiquée, aujourd'hui, par les ouvriers de Bari, qu'ont formés quelques techniciens venus de la Lombardie, Enfin, chaque année, du grand établissement Murari, s'essaiment à travers la péninsule 650.000 jeux de cartes' : rois de la Bible et valets de l'Iliade, paysans de romans et bourgeois de comédies, notables de tout rang et de tout acabit, dont l'imagination populaire a décoré les cartes à jouer, ont leurs silhouettes chez M. Murari, qui fabrique, concurremment, les innombrables types de jeux demeurés ta la mode dans les diverses provinces d'Italie. Barletta, Trani, Bisceglie, Molfetta, échelonnant tout le long delà mer. sous les affronts du soleil, la blancheur crue de leurs murailles, s'efforcent d'être les émules de Bari. Élève de la Lombardie, cette

t. Xdtiztc sullc ciiiulizioiii iiidiisli-idli ilcUa pror'mcin ili B'iri, p. ari (fasc. XXXI des Aiuni/i di '^tdtifificn, Homo, liertero, 1891).

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province tôt ou tard, lorsqu'elle comptera plus d'étrangers que d'indigènes, sera pour le Midi ce que l'agglomération milanaise est j)our le Nord.

Entre la province de Bari, qui, sous la pression continue de l'Italie septentrionale, a fini par s'abandonner aux innovations, et la province de Lecce, qui, sans s'y montrer systématiquement rebelle, les toise avec quelque suspicion, si l'on ose ainsi dire, avant de les admettre, la différence est profonde ; et pour la mesurer c'est assez de l'indiquer. La physionomie même que se sont composée ces deux régions est pour elles la garantie d'un certain bien-être; celle de Lecce prévient les catastrophes par la timidité qu'elle met à évoluer, et celle de Bari en répare les effets par l'infinie variété d'occupations et de ressources de travail qu'elle tient à la disposition de ses habitants. Tout au contraire, on chercherait en vain, dans la province de Foggia, dans la « triste Capitanate, » comme volontiers on la qualifie, la

réserve discrète et traditionnelle qui préserve Lecce, et Topulente ingéniosité de moyens qui soutient Bari : la Capitanate a passé les trente dernières années à se défaire ellemême, et puis à se refaire, pour se défaire encore; on la dirait éprise d'on ne sait quelles instabilités successives ; en fait, elle ne les aime ni n'en est responsable; mais entraînée dans l'orbite d'un Etat unitaire, ce sont les décisions et les vicissitudes de cet État qui ont contraint la Capitanate à changer plusieurs fois d'aspect et d'existence, et, si l'on nous passe cette expression familière, à se débrouiller toute seule, au risque de s'embrouiller toujours davantage.

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M. Emile Bertaux décrivait, il n'y a pas longtemps, l'hospitalité facile et complaisante que trouvaient, dans l'antique « Tavoliere de Pouille », les troupeaux et les patres des Abruzzes*. Ils étaient, à proprement parler, les maîtres de la Capitanate ; la portion de sol qu'on pouvait cultiver en blé était limitée avec soin, définie avec jalousie ; et les droits de chaque propriétaire, la liberté d'usage et d'exploitation de chaque domaine, étaient subordonnés aux droits imprescriptibles du bétail transhumant, que le trésor royal trouvait profit à protéger. En l'année 1865, par

1 . Voir dans la Revue des Deux Mondes du 15 octobre 1897, l'aiiicle : Sur les chemins des pèlerins et des cmiçjrnnts. — Voir, sur la l'acon dont l'empereur Frédéric II avait coni'u l'exploitation agricole des Fouilles, Bertaux, Monumenti medievnli délia rcijione del Vulture, p. 1 (Napies, 1897).

l'effet de la loi qui affranchit le Tavoliere, troupeaux et pâtres furent déchus de leur royauté ; le régime du pâturage forcé fut supprimé ; les propriétaires recouvrèrent la libre disposition de leurs domaines; et sur ces vastes étendues, où jadis s'ébattaient les troupeaux en toute souveraineté, les épis de blé commencèrent de mûrir. On fêta cette émancipation, à laquelle les Bourbons n'avaient jamais voulu se prêter, comme le don de joyeux avènement du régime nouveau ; en faire l'éloge devint une chose classique ; M. Angeloni dans l'enquête agraire, M. Lenormant dans son livre : A traver^s VApuUe et la Lucanie^ répercutaient et prolongeaient encore, vingt ans plus tard, l'enthousiasme primitif; et les publicistes comme Carlo de Cesare, dont les constants efforts avaient longtemps poursuivi et finalement obtenu cette quasi-révolution du régime rural, étaient, sans réserves, salués comme des bienfaiteurs. On incline à reconnaître, aujourd'hui, après les nombreux désespoirs qui furent l'arrière-

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^arde de cette nouveauté, que la loi de 1865 fut, sinon fâcheuse, au moins trop radicale : (c en pensant, écrit M. Pavoncelli, à près de 250.000 hectares de terres labourées d'un coup et rendues à demi stériles, le législateur est contraint de se demander, anxieux, s'il n'a pas devancé le moment opportun en accordant ce qu'il aurait été préférable de retarder^;» et un professeur de Foggia, M. Lo Re, qui a consacré deux volumes à la Capitanate, ne craint pas d'écrire que cette loi fut « la condamnation de la pâture méridionale, la catastrophe des valeurs foncières de la Capitanate, la ruine d'une grande partie des montagards des Abruzzes, du Samnium et de la Lucanic; » il risque l'oraison funèbre du Tavoliere disparu, « victime, ditil, du jacobinismeintransigeant, de l'économie politique transcendante, du libéralisme irrationnel '. » Mais ces épanchements d'un franc

1. Pavoncelli, Unazicmhi rinurin in Capltamita, p. 0 Ct'riunola, 1897).

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