PROLOGUE, SCÈNE lî
sentation du nouvel opéra... Moi, j'avais une loge; tenez, voilà le coupon déchiré.
Oh! mille pardons, madame : si j'étais pour quelque chose dans ce sacrifice , je vais le reconnaître bien mal. Je suis forcé de me rendre à une assemblée... où j'ai été convoqué par une lettre pressante.
MARGUERITE
Eh bien ! faites de votre lettre ce que je viens de faire de mon billet.
FRANTZ
Je suis honteux en vérité; je n'aurais pas dû vous rendre visite , ayant si peu de liberté ce soir.
MARGUERITE, souriant.
Mais cela est impossible ainsi ; et je ne saurais que dire à mon mari. Un jeune homme est venu me voir moi seule, et n'a pas attendu que je pusse le lui présenter.
DIANA
Vous nous compromettez toutes deux à la fois , et moi d'abord qui vous ai amené.
m LÉO BURCKART.
FRANTZ
Diana ! dites seulement mon nom à mon vieux professeur; et vous, madame, soyez assez bonne pour m'excuser auprès de M. Burckart, auquel j'aurai l'honneur de rendre visite demain. Et fautil tout vous dire?... c'est à une réunion politique que je suis convoqué. Si j'y manque, je suis coupable , et je puis être soupçonné de trahison.
MARGUERITE
Grand Dieul vous, Frantz, vous vous mêlez à ces sombres entreprises?
Nos projets n'ont rien d'obscur; et les princes n'oseraient dissoudre ces associations puissantes, qu'ils ont eux-mêmes convoquées jadis. Tous les jours à cette heure, dans cette ville comme par toute l'Allemagne, nos frères, étudiants, vieux soldats et proscrits , soit dans leurs lieux de réunion des villes , soit le long des chemins , ou bien sur les collines, où ils montent pour voir coucher le soleil , s'abordent, se serrent les mains, et demandent où est la lumière. Alors, l'un d'eux fait un signe, et les frères s'agenouillent , le front tourné vers l'Orient qui s'assombrit I . . . puis quand selon la formule de notre langage mystique, l'heure des confi-