ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les circonstances ne nous ont pas permis d’examiner au microscope les lésions présentées par nos deux malades et la statistique fournie par nos autres observations est incomplète et paraît même contradictoire. L'examen histologique n’a été fait bien complètement que cinq fois chez 17 malades atteints de tumeur. Il a donné les résultats
suivants :
Sarcome alvéolaire . 2
Sarcome fasciculé . . 2
Epithéliomal . 1
Hutchinson a cru rencontrer à peu près également ces deux formes néoplasiques. Nous n’avons pas l’autorité suffisante pour trancher ce débat et nous ne possédons pas un assez grand nombre de documents. Cependant, une interprétation attentive des divers cas déjà cités nous a fait assimiler,. au point de vue histologique, les tumeurs en question aux nœvo-carcinomes qui ont donné lieu eux aussi à de si nombreuses discussions.
Les auteurs n’ont pu se mettre d’accord à ce sujet ; les uns considèrent les nœvi dégénérés comme des sarcomes; pour d’autres, ils ont au contraire une origine épithéliale.
Corail, après avoir étudié à fond cette question, déclara qu’il n’avait observé que des sarcomes. Virchow fut moins affirmatif, car il avait rencontré les deux formes.
Pour Heurtaux, c’est le sarcome qui domine; au contraire, Robin, Chambard, Picot, Guibout et Renoul penchent pour
Tépithélioma : ce dernier basait son opinion sur 57 examens histologiques .
Unna a particulièrement étudié cette question en 1892, et lui encore penche pour Fépithélioma. Il a vu dans la plupart de ces pièces des cellules réunies en amas, sans tissu conjonctif intermédiaire, et en suivant sur des nouveau-nés le développement des cellules de nœvi il a trouvé que ce développement était celui des cellules épithéliales.
Si nous revenons à nos observations, nous rencontrons la même incertitude, et la nature histologique de la tumeur n’est pas nettement définie.
L’examen de Perchant (Obs. V) a montré de grosses cellules assez irrégulières, renfermant de nombreuses granulations pigmentaires et enveloppées dans un tissu conjonctif très mince et peu abondant. On y rencontrait aussi des corps fibro-plastiques fusiformes.
Chez le malade de La marque (Obs. VI), on a conclu à un sarcome mélanique.
Dans l’Observation VII, W. Dubreuilh a trouvé un aspect à peu près semblable : des cellules irrégulières, semées sans ordres, peu serrées, dans un stroma mal défini.
Fromaget a observé dans deux cas des cellules volumineuses, parfois fusiformes, très irrégulières, avec des amas de pigment dans le protoplasma, et a diagnostiqué un sarcome alvéolaire chez l’un, et chez le second un sarcome fasciculé.
En comparant soigneusement ces divers examens histologiques on est frappé d’une chose : c’est que malgré quelques variations de détail qui ont donné lieu à des conclusions différentes, on retrouve toujours un certain nombre de caractères communs.
Nous avons eu sous les yeux les coupes de MM. Dubreuilh et Fromaget. Elles présentent un aspect général à peu près' semblable; sans doute, dans celles de Fromaget, on trouve des cellules allongées et fusiformes, avec des vaisseaux sans parois, mais on en voit aussi de rameuses, d’irrégulières,
moins serrées que dans le sarcome et séparées par d’assez larges bandes conjonctives.
Chez le malade de W. Dubreuilh, par contre, les cellules sont plus grosses, plus irrégulières et parmi cette grande diversité on peut en distinguer aussi d’allongées et même de fusiformes.
S’agit-il d’une variété d’épithéliome ou d’un sarcome à type assez particulier ?
Ou bien se trouve-t-on en présence d’une même forme, dans laquelle l’interprétation seule a différé dans ces divers cas.
C’est ce qui nous paraît le plus probable. On a signalé d’ailleurs des types de cancer de la peau à structure irrégulière et mal connue.
Billroth et Rindfleisch ont même observé une forme intermédiaire à Tépithéliome et au sarcome : forme essentiellement variable et irrégulière, caractérisée par de grosses cellules à bords déchiquetés, peu serrées, entourées d’un stroma conjonctif constituant comme des cloisons intercellulaires et se rapprochant, en somme, beaucoup du sarcome alvéolaire.
Nous n’avons pas cru pouvoir trancher définitivement la question; nous avons résumé en quelques mots la discussion relative aux nœvi dégénérés : on peut soulever le même débat au sujet du lentigo malin, car les tumeurs sont identiques.
Autrefois la tendance générale était en faveur de l’épi thélioma; Hutchinson paraît l’avoir rencontré un peu plus souvent chez ses malades.
Peut-être y a-t-il aujourd’hui une tendance contraire, encore peu accusée. Tout ce que nous pouvons en dire, c’est que, d’après l’interprétation que nous avons donnée aux derniers examens histologiques et aux coupes qui sont passées sous nos yeux, la prédominance appartiendrait au sarcome à type alvéolaire et irrégulier.