CHAPITRE! XVIII
Elle alla, au sortir de cette conférence, dans une lointaine église , non de celles où les indigens n'entrent pas et où l'on n'est coudoyé que par les riches et les courtisanes ; mais dans un temple moins indigne du Dieu qui a voulu naître dans une étable , et souffrir.
Je demande ici, puisque j'ai prononcé le nom de courtisane , à faire en passant cette brève remarque : c'est qu'à une femme qui n'a ni honneur ni pudeur, qui vend ses amitiés et ses caresses , trafique de tout , corps et ame , on a cru donner le symbole de tous les mépris dans un seul nom : celui de la femelle d'un courtisan .
La comtesse entra donc à Saint-Étiennedu-Mont. Là, elle vit à genoux prier des bonnes femmes : et la sérénité de leur front en sortant des chapelles , l'espérance qui brillait dans leur maintien la ramena avec humilité vers un peu de cette foi que lui avait enlevée l'intolérance d'un docteur.
— Vous êtes donc heureuse, ma bonne? ditelle à une aïeule infirme qui , sous le porche,
Jui présenta officieusement un doigt mouille' d'eau bénite .
— J'ai prié , Madame, dit la pauvresse.
— Et qui avez-vous prié?
— Mon ange gardien.
— Vous avez un ange gardien?
— Pourquoi vous étonner, dit l'humble femme qui ne sut pas se défendre d'être un peu blessée devant cette hésitation à la croire. Je n'ai pas de carrosse , Madame , mais j'ai un ange gardien comme tous les fidèles.
— Hélas ! je n'en ai point , moi , soupira Eve. Je n'ai point mérité d'en avoir ou plutôt je subis une affreuse injustice : Dieu me repousse de la foi. Je me sens marquée du doigt de sa vengeance ; je suis une réprouvée !
Elle sortit l'œil sec et le regard sinistre.
En rentrant chez elle elle trouva une lettre timbrée de Blois . Hélène qui l'avait écrite ne savait pas encore les secrets dont elle était l'humble héroïne; mais elle avait été touchée de la récente sollicitude d'Arnold pour son sort; et dans l'impossibilité où elle était de