‹ Lendemains d'unitéChapitre 42 sur 44 · op. cit., p · texte numérisé non relu

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encore sur son gouvernement, beaucoup sur la France.

Les Fouilles, dans l'ancien royaume de Napiles, étaient une province à part, province d'une vie distincte, se suffisant à peu près à elle-même : l'unité italienne leur coûta leur autonomie économique, les mêla plus intimement au mouvement agricole et commercial de l'univers; et l'on s'explique que l'homme desPouilles, transporté brusquement en présence d'horizons qu'il ne soupçonnait point, se soit senti désorienté et comme dépaysé. Il assista, spectateur souvent passif, travailleur toujours actif, aux phénomènes qui depuis un quart de siècle, très lentement dans la partie méridionale, brusquement dans la partie septentrionale, ont modifié l'aspect et l'existence de toute la région. Dès l'abord, les Fouilles eurent bonne contenance : leurs blés, leurs builes, leurs vins les faisaient connaître et respecter. Et puis elles ont essuyé le malheur, sans nulle faute de leur part; elles ont subi la répercussion de la poli-

tique où le pouvoir central engageait l'Italie. Cela leur parut, tout de suite, d'une étrange àpreté ; elles regrettèrent le travail dépensé, créateur de ruines; elles regrettèrent l'argent dépensé, victime de ces ruines; elles se laissèrent clioir dans le marasme, dans le désespoir. La fatigue des aïeux était moins décevante, et leur pauvreté moins à jeun : l'homme des Fouilles, après s'être laissé entraîner, presque malgré lui, dans le tourbillon d'une civilisation importée, retomba sur lui-même; et ce fut une chute dont il est encore courbaturé.

En devenant membres d'un grand État qui prétend, sur le damier de l'Europe, n'être plus un pion mais un joueur, les Rouilles, ces sauvageonnes d'hier, firent, à proprement parler, leur entrée dans le monde; c'est un événement toujours flatteur. Mais le lendemain fut cruel ; elle peuple des Fouilles, si discret qu'il fût par tempéramment et par contrainte, souhaitait qu'un jour vînt où, sur le damier de la politique italienne, dans le

conflit d'intérêts entre les diverses provinces, il serait quelque chose de plus, lui aussi, qu'un pion négligé, et remplirait en Italie, tout comme Tltalie en Europe, le rôle d'un joueur. Le rétablissement des relations commerciales entre la France et l'Italie, dont M. Billot s'est fait naguère l'historien après en avoir été le premier ouvrier', apparaît sans doute aux Italiens du Sud-Est comme la réalisation tardive de leurs longs espoirs et comme la sanction de leur droit à la vie.

I \o\r la Revue den Deux Mondes du l""" janvier 1899. — S'il faut en croire M. Cosimo de Giore;i, les premiers résultats de ce rétablissement demeurent décevants jjour les Fouilles : le prix des raisins en Pouille ne s'est pas élevé dans les deux dernières années ; les vins de ces provinces auraient une richesse alcoolique supérieure à celle que comporte le nouveau traité de commerce, et c'est surtout aux vins de l'Italie septentrionale que profite ce traité. Indirectement d'ailleurs, les Fouilles en bénéficient, car l'Italie septentrionale achète leurs moûts et leurs raisins {La Puglia e il suo disseato economico, p. 13-14).

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