‹ Léo (volume 2)Chapitre 129 sur 174 · CHAPITRE xyiii · texte numérisé non relu

CHAPITRE xyiii

Les gens qui avaient remarqué celte froideur comme un signe de respect à l'usage des enfans bien élevés imaginèrent que la pauvre .créature qui gardait ses yeux rouges pour avoir quitté son ami tout à Theure , avait le sentiment des regrets que devait lui inspirer la mort^ft-domte . Eve elle-même lut devant l'émissaire grave et sérieuse sans hypocrisie . La surprise fut l'expression la plus profonde des combats qui se livraient en elle, et elle se dit avec une amertume qui était un hommage aux arrêts de la providence : — J'étais réservée à être libre , si je n'eusse commis un crime . Maintenant ma mort suivra celle-ci : à quoi servent les fautes ?

Le lendemain* et quand tous les témoins furent retirés , Perricault qui avait reçu l'enfant des mains d'Arnold lui-même, raconta tout ce qu'il tenait du jeune homme . Il l'a sauvé, dit-il, d'un odieux spectacle et protégé dans la foule . Il vous le rend . Il ne veut pas le retenir deux fois comme un vol ; il ne veut pas surtout vous priver d'une consolation qui

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est aussi uniquement la sienne . Elle pensera peut-être , a-t-il ajouté en s'éloignant et après m'avoir voulu confier ce dépôt , que Dieu a voulu déjà retirer un des obstacles élevés entre Fenfant et moi.

Le jour suivant :

— Il n'a point parlé de l'intentioi^de me voir jamais? dit Eve ; même à un intervalle éloigné , Docteur ? même quand les devoirs selon le monde m'auront allégé leur joug?

— Nullement. Je le crois au contraire disposé à quitter Paris , Madame .

Où ira-t-il? se demanda la malheureuse femme avec une anxiété jalouse et l'accent d'une profonde souffrance. Sa tête s'affaissa sur Toreiller humide de larmes .

Revenue à elle-même , sa première parole fut pour Léo .

— Léo , que vous a-t-il dit en partant ?

— Que je ne l'oublie point , Madame .

— Et il va nous oublier, lui , l'ingrat î

— Pas moi , dit l'enfant.

— C'est donc moi , pensa Eve .

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