CHAPITRE ZII
trois cuillerées d'eau et à demi-heure d'intervalle , les petites balles argentées que je vous apporte. Adieu. — C'est du sulfate de quinine , docteur, vous ne connaissez rien de mieux encore que ce spécifique contre la fièvre, n'est-ce pas ?
— Mais, dit Arnold, que le survenant n'avait pas même regardé, on me fait ici plus d'honneur que je n'en mérite : je ne suis point de la Faculté.
Celui qui semblait être de la famille, tant les yeux de la bonne femme avaient exprimé de tendresse et de confiance à son approche, parut contrarié de la méprise. Il se retira vers l'enfoncement du lit de Mariette avec l'évidente intention de chercher à gagner un coin obscur et d'éviter la curiosité de l'observateur. La manœuvre fut exécutée vite , mais Arnold était trop expert en matière de physionomie , et trop ardent chercheur des traits où l'ame se révèle, pour n'être pas attiré sur cette trace fugitive. Il ne sut, au premier coup d'œil, démêler a quel sexe appar-
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tenait le juvénile conseiller. Ce personnage avait la taille grêle et le teint brun , l'air boudeur et les yeux veloutés. Une blouse enveloppait son corps sans ceinture et recouvrait ses vêtemens, jusqu'à ne laisser déborder que la pointe de ses brodequins de cuir verni; mais sur sa tête, absolument nue, se partageaient en deux masses égales des cheveux admirablement bouclés et du plus harmonieux châtain.
— Serait-ce là , se dit le peintre , un étudiant allemand, quelque Saint - simonien novice? une jeune fille de Smyrne ou de Varsovie qui vient éclore ici sous les habits d'un sexe étranger ?
11 vit qu'il gênait, et il se résolut à faire sans retard la question qui l'avait amené en ce lieu.
— Si je ne puis vous être bon à la moindre chose , poursuivit-il alors , s'adressant moitié vers le feu, moitié vers l'alcôve, je vous demanderai, s'il vous plaît, le chemin da château de Nohan.