‹ Léo (volume 2)Chapitre 130 sur 174 · CHAPITRE ZVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZVIII

Les funérailles du comte s'accomplirent avec tout le faste qui devait suivre ses immenses richesses . L'ancien sénateur , son contemporain, prononça l'oraison fun^re : et abusant de la banale éloquence de cimetière, oubliant qu'on ne doit aux morts que la vérité , il compara la consternation du peuple autour de la voiture à celle qui suivit Henri IV, de la rue de la Ferronnerie au Louvre. Il rappela Marie-Thérèse montrant ses enfans aux grands de l'état, et invoqua je ne sais quels rapprochemens et des prosopopées extravagantes. La presse républicaine eut la pudeur de ne pas même se moquer du panégyriste .

Pour la comtesse, elle eut à passer six mois entre la vie et la mort . Elle aurait succombé à ses atroces douleurs , si elle n'eût opposé une volonté forte à Tactiou du mal qui la dévorait . Mais elle se retenait a la vie ; elle avait ou se croyait une tâche à remplir. Que ne dompterait pas la fixité d'une résolution qui jamais ne sommeille, depuis la stérilité du sol

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jusqu'à l'ingratitude du cœur, depuis le courroux de l'océan jusqu'aux petites et misérables haines des hommes? Le monde n'avait jama^ su au juste l'histoire de la longue et terrible maladie de cette jeune femme ; le mystère qui entourait son sort doublait le charme romanesque qui s'attachait à tant de beauté . Les uns racontèrent que son vieil époux, sentant sa fin approche/, avait voulu l'entraîner avec lui dans la tombe et la forcer, comme les femmes du Malabar, à s'immoler à des mânes jaloux. Ceux qui approchaient davantage de quelque vérité assuraient que sa raison était dérangée par amour , et que l'objet de cette passion était un prince étranger. Aucuns ne s'accordaient sur l'origine et les causes de son malheur, mais tous venaient se réunir dans un intérêt profondément excité. Quand on la vit reparaître enfin, languissamment promenée dans un landeau drapé de noir sur l'avenue des Champs-Elysées , les poétiques esprits la prirent pour une ombre : Âlceste délivrée des enfers , ou la morte-ma-

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