CONCLUSIONS
1. — Certaines hémorragies profuses d’origine colique peuvent présenter chez l’adulte une physionomie et une évolution qui légitiment leur groupement en un syndrome : Li Le syndrome des entérorragies solitaires d’origine colique.
2. — Il s’observe aussi bien chez la femme que chez l’homme à partir de l'adolescence et paraît favorisé par certaines anomalies coliques : le dolichocolon, la diverticulose. Mais la cause essentielle en est la plupart du temps impossible à saisir.
3. — Son tableau clinique est dramatique : Brusquement, chez un sujet indemne, jusqu'alors, de troubles digestifs importants, se déclenche, annoncée par une crise de coliques ou sans signes avant-coureurs, une entérorragie considérablé faite d’un sang rutilant mêlé de caillots. Tantôt l'émission est massive et reste unique, tantôt elle se renouvelle une ou deux fois, tantôt enfin elle se caractérise par le rejet, répété un nombre considérable de fois, d’une petite quantité de sang rouge. Un impressionnant état de choc et d’anémie aiguë est de règle.
Trois particularités doivent être soulignées :
1) L'interrogatoire et l'examen clinique ne permettent de préciser ni la cause ni le point de départ de l’entérorragie. Il s’agit d’un accident absolument isolé. Pourtant des signes de souffrance du colon terminal l'accompagnent parfois que révèlent les plaintes du malade, le palper de la fosse iliaque gauche, le toucher rectal.
>) L'évolution est caractéristique de l’origine basse de l’hémorragie et de sa brièveté. En effet, passées 24 ou 48 heures le malade ne saigne plus, la surveillance des selles ne montre pas de melœna apparent, chaque fois la rapidité de réparation de l'organisme est heureusement surprenante. |
3) L'évolution ultérieure contribue à mériter à l’entérorragie le terme de solitaire puisque, sauf très rare exception, il n’y a ni récidives, ni troubles intestinaux consécutifs.
4. — Si les signes de souffrance sigmoïdienne, les besoins impérieux avec ténesme, et surtout l'absence de melœna peuvent orienter le diagnostic d’origine, seuls la recto-siomoïdoscopie et l'examen radiologique du colon affirment le point de départ du saignement :
a) Parfois, une rectoscopie précoce permet de voir directement saigner la muqueuse sismoïdienne ;
b) Dans ie les cas, l'examen radiologique révèle soit un dolichocolon, soit une diverticulose, soit un état inflammatoire de l’'S iliaque : une « sigmoïdite ».
D. — Avant la mise en œuvre de ces examens de complément, le diagnostic se pose avec les diverses en-
térorragies profüsés isolées de point de départ différépit:
a) les hémorragies de l’uleère duodénal surtout. Mais
leur évolution est différente et l'examen radiologique permet de les écarter.
b) les hémorragies d’origine ano-rectales qu’élimine l'examen local.
Enfin, avant de conclure à une entérorragie colique solitaire, les lésions hémorragiques du colon ou du grêle doivent être discutées : cancer, tuberculose, rectocolites hémorragiques, tumeurs bénignes.
6. — L'absence de vérifications anatomiques et de documents expérimentaux ne nous autorise qu'à un aperçu pathogénique prudent.
a) L'aspect clinique du syndrome, certaines constatations endoscopiques ne sont pas en faveur de l'intervention isolée d’un accident vasculaire localisé : rupture, torsion, thrombose.
b) Le caractère solitaire de l’hémorragie, sa brièveté d'évolution, l’absence ordinaire de stigmates sanguins, l'absence de toute affection splénique ou hépatique ne plaident pas non plus pour une origine dyscrasique.
c) Au contraire, les données expérimentales récentes sur le rôle du sympathique abdominal dans la production des hémorragies digestives, l’analogie du syndrome, avec les accidents paroxystiques neuro-végétatifs, nous feraient plutôt croire à un mécanisme nerveux : L'entérorragie solitaire d’origine colique pourrait traduire l'atteinte de certains éléments du sympathique abdominal, ceux propres à l’anse sijgmoïde surtout, et peutêtre cette atteinte est-elle favorisée par une débilité préalable de ces éléments.
En effet, l’entérorragie solitaire affectionne certaines anomalies morphologiques, dolichosigmoïdes, diverticuloses, qui pourraient être des dystrophies d’origine
nerveuse et dont le siège habituel fait de l’anse sigmoïde la région d’ élection du syndrome.
Mais il est remarquable que la cause essentielle en reste dans la règle impossible à préciser.
cer LS thérapeutique est strictement médicale,
toute intervention chirurgicale doit être rejetée.