CHAPITRE ZVIII
femmes , parce que la seule qu'elle eûl bien connue avait fait son malheur : hélas ! et c'était sa mère ! Quelle confiance aurait-elle pu établir dans tout le reste d'un sexe trop étranger à l'amitié? On eût dit qu'elle savait, comme si l'expérience le lui eût enseigné déjà , que la mobile jalousie de ses compagnes ne les rend propres qu'à un sentiment exalté et fugitif. Admirer autre chose qu'elles c'est devenir déserteur et traître. Tout ce qui n'est pas un fossile hommage est injure ; qui cesse d'être esclave est calomnié.
Eve avait entendu dire , car elle n'avait aucune notion qui lui fût personnelle à cet égard, que la religion renfermait des idées consolantes . Elle avait besoin , séparée d'Arnold , d'oublier, d'espérer et de croire. Elle résolut de se faire initier à de sérieux mystères. Tout ce qu'elle savait de la terre la portait à se réfugier aux cieux. Mais dans ses premières aspirations épanchées devant l'abbé Andreuze, elle fut frappée de mécomptes et rencontra une stérilité décourageante. Et cependant elle
s'était dit : lia bien consolé manière ! moi qui suis peut-être un peu moins coupable et me sens repentante, pourquoi n'obtiendrai-je pas quelque miséricorde ? Soit que l'abbé fût secondé plus indocilement dans cette conversion que dans la première , soit qu'il eût des distractions lui-même dont une pureté nouvelle empêchait la néophyte de s'apercevoir, son éloquence se déconcerta vite. Quand il fut obligé, faute de complaisante intelligence de la part de la pécheresse, de s'enfermer dans son seul métier, sa faconde devint impuissante . L'instruction tombait de sa bouche , égale et monotone comme l'eau d'une borne-fontaine.
Une de ses expressions ne dépassait pas l'autre , plus qu'une feuille ne déborde une feuille dans les allées de charmilles à Versailles . Enfin l'abbé revint au ton ordinaire des prédicans et il y a toujours quelque chose d'orgueilleux, d'ergoteur et de taquin dans la tenue d'un dévot en présence d'un pauvre et naïf incrédule. Le catholique brave au lieu de plaindre. Il se croit supérieur à l'ame de