‹ Léo (volume 2)Chapitre 143 sur 174 · CHAPITRE XVIII. \Wi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. \Wi

la nécessité de combattre , la honte de ne pas triompher et de garder sa faiblesse. Aimer est insensé , et l'on aime. Il n'y a point d'issue et l'on marche; on le sait , on le sent, et on aime! Quand on s'est démontré l'inanité de tout espoir, on revient à espérer . On attend , comme s'il y avait une épreuve à subir et que le temps fût un conciliateur . On pleure , comme si des larmes devaient effacer l'obstacle. On est en présence de son ame , comme le médecin malade est devant les plaies de son propre corps ; il sait qu'il va mourir ; ce qui pourrait le sauver n'est plus en lui ; il s'est dit sa sentence , et il assiste à sa défaite. Lutter contre un sentiment implacable , c'est le supplice du mineur enseveli sous les sables où pénètre à peine un peu d'air. C'est dans un cercueil fermé trop tôt, mais descendu à vingt pieds sous la terre , se débattre et crier stérilement .

Et surtout n'essayez jamais de vous faire plaindre : nul ne sait consoler. Dans l'action d'épancher sa peine , il n'y a qu'un remords

de plus h gagner. On se reprocliera bientôt cette faiblesse; et la pudeur des larmes est profanée . L'attention qu'on vous prête ? curiosité , distraction , égoïsme replié sur lui-même et se félicitant d'être à l'abri du naufrage raconté. L'amour-propre écoute , il triomphe de vous voir humilié . Gémir devant un tiers c'est lui donner supériorité sur vous. On ouvrira l'oreille , tant que vos chagrins seront curieux ou dramatiques ; et puis quand l'abattement vous viendra , quand il ne restera qu'à vous plaindre, l'écouteur décontenancé trouvera dans sa propre impuissance , l'ennui. Oh ! ne faites jamais pitié à personne .

Eve sentait si bien cette inanité des confidences qu'après avoir reçu ce dernier coup du sort , elle alla s'enfermer à Longpont. Elle était cependant de plus en plus affaiblie et souffrante : mais Longpont , c'était là que Léo était venu au monde ; là où il avait été porté de l'église à la mairie pour recevoir le nom du vieillard qui venait de mourir au

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