Lo Re, Capitanata triste, seconda série, p
cirella, el que les petits ports de la Ca|)itanale, qui sembleraient promettre un utile accès au trafic de cabotage, sont trop négligés et insuffisamment outillés. Brindes luimême, ce port classique dont on voudrait faire une étape durable du transit universel, inspire de graves inquiétudes : la malle des Indes menace de cbercher un autre débarcadère, si Ton ne|)rocure pas au portde Brindes les améliorations multiples dont M. Prinetti constatait, en 1896, la coûteuse urgence, et la Cliambre de commerce de Reggio multiplie ses efforts |>our que la ville calabraise puisse un jour rivaliser victorieusement avec Brindes comme port de transit international', LM'Uat s'occupe de Tai'ente, parce qu'il en veut faire un port militaire; mais le commerce maritime lui est beaucoup plus indilîérent : et lorsque la Trouille, durant sa courte efferves-
). Voir, sur cetio curicus(! Iiiltc, le r;i|)|>oi'l imlilii' on 1807 pur la Chaiiilirc de coiiiiiierce de Uciigio, sous le litre : Siil piede (Cllalia, consi(leraziu}ii ili ecunomia cornmevcidlc.
cence de prospérité, fit effort jiour devenir le siège de quelques compagnies locales de navigation internationale', elle ne trouva près des pouvoirs publics qu'un assez médiocre concours.
Ainsi les Pouilles, jusqu'à ces derniers temps, n'ont point acquis, dans l'édifice unitaire, l'importance et le respect auxquels elles ont droit; M. I^avoncelli, membre du dernier cabinet de M. di Uudini, n'eut point le temps, durant son court passage au pouvoir, de rectifier celte inégalité flagrante sous le poids de laquelle les Pouilles sont opprimées. Les périodes électorales, qui se dénouent dans ces provinces par un grand mouvement de votes, n'y produisent qu'un insignifiant mouvement d'idées : « C'est à base
1. Voir en particulier : Po' il riordinamcnto dci scrvizi postali e commerciali marittimi : rclazionc dcl sig . Nicola Fione al présidente délia Caméra di Commercio ed Arti di Bari (Bari, slab. tipogr. Avellino, 1891) ; — Movimento commerciale e di navigazionc délia provincia di Bari pel biennio 1892-93 (Bari, tipogr. del Carrière délie Puglie, 1894).
de sympathies i)ersonnelles que se font les élections », me disait-on un jour; et je n'avais, pour m'en convaincre, qu'à lire les débris d'affiches qui maculaient les murs. Nulles promesses précises, nulles revendications détaillées, rien qui dénotât une étude sérieuse des questions urgentes; mais un grand étalage de vanité personnelle, une sentimcnlalilé un peu laborieuse, une emphase spontanée à force d'être coutumière : voilà ce qui distinguait la plupart de ces manifestes. Un candidat à Foggia, frappant à la porte de tous les cœurs, s'exclamait au terme de son affiche, en une interpellation soudaine : « Mères, filles, femmes, si les électeurs ne votent [)as pour moi, vous leur refuserez vos sourires et vos baisers. » il ne fut point élu, et rien ne fait croire qu'à Foggia, de|)uis son désastre, les mères soient devenues plus sévères, ni les filles moins affectueuses, ni les femmes moins complaisantes.
Les Fouilles sont la région du royaume où l'on vote le plus; et il n'y a, dans celte
région, aucune vie poliLique sérieuse, aucune agitation profonde. Le socialisme n'y fait que de très lents progrès ; une partie de la bourgeoisie est devenue républicaine, la même peut-être qui, sous les Bourbons, avait donné le signal d'être libérale; quant au peuple, il conserve un inébranlable respect pour un personnage abstrait, un dieu terrestre, <( le Roi ». Les Bourbons ont fortement gravé le sentiment monarchique dans la conscience des populations méridionales, et cette empreinte qu'ils y ont mise profite à leurs successeurs; le loyalisme de ces populations semble fondé, surtout, sur des habitudes inculquées par le régime ancien ; et c'est là ce qui fait, tout ensemble, la force et la faiblesse de ce loyalisme. Il découle d'une accoutumance d'esprit, et c'est là sa force ; il n'incarne pas une opinion vivante, et c'est là sa faiblesse. Tel quel, il est très original. Un gouvernement, assurément, pourrait souhaiter des sujets plus aimants ; il n'en pourrait souhaiter de plus commodes.
Les changements de domination qu'ils ont subis à travers les âges les ont accoutumés à être les subordonnés du trône et de la couronne bien plutôt que les féaux d'une dynastie ; ils savent que les dynasties sont guettées par les vicissitudes de l'histoire, mais que le trône, patiemment, dans les grandes salles d'apparat, et la couronne, patiemment, dans les écrins somptueux, se prêtent à d'autres titulaires. Ils font comme le trône et comme la couronne, ils se prêtent. Leur loyalisme n'est qu'un aspect politique de leur vertu native de résignation : maintien du trône ou chute du trône, ils laissent tout faire à Dieu! Et décidément, avec toutes leurs lacunes, ce sont de fort braves gens : les Bourbons les avaient bien élevés.
On ne peut douter que le pouvoir central ait fait plaisir à ces braves gens, lorsqu'il a renoué les relations commerciales avec la France. Si impérieux en était le besoin, si vitale en était l'urgence, que M. le comte Giusso, dans un discours de l'année 1896, écartait avec une parfaite franchise toutes les objections et toutes les exigences que certaines Chambres de commerce ou certains comices agricoles étaient tentés de risquer ' : le fait même d'une reprise des relations apparaissait à M. Giusso comme un minimum suffisant, ayant presque la valeur d'une victoire italienne. iMais ici les hommes
1. Giusso, Délia convenienza per fltalia di stipulare con la Francia un trattato di commercio, p. 24, Naples, Ferrante, J897.
du Xord intervenaient : « Raisonner ainsi, objectaient-ils, c'est vouloir subordonner à la fortune des Pouilles l'intérêt même de rilalie. » Entre représentants du Nord et représentants du Midi, on épiloguait d'abord sur des détails; et puis la discussion s'amplifiait, le fossé se creusait, aussi large, aussi difficile à combler, que celui qui, survivant à l'unité, sépare les traditions historiques et les habitudes d'existence des deux régions. Le Nord possède un certain nombre d'industries qui ne voulaient accueillir un traité de commerce avec la l'^rance que si elles y devaient trouver certains privilèges propices; çà et là. aussi, il a des vignobles, moins riches que ceux des Pouilles, moins impatients de trouver un débouché pour leurs produits; beaucoup de viticulteurs du Nord craignaient, avant tout, un abaissement de barrières douanières, qui ouvrirait l'Italie septentrionale aux vins étrangers; et malgré les manifestations nombreuses qu'avait provoquées, de la part de 66 Chambres de
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commerce et d'un certain nombre de comices agricoles du royaume, la Chambre de commerce française établie à Milan ', on pouvait se demander si, à la veille du jour où l'entente commerciale paraîtrait devoir aboutir, le Nord et le Midi de Tltalie ne se livreraient point une suprême bataille d'influences, sinon au sujet de l'opportunité même d'une entente, du moins au sujet des conditions qui la régiraient. Cette bataille a eu lieu, mais elle n'a pas entravé la conclusion du traité.
Depuis la rupture des relations commerciales avec la République française, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche avaient été, tour à tour, sollicitées d'acheter les vins des
1. Voir, dans le Bulletin ineusiicl de la Chambre de commerce française de Milan, les articles : Relations commerciales avec la France, dus aux informations diligentes de M. Henri Blanc, secrétaire, et en particulier la brochure: Accord commercial franco-italien (mars 180tnovembre 1895), pu-bliée en 1895 par cette Chambre de commerce (Milan, Marchij ; — et, d'autre part, le Bollcltino di notizie vinicolc commerciali per la Pur/lia, organe de la « cantine expérimentale » de Harletta, publié depuis 1896.
l'oiiilles. La Suisse nY'laiL qu'une médiocre cliente. L'Allemagne, a|)i'ès avoir accordé quelque crédit aux vins de table italiens, n'achetait plus guère que des vins de coupage. L'Autriche offrait un débouché plus large et plus sfir, et les bous offices du gouvernement de Vienne étaient assurés à la péninsule jusqu'en 1903, date d'échéance de la « clause » ; mais cette « clause » serait-elle renouvelée ?
Si ces expédients provisoires pouvaient ménager aux vins de Pouille, deshérités de notre indispensable clientèle, des marchés insuffisants encore, mais tout au moins importants, et s'ils inauguraient ainsi très efficacement le relèvement de cette région, l'honneur en revenait à « l'Association des propriétaires et agriculteurs », dont le siège est à Aaples, et qui rassemble les hommes les plus dévoués aux intérêts économiques du Midi. La Pouille avait accepté des entraîneurs, si l'on ose ainsi dire; ils venaient du Nord ; elle avait subi des percepteurs, ils venaient deRome;
ses bienfaiteurs et ses sauveurs, elle les trouvait parmi les hommes du Midi, parmi ceux qui continuaient d'affirmer la solidarité des provinces méridionales et qui n'aimaient point à détacher la Fouille de son cadre historique, le vieux royaume de Naples. Que les progrès de l'industrie dans la province deBari pussent un jour racheter les misères de l'agriculture dans tout le reste des Fouilles, c'est là une espérance que ces hommes-là n'acceptaient point; ils persistaient à observer qu'en Fouille, d'après les stastistiques les plus complaisantes, le chiffre des ouvriers d'industrie ne dépasse pas 3 0/0 de la population totale. C'est à l'agriculture que les Fouilles sont vouées.
Or ces hommes du Midi, consultés sur la valeur même des mesures de transition qu'ils avaient fait prendre pour assurer aux produits agricoles des Fouilles quelques débouchés, reconnaissaient, sans fausse honte, sans orgueil « mégalomane », que le rétablissement des relations avec la France, « marché
naturel de l'Italie' », serait la seule sauvegarde décisive. Ils constataient que la France, malgré la reconstitution de ses vignobles, emprunte encore à l'étranger 8 à 9 millions d'hectolitres de vin -; et ils croyaient pouvoir affirmer que les nouveaux vins indigènes dont elle est justement fière seraient utilement coupés avec le vin des Fouilles. Ils gardaient un souvenir fidèle, un ineffaçable regret, du temps où la France absorbait plus des deux cinquièmes de l'exportation italienne ', et volontiers ils déclaraient, avec M. le député Giusso, que la fermeture du marché français avait été un acte de démence de la part de l'Italie ^ C'est ainsi que les évolutions économiques et politiques conduisaient l'Italie du Sud-Est à compter fort peu sur elle-même, moins
1. Giusso, Della conccnienza pcr l'ItaUn di stipulare con la Frauda un traltato di coinmcrcio, p. 17.