‹ Léo BurckartChapitre 13 sur 179 · PROLOGUE, SCÈNE II · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCÈNE II

nées , s'est levé au milieu de l'orage et de l'incendie. La guerre rugissait autour de nos berceaux , et nos pères absents revenaient par instants nous presser sur leur sein, tantôt vainqueurs, tantôt vaincus et consternés! La passion politique, qui d'ordinaire est une passion de l'âge mûr 7 nous a pris , nous , même avant l'âge de raison ; et nous lui avons sacrifié tout; les douces joies de l'enfance, les folles ardeurs du premier sang ; nous l'avons retrouvée plus tard encore dans l'étude et dans la famille ; et le jour où nos bras furent assez forts pour lever un fusil, la patrie nous jeta tout frémissants sous les pieds des chevaux, au milieu du choc des armures. Oh ! maintenant qu'un calme plat a succédé à tant d'orageuses tourmentes , étonnez-vous que nous ayons peine à nous remettre de ces efforts prématurés, et que nous .n'ayons plus à offrir aux femmes qu'une âme flétrie avant l'âge, et des passions énervées déjà par le doute et par le malheur.

MARGUERITE

Pauvre Lewald! ce sont les peines les plus vraies celles-là que l'imagination agrandit , mais aussi les plus faciles à combattre, car le remède est tout près du mal. Mon mari fut longtemps ce que vous êtes. Il m'a confié ses chagrins d'une époque qui n'est pas encore éloignée; et quand il s'animait à

m LÉO BURCKART.

me faire ses confidences j il me causait l'impression qu^ vous venez d'éveiller en moi tout à l'heure. Vous le verrez, Frantz , vous serez un jour son ami peut-être , et il vous dira comment il a fait pour devenir un homme sage, et j'ose dire, un homme heureux.

FRANTZ

Mais il ne pourra me donner que des conseils , et l'ange secourable qui Fa guéri ne peut avoir pour moi les mêmes consolations.

MARGUERITE , allant vers la fenêtre.

Tenez, le jour tombe tout à fait; mon père et mon mari vont rentrer dans un instant. . . ils marchent toujours gravement, en discutant quelque point de politique ou d'histoire; nous les apercevrons de loin , et il faudra bien qu'ils pressent le pas en me voyant leur faire signe. Ah! quelle heureuse soirée nous allons passer 1 . . . une de nos bonnes réunions de famille d'autrefois !

FRANTZ

Madame...

MARGUERITE

Point d'importuns; toute la ville est à la repré-

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