‹ Lentigo malin des viellardsChapitre 10 sur 14 · DE UXIÈME GRO U PE · texte numérisé non relu

DE UXIÈME GRO U PE

Taches mélaniques sans tumeur.

Observation XVIII (W. Dubreuilh)

Figure dans la description.

Observation XIX

(Communiquée par M. le Prof, agrégé W. Dubreuilh.)

Mme G..., âgée de soixante ans environ, m’est adressée par M. le Dr P..., pour un petit eczéma de la face et pour une tache noire située sur la pommette gauche. Il y a environ deux ans que Mme G... a remarqué, sur la pommette gauche, une petite tache jaunâtre qui s’est graduellement étendue sans donner lieu à aucune sensation anormale ; depuis deux ans, une partie de la tache est devenue beaucoup plus foncée, sans qu’on puisse dire avec certitude si la partie la plus foncée correspond au point de départ de la tache. Actuellement (22 septembre 1902), la pigmentation forme une plaque arrondie de la largeur d une pièce de 5 francs en argent, étendue sur la pommette gauche et la partie voisine de la tempe. Sur la plus grande partie de son étendue, elle a une teinte jaunâtre, chamois pâle, peu visible, sans changement apparent dans la structure de la peau ; il n’j a que le changement de couleur.

A la partie antérieure de cette tache, se trouve une partie beaucoup

plus foncée, irrégulièrement arrondie, large comme une pièce de 50 centimes; elle siège au sommet de l’os malaire. Son contour est bien limité.

Elle ne fait plus saillie et on n’y constate aucun épaississement, ni aucune induration . Les plis et le grain de la peau sont normaux; la couleur de l’ensemble est d’un sépia foncé presque noir. Par l’examen de la loupe, on voit qu’elle est formée de tachetures et de marbrures de nuances différentes, de la même couleur, plus ou moins foncées, toutes très petites et très serrées.

Il n’y a aucune douleur, ni aucun autre changement de structure que la pigmentation, rien ailleurs, notamment rien aux paupières, ni aux conjonctives.

Les taches ont constamment augmenté de couleur et d’étendue depuis leur apparition. En aucun point, elles n’ont rétrocédé : il n’y a donc pas eu de déplacement.

Il s’agit évidemment d’un lentigo malin des vieillards, sans aucune trace de transformation maligne; il n’y a donc aucune urgence à opérer, mais il n’y a pas d’autre traitement topique à y faire.

Observation XX

(Lustgarten, Journal cutan. g. n. cliseases, 1897, p. 75; and New. York

Dermat. Society , 1895.)

Il s’agit d’une jeune fille présentant des plaques pigmentées couvrant le côté gauche du front, les paupières et la conjonctive de l’oeil gauche.

Il y a aussi une petite plaque sur la tempe droite. Leur couleur est grise, de la teinte du graphite .

Elles ont apparu il y a trois ans et se sont étendues graduellement . La première impression fait songer à un cas d’argyrie, mais il paraît qu’elle n’a été traité aux sels d’argent ni à l’intérieur ni à l’extérieur et qu’elle n’a aucune cause d’intoxication professionnelle. Depuis six mois, elle présente seulement un peu de dyspepsie.

Observation XXI

(Robinson, NeioYork Dermat. Society , 1895.) C’est un cas tout à fait analogue au précédent.

Une femme adulte présentait sur la face, depuis trois ans, des taches de nuance gris foncé.

Elles débutèrent par la peau, puis s’étendirent aux muqueuses et prirent une allure tout à fait envahissante.

Après avoir perdu la malade de vue pendant cinq ou six ans, j’ai appris qu’elle est alitée et que sa mort est imminente. On ne signale aucune tumeur maligne.

Observation XXII

(Bayet, Journ. de méd. et chir. de Bruxelles , 1894.)

Femme de cinquante-cinq ans, présentant depuis quinze ans, sur la joue gauche, une tache noire de la grosseur d’une tête d’épingle, qui au bout de quatre ans avait atteint la dimension d’une lentille. Il y a cinq ou six ans, la tache se mit à grandir brusquement et de nouvelles taches apparurent autour.

Actuellement, cinq taches fortement pigmentées, dont la plus grande mesure 1 centimètre de diamètre, est noire comme de l’encre et a des contours irréguliers. Au pourtour, zone bleuâtre dont la coloration rappelle celle des tatouages professionnels des mineurs.

Autour de cette plaque principale, taches satellites irrégulièrement rangées, dont les plus récentes ont une coloration brune qui s’épanouit à mesure que la tache augmente de diamètre. Sur les plaques pigmentées, le duvet subsiste. Pas d’engorgement ganglionnaire, pas de symptômes subjectifs.

L’état général de la malade parait mauvais; elle présente un teint spécial, cireux, donnant immédiatement l’aspect du teint cancéreux.

Bien que la région malade ne fût le siège d’aucune tumeur, j’eus de suite l’idée d’une néoplasie maligne. Je fis l’examen complet de la malade, et il me fut impossible de rien découvrir d’anormal. Les taches pigmentées étaient la seule lésion appréciable.

Observation XXIII

(Thévenin, Journal des maladies cutanées , 1898.)

Il s’agit d’une femme de cinquante-trois ans, qui se présente à la

Policlinique de l’Hôtel-Dieu (Pr Audry). Elle avait eu la variole à l’âge de trois ans.

Sur la joue et la lèvre supérieure gauches, elle offre une tache de forme irrégulière, d’une couleur sépia très foncée, presque encre de

Chine.

Cette tache est recouverte d’un épiderme absolument et rigoureusement sain, sans desquamation et sans épaississement. Cette tache est exactement limitée sur l’épiderme normal ambiant.

Elle s’étend obliquement de bas en haut, de dedans en dehors sur une longueur de 5 centimètres environ et sur une largeur de 25 millimètres. Au centre, elle présente un îlot de peau saine et rosée.

On a affaire en somme à une large tache pigmentaire ordinaire. Mais l’anomalie remarquable qui nous conduit à faire connaître l’observation réside en ceci, que le début de cette tache eut lieu il y a trente ans, quand cette paysanne, déjà âgée de vingt-trois ans, était enceinte d’une fille actuellement vivante et bien portante. Elle commença par un petit point noir et depuis lors n’a cessé de s’étendre lentement et progressivement, en s’agrandissant dans la direction de la région sous-orbitaire et malaire. Il est assez difficile de définir exactement une semblable lésion :

Est-ce une simple tache pigmentaire? Mais pourquoi s’étend-elle ainsi constamment? Comment a-t-elle débuté à un âge relativement avancé?

S’agit-il de mélanose? Mais comment aucune néoplasie ne s’est-elle établie ? D’autre part, s’en édifiera-t-il ultérieurement?

En tout cas, la simple prudence nous interdit de tenter une biopsie qui, d’ailleurs, probablement nous eût simplement fourni un tégument semblable à celui d’un nègre sans nous faire connaître l’origine et le terme de cette néoplasie mélanodermique.

Observation XXIV

(Dor, Société des sciences médicales de Lyon, 1878.)

La malade, âgée de vingt-huit ans, a reçu il y a quatre ans un coup sur l’œil droit, qui a été ecchymosé pendant quelque temps. Quatre ans plus tard apparaît sur la conjonctive bulbaire une petite tache noirâtre qui, depuis, s’est lentement développée. Aujourd’hui la coloration,

semblable à celle qui résulterait cbun emploi trop prolongé du nitrate d'argent, s’étend sur un tiers de toute la conjonctive du globe oculaire et sur celle de la paupière inférieure. Une ligne de démarcation très nette sépare la partie malade de la conjonctive saine. Une légère infiltration s’élève jusqu’au milieu de la cornée et occasionne un trouble de la vue qui a engagé la malade à venir consulter. Nulle part il n’y a de tumeur apparente, et même au microscope on ne voit pas autre chose qu’une infiltration du tissu conjontival par de nombreuses cellules pigmentaires. L’oeil gauche est tout à fait sain. La pigmentation n’a fait qu’augmenter depuis six mois et elle envahit toute la cornée. Si la marche continue à être progressive et aussi rapide, dans quelques mois il faudra procéder à l’énucléation de l’œil et à l’enlèvement de toutes les parties pigmentées de la conjonctive.

Observation XXV (Martin)

Malade âgée de quarante deux ans. Examen de l’œil droit: Au niveau de l’union de la sclérotique et de la cornée, dans une étendue dépassant la moitié de la circonférence supérieure de cette dernière, la conjonctive est envahie par des dépôts noirâtres plus abondants à la partie externe que du côté du grand angle, où leur épaisseur est d’environ 2 millimètres.

Cette bande mélanique recouvre presque uniquement le tissu cornéen ; elle n’empiète que çà et là sur celui de la sclérotique ; son diamètre varie de 3 à 4 millimètres. La conjonctive sclérale n’est pas injectée : on distingue néanmoins quelques petits vaisseaux dont le diamètre est plus fort qu’à l’état normal et qui se ramifient dans l’épaisseur des dépôts noirâtres. La malade fait remonter le début de l’apparition de ce

mal à trois mois environ. Toutefois son œil droit était le siège depuis

douze à quinze mois de sensation de grain de sable. En dehors de ces phénomènes subjectifs, l’organe n’a pas souffert. La malade se contenta de consulter un guérisseur qui lui avait donné un collyre. De vives douleurs orbitaires et péri-orbitaires ont éclaté depuis environ trois semaines; c’est alors que je fus consulté; je prescrivis une solution d’atropine qui ne tarda pas à calmer les douleurs. La cornée est dépolie ; l’organe aperdu les quatre cinquièmes desa vision et l’examen intérieur de

Fœil à l’aide de l’ophtalmoscope, difficile à pratiquer par suite du dépoli de lacornée,ne semble indiquer rien d’anormal. Rien à l’oeil gauche. L’abrasion totale des dépôts mélaniques étant impossible dans cette forme en nappe, l’énucléation de l’organe va être proposée à la malade.

Observation XXYI (Hutchinson)

Mtae S. . . a toujours eu bonne santé.

A maintenant des rhumatismes chroniques. Présente une tache noire sur la joue droite et alentour plusieurs autres de moindre importance. Sur l’autre joue, quelques taches et deux nœvi.

t Observation XXYII (Hutchinson)

Le nommé A..., âgé de soixante- quatre ans. Teint coloré. Les deux paupières inférieures sont couvertes de taches noires. Il l’a bien remarqué depuis déjà plusieurs années. Elles sont groupées en îlots. N’a pas été revu.

Observation XXYIII

(Communiquée par M. le Prof, agrégé W. Dubreuilh).

Mme B. .., âgée de soixante-six ans, se présente à la consultation le 20 novembre 1892.

Elle a eu la variole en 1870. C’est à la suite de cette maladie qu’il est resté au niveau de la pommette gauche une petite tache sombre qui s’est graduellement accrue.

On trouve actuellement au-dessus de la pommette gauche une plaque pigmentée de 4 centimètres de largeur transversale sur 3 centimètres de hauteur, arrivant à 1/2 centimètre du bord palpébral. Cette tache est de forme très irrégulière, sa teinte générale est d’un brun sépia mais non pas uniforme. Certaines parties sont brun pâle, d’autres presque noires ; la couleur ne forme pas, comme dans le lentigo, des macules rondes d’une teinte uniforme, mais des ponctuations irrégulières brunes ou noires, isolées ou confluentes, semées sur un fond brun. Il n’y a d’autre altération de la peau que la seule pigmentation; le derme et

l’épiderme ont leur épaisseur et leur souplesse normales ; aucune sensation anormale.

En un point de la plaque pigmentaire, vers son bord externe, on remarque une tache lenticulaire décolorée, plus blanche que la peau normale, avec quelques petites ondulations veineuses.

Sur le reste de la face, on note quelques altérations séniles, mais pas de taches de rousseur, pas d’acné sébacée partielle, pas de dilatations veineuses ; il y a seulement quelques cicatrices de variole, eczéma séborrhéique du cuir chevelu, prurit vulvaire intermittent.

Rien d’analogue dans les antécédents héréditaires.

La malade, qui n’habite pas Bordeaux, ne m’a pas donné de ses nouvelles ; d’où je conclus qu’il n’y a rien de changé dans son état, car je lui avais fait les plus pressantes recommandations de m’écrire s’il survenait quelque chose de nouveau.

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